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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Jalousie, injustice et autorité

Anne et Caïphe étaient jaloux à l’égard de Jésus, et il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une jalousie de pontifes à l’égard de quelqu’un qui les dépasse : ils n’ont pas supporté Jésus. (…) Alors Anne et Caïphe s’unissent afin d’écarter Jésus.

 

C’est le propre de la jalousie, d’écarter celui qu’on jalouse ; de l’écarter en le mettant dans le puits, comme les frères de Joseph (cf. Gn 37,23-24), ou, si on le peut, de le détruire, comme Caïn à l’égard d’Abel (cf. Gn 4,8). Et à travers toute l’Écriture on voit ce thème de la jalousie. La jalousie, on le sait bien, c’est ce qui brise l’unité dans la charité fraternelle. Il n’y a rien de plus terrible que la jalousie, parce qu’on ne s’en aperçoit pas toujours – du moins on ne veut pas s’en apercevoir. Quand Caïn est jaloux d’Abel, tous les deux ont fait les mêmes gestes extérieurement, les mêmes gestes liturgiques. Les gestes liturgiques n’empêchent pas la jalousie d’exister, parce qu’ils peuvent être faits de l’extérieur et le cœur peut en être loin. Mais si on adore vraiment Dieu, on ne peut plus jalouser ses frères au moment même où on adore Dieu. Car comme il est dit dans l’Apocalypse (cf. Ap 4,10), le geste d’adoration demande qu’on jette la couronne qu’on possède – la petite dignité qu’on a, les petites fonctions qu’on exerce, l’autorité qu’on possède – et qu’on la jette auprès de Dieu, parce que seule la créature adore Dieu. Le fonctionnaire comme fonctionnaire n’adore pas Dieu, et celui qui a une autorité, en tant qu’il a une autorité, n’adore pas.

On voit bien, quand on regarde attentivement le début de la Genèse, que Caïn n’adore pas vraiment, il louche : un œil sur Abel et l’autre œil sur Dieu. Mais l’œil qui regarde Dieu est bien myope, car c’est surtout Abel qui l’intéresse, et toute son attention se porte sur Abel. En réalité, il n’adore plus. La passion de la jalousie saisit très fort la personne, et cela brise ce que Dieu a uni. Dieu a uni Caïn et Abel, et la jalousie a brisé cette union. Dieu avait averti Caïn : « Le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite ? » (Gn 4,7). C’est très significatif… La tentation de jalousie est toujours cachée : la bête est là, tapie, à l’intérieur ! C’est toujours à travers notre imaginaire que naît la tentation de jalousie, et cette tentation rend la présence de notre frère insupportable : on ne peut plus l’accepter, et par n’importe quel moyen on veut l’écarter. On l’écarte en le mettant dans le puits, en le vendant aux Égyptiens, ou en le tuant. Aujourd’hui on fait cela de manière très « correcte » : on ne tue pas en prenant un poignard, on tue autrement : on tue par la réputation, on tue en parlant « contre », on tue en enlevant la bonne renommée… C’est comme cela qu’on fait, quand on est jaloux et qu’on se laisse mener par cette jalousie.

 

1980granfury.jpgOn est donc en présence d’une jalousie terrible des grands prêtres, qui ne peuvent pas tolérer que Jésus passe devant eux. Ils ne peuvent pas accepter cela. Jean-Baptiste, lui, a laissé l’Agneau passer devant lui parce qu’il était pauvre, parce qu’il n’y avait en lui aucune jalousie, puisqu’il ne cherchait qu’une seule chose : accomplir la volonté de Dieu. Tandis que les grands prêtres, ici, malgré leur fonction de grands prêtres, se sont laissé emporter par la jalousie, et par jalousie ils ont commis une injustice. Cette injustice consiste à avoir été complices de Judas, à s’être servi de lui pour arrêter Jésus durant la nuit, pour faire de lui un prisonnier. Ils auraient dû, en tant que grands prêtres, demander à Jésus de venir librement, comme un homme libre, et l’interroger en tant qu’homme libre. Ayant commis cette injustice, ils ont agi contre la Loi ; et ayant agi contre la Loi, ils n’ont plus d’autorité. Jésus se trouve alors devant Anne – qui n’est plus, du reste, le grand prêtre, il ne faut pas l’oublier, mais qui agit comme s’il l’était. Il se trouve devant la complicité de ces deux grands prêtres qui n’ont plus d’autorité puisqu’ils ont agi contre la Loi ; et puisqu’ils n’ont plus d’autorité, Jésus n’a pas à leur obéir.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Extrait de Suivre l'Agneau, tome 4, à paraître en 2012.

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