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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Intelligence et raison: philosophie et mathématiques

Chevêche Athéna 4Notre époque est marquée, et c’est un des problèmes les plus graves que nous ayons à affronter, par ce qu’on pourrait appeler un enfouissement de l’intelligence. L’intelligence comme intelligence est en quelque sorte étouffée, saisie par le développement intense et très étendu de la raison. Le rationalisme est devenu tellement fort qu’on a identifié l’intelligence et la raison, de sorte que tout développement de la raison apparaît comme celui de l’intelligence. Certes, le progrès de la raison est un développement de l’intelligence humaine. Mais, pour être à sa juste place, il réclame un éveil et une croissance de l’intelligence pour elle-même dans la recherche de la vérité. C’est ce qui ne se fait plus aujourd’hui. Par le fait même, la raison qui devrait nous aider et nous conduire à un éveil de l’intelligence dans ce qu’elle a de plus profond, devient le grand obstacle que nous avons à affronter.

Cette domination de la raison se manifeste avant tout dans l’emprise très forte et universelle de la pensée scientifique. Depuis le XVème siècle, celle-ci s’est développée avec une extraordinaire intensité. Et les mathématiques, dont les sciences modernes ont toujours besoin pour pouvoir s’établir et se structurer, ont pris la place de la philosophie première. Cet état de fait exige donc du philosophe d’avoir un regard très net sur les mathématiques pour pouvoir les situer à leur juste place dans les connaissances humaines. De ce point de vue, le problème déjà posé par Platon et Aristote est extrêmement révélateur. Pour Platon, les mathématiques sont l’intermédiaire par lequel on doit nécessairement passer pour atteindre la pensée philosophique. Au contraire, Aristote considère que les mathématiques restent une connaissance d’un autre ordre que la philosophie. Il les respecte, considérant qu’elles ont une certitude plus grande que toutes les autres connaissances (c’est-à-dire la philosophie), mais souligne qu’elles n’atteignent pas ce qui est, l’être réel. En mathématiques, l’être se ramène au possible, à la relation. Les mathématiques ne saisissent donc pas ce qui est et, dans la mesure où elles l’emportent sur la philosophie, on ne saisit plus ce qui est.

 

M.-D. Philippe, Retour à la source, t. 1, p. 15-16

© Fayard

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