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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Jean, théologien de l'amour, III

La pureté du cœur

Le Christ a aussi aimé la pureté du cœur de saint Jean. Nous connaissons la parole si forte de saint Bernard : « L’amour n’a pas d’autre mesure que l’amour et la mesure de l’amour est d’aimer sans mesure[1] ». Si nous aimons pour la joie que nous avons d’aimer, pour la joie que nous donne la présence de celui, de celle que nous aimons, nous ne l’aimons plus seulement pour sa personne, nous ne l’aimons plus avec la gratuité que réclame l’amour mais nous l’aimons un peu pour nous, pour la joie que nous en retirons. Cela ne veut pas dire que la joie soit mauvaise… Certes non ! Mais cela signifie que l’amour est « au-delà » de la joie, il est la source ; et le cœur pur est celui qui aime dans la source, à la source de l’amour, qui est la personne de l’autre. Celui qui aime avec pureté se donne donc sans calcul, dans la liberté et la force d’un cœur qui se donne sans réserve mais d’une manière plénière.

Jean Paul II, dans la Lettre apostolique qui déclare Thérèse de l’Enfant-Jésus docteur de l’Eglise, montre que ce qu’il y a de plus caractéristique chez elle c’est l’adéquation entre ce qu’elle dit et ce qu’elle vit : elle ne fait pas de beaux discours sans les vivre mais ce qu’elle dit, elle le vit. Elle pratique ce qu’elle enseigne et c’est cela qui est convaincant du point de vue pratique. C’est ce qu’on dit toujours du point de vue éducatif : quand quelqu’un ayant autorité nous dit ce que nous devons faire et qu’il fait l’inverse de ce qu’il dit, sa parole n’a plus d'efficacité. Pour la petite Thérèse, qui veut être l’amour « au cœur de l’Eglise », aimer « c’est tout donner et se donner soi-même ». Par là elle rejoint saint Jean qui nous dit : « Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue mais en actes et en vérité[2] ». Aimer, c’est perdre sa vie, perdre son âme parce qu’on n’est plus que relatif à celui qu’on aime : « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis[3] ». Quand nous aimons vraiment quelqu’un, nous sommes plus attentifs à la personne que nous aimons qu’à nous-mêmes, nous nous quittons nous-mêmes, nous disparaissons à nos propres yeux. Et quand il s’agit du Christ, il peut tellement attirer notre cœur que nous ne savons plus qui nous sommes en dehors de lui, comme Jean-Baptiste au désert qui se présente comme « la voix qui crie dans le désert[4] ». Il est tout entier relatif à Jésus.

Quand on aime quelqu’un, on demeure dans le cœur de celui, de celle qu’on aime. C’est cela la pureté du cœur : on aime parce qu’on aime, on aime par amour de la personne qu’on aime et notre vie prend son sens en fonction de cette personne. Saint Augustin dit que « l’amour est un poids » : quand on aime, notre cœur est entraîné vers la personne qu’on aime, il est pesant de la présence de la personne qu’on aime. Quand il s’agit d’une personne humaine, cela peut être très ressenti ; mais c’est encore plus vrai de l’amour de Dieu. L’amour réalise dans notre cœur une extase. Pas nécessairement une extase charismatique mais une extase intérieure : notre cœur n’est plus que vers Dieu, vers la présence de Jésus.

C’est cela, la pureté du cœur de saint Jean qui a aimé Jésus en comprenant que Jésus était venu pour nous révéler l’amour du Père. C’est ce qu’il affirme dans sa première épître : « Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier[5] ». Être chrétien, c’est découvrir en Jésus combien Dieu nous aime et, découvrant cet amour dans la foi, s’y livrer, se laisser attirer par cet amour, se laisser attirer par Jésus. Et cela, c’est plus radical que nos fautes : nous sommes tous pécheurs, nous sommes tous indignes de cet amour, nous sommes tous des enfants prodigues. Mais ce qui compte, c’est que Jésus nous a aimés et qu’à cause de cet amour il a pardonné tous nos péchés. Si nous vivons de cela, notre cœur vit dans l’espérance et il se purifie : « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu (…). Quiconque a cette espérance en lui se rend pur comme lui-même est pur[6] » ; notre cœur quitte cette gangue du péché. Vous avez déjà vu cela : un diamant, quand on le sort de la terre, il est enfermé dans une gangue. Il faut qu’il soit taillé pour resplendir, pour scintiller de tous ses feux ! Notre vie sur la terre est comme cela : il faut nous laisser tailler, polir par le Père pour devenir un diamant pour le Ciel. Nous sommes ici-bas dans une taille de diamants ! Tous les trésors de Dieu sont ici. C’est la réponse de saint Laurent à ceux qui lui demandaient de livrer les trésors de l’Eglise. Saint Laurent a vendu tous les biens temporels, il les a distribués aux pauvres et quand on lui a demandé : « Où sont les trésors de l’Eglise ? », il a montré les pauvres. Spirituellement, cela veut dire que le trésor de Dieu est le cœur de chaque personne humaine.

Nous sommes tous des pauvres, personne ne peut dire que, par lui-même, il est saint. Si nous posions la question : « Qui est un saint ? », personne ne se lèverait ! Et pourtant, tous devraient se lever. Nous sommes tous des pauvres, des pécheurs, mais nous sommes tous sauvés par Jésus ; notre cœur est un diamant qui doit se laisser tailler pour devenir pur, pour n’être plus que transparent à la lumière, pour n’être que resplendissant de l’amour du Christ.

Quand nous arriverons devant Jésus, ce ne sont pas nos fautes que Jésus regardera mais il regardera comment nous nous serons servi de tout pour aimer davantage, pour donner tout notre cœur, pour nous livrer à son amour miséricordieux. Il faut être perspicace pour aimer plus, il faut avoir un cœur pur pour ne chercher qu’à aimer. Et cela, c’est quelquefois héroïque : aimer au delà de tout, gratuitement, en donnant tout, par amour. C’est bien ce qu’a montré aussi saint Maximilien-Marie Kolbe, martyr de la charité fraternelle. Et c'est parfois ce qu'oublient les hommes, même dans l'Eglise, quand ils regardent quelqu'un en dehors du regard actuel miséricordieux du Christ et du Père. Parce que nos communautés et nos sociétés ne sont plus très influencées par l'esprit de l'évangile, elles perdent le sens du pardon ; alors elles reviennent rapidement, non pas à la justice, mais bien souvent à la vengeance et à son cortège d'iniquités.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1]. Traité sur l’amour de Dieu.

[2]. 1 Jn 3, 18.

[3]. Jn 15, 13.

[4]. Jn 1, 23.

[5]. 1 Jn 4, 19 ; cf. 1 Jn 4, 10.

[6]. 1 Jn 3, 2-3.

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