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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Jean, théologien de l'Amour, II

Perspicacité de l'intelligence

Etre perspicace dans son intelligence n’est pas être un « intellectuel » au sens rationnel du terme. N’est-ce pas plutôt mettre toute son intelligence au service de l’amour et de la personne? L’amour, quand il est fervent, nous rend intelligent, perspicace, pour la personne que nous aimons. Cela est déjà vrai de l’amour humain véritable, mais cela prend une importance particulière quand il s’agit de Dieu et du mystère de la charité. Car le mystère de Dieu n’est pas saisi par une intelligence « rationnelle » qui analyse et mesure. Dieu ne peut être que contemplé – c’est déjà ce qu'affirme le philosophe, et la sagesse philosophique est la fine pointe de l’intelligence humaine capable de connaître la vérité. En Dieu, lumière et amour ne font qu’un ; dans la sagesse, grâce à l’amour, la vérité de Dieu devient le bien propre de notre intelligence, ce qui fera dire à saint Thomas que la sagesse est un habitus contemplativus.

Dieu, notre Créateur, comme Père qui nous conduit avec amour et avec un infini respect, aime que nous mobilisions ainsi notre intelligence dans l’amour pour le connaître et le découvrir dans la sagesse ; c’est ce que disait déjà le philosophe Aristote, pour qui « celui qui exerce son intelligence et qui la cultive semble être dans l’état le meilleur et très aimé de Dieu[1] ». C’est dans la mesure où nous cherchons la vérité que le Père agit sur nous et peut nous conduire sans être gêné avec nous : « Dieu n’aime que celui qui habite avec la sagesse[2] », il aime l’homme qui cherche la vérité de tout son cœur et de toute son intelligence. Dieu est gêné avec un homme qui ne cherche plus la vérité et préfère demeurer dans sa sincérité et ses opinions en se repliant sur lui-même et sur ses limites dans le primat d'une attitude critique.

Quand il s’agit de la foi, cette recherche de la vérité à l’égard du mystère de Dieu prend un caractère extraordinairement intime et personnel par le mystère de Jésus et grâce à la parole de Dieu. Pour l’homme qui cherche la vérité, qui cherche la sagesse, il y a là quelque chose de bouleversant : Dieu a pris notre humanité, il a pris visage d’homme, il est venu parler notre langue pour nous révéler la vérité de son mystère. Loin d’étouffer notre intelligence, le mystère de l’Incarnation et la parole de Dieu la mobilisent pour chercher encore plus la vérité, dans cette cogitatio fidei dont parlent saint Augustin et saint Thomas. N’est-ce pas cela que saint Jean nous montre d’une façon toute particulière ? Comme disciple bien-aimé, comme ami du Christ, il a cherché à entrer, avec toute la perspicacité que son amour fervent a donnée son intelligence, dans l’intelligence des secrets du cœur du Christ « en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance[3] ». Jésus a aimé cette ferveur, cette ardeur de Jean, le disciple, le fils avide de recevoir toute la vérité de sa parole et de son mystère sans rien en diminuer.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1]. Ethique à Nicomaque, X, 9, 1179 a 22-23.

[2]. Sag 7, 28.

[3]. Col 2, 3.

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