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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Jean, théologien de l'amour, IV

La jeunesse

Enfin, la troisième raison pour laquelle Jésus a préféré saint Jean, est sa jeunesse ; pas uniquement jeune par l’âge, parce que saint Jean a vieilli comme nous tous, mais jeune parce qu’il a eu un désir incessant d’aller toujours plus loin. On devient vieux, vieux garçon ou vieille fille, quand on n’a plus d’espérance, quand on n’a plus de désir, quand on ne conquiert plus rien et qu’on ressasse indéfiniment ce qu’on a déjà acquis. On dit : « Je suis arrivé, j’ai mon diplôme, j’ai fait mes études, je suis déjà un peu converti, je suis un peu plus saint, tout va bien, je suis installé, ça va ! » Alors là, on est un petit vieux. En revanche, on peut être âgé quant à l’âge humain et, intérieurement, beaucoup plus jeune que des gens très jeunes qui sont pleins d’eux-mêmes et satisfaits d’eux-mêmes. Notre cœur ne vieillit pas dans la mesure où il aime intensément et où il est habité par de grands désirs. L’espérance divine, qui ne déçoit pas, nous fait vivre de la jeunesse éternelle de Dieu.

Notre corps vieillit et c’est en ce sens que certaines interventions sur notre corps sont une drôle d'invention: nous cherchons à maintenir une façade, une apparence ; nous faisons régulièrement des « ravalements de façade » mais restons désespérés quant à notre cœur.

Notre cœur rajeunit tout le temps dans la mesure où nous cherchons la vérité et où nous cherchons à aimer toujours plus. Normalement, on doit aimer plus aujourd’hui qu’hier, et demain plus qu’aujourd’hui. Si nous ne disons pas aujourd'hui : "Demain, j’aimerai plus qu’aujourd’hui et j’irai plus loin dans le don de moi-même", nous sommes déjà sur la pente descendante. Il faut toujours remonter à la source : dans la vie chrétienne, il n’y a pas de choses acquises et ce qu’on a acquis, c’est pour aller toujours plus loin.

Le père Marie-Dominique Philippe, o.p., aimait dire qu’il ne faut pas avoir la spiritualité du frigidaire. Le frigidaire, c’est là où on conserve des choses pour le lendemain ! Dans la vie chrétienne, de foi, d’espérance et d’amour, il faut tout donner tous les jours, il ne faut pas avoir de réserves. Ce soir, pourrons-nous dire : « Aujourd’hui j’ai donné tout ce que je pouvais donner » ? C’est cela être fervent. De quoi le monde a-t-il besoin ? De gens qui soient fervents, de saints, de gens intelligents qui cherchent la source, qui cherchent la vérité, qui cherchent à connaître l’homme, qui cherchent à connaître Dieu.

Toute notre vie chrétienne consiste donc à recevoir les dons de Dieu : à être intelligent en recevant ces dons pour découvrir que Dieu est amour, à chercher à répondre de tout notre cœur à cet amour. Quels sont les dons de Dieu ? C’est Jésus : Jésus nous a été donné par le Père. C’est Marie notre Mère : Marie nous a été donnée par Jésus. C’est l’Eucharistie : l’Eucharistie est un don. Jésus nous dit : « Ceci est mon corps livré pour vous » ; c’est un don pur qui exige de notre cœur d’être totalement donné dans l’amour. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que Dieu, quand il se donne, fait de notre cœur une source : il ne faut pas seulement aimer Dieu de tout notre cœur, il faut aussi que notre cœur soit tellement un avec Jésus qu’il devienne source d’amour avec lui. Et cela, c’est la charité fraternelle, qui est une amitié divine entre les amis du Christ, entre les enfants du Père. Parce que nous sommes les amis du Christ, aimés par Jésus, il veut que nous nous aimions dans une vraie charité fraternelle, dans une vraie amitié divine. Et c’est ce que dit Jésus : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront comme mes disciples[1] ». Et cette amitié divine ne supprime pas l’amour humain : elle le transforme, elle le purifie, elle le rend saint.

C'est en ce sens que Jean est le grand théologien de Dieu Amour : en recevant le mystère de Jésus, il a saisi que ce don du Père réclamait toute sa perspicacité - son amour de la lumière -, toute sa ferveur - la pureté de son coeur -, toute son espérance - l'ardeur d'un désir qui ne s'arrête pas à ce qui a déjà été vécu.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1]. Jn 13, 35.

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