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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Inquisitio

Obscurantisme, fanatisme, antisémitisme, orgueil du pouvoir, débauche, violence et injustice : le regard sur l’Église du xive siècle de la série Inquisitio est sans nuance. Conçue comme un cocktail sulfureux pour détente estivale, la saga de France 2 compile sans respect de l’histoire et jusqu’au ridicule (Catherine de Sienne en hystérique inquisitrice, vengeresse et morbide!) toutes les perversions, de toutes les religions, de toutes les époques – on a même droit au terrorisme bactériologique –, en les projetant sur le schisme avignonnais et son Église provençale.

Ces déviances, au long des siècles, n’ont bien sûr pas épargné le christianisme, mais lui sont-elles caractéristiques, sont-elles intrinsèques au religieux ou le lot funeste de toute institution communautaire puissante et de grande ampleur?

 

Pourtant, Avignon, l’Église des xive et xve siècles, c’est aussi et même d’abord : l’émergence de la conscience de la dignité de chaque personne humaine comme sujet de droit et de devoir, le commencement d’un grand débat et d’une réflexion critique sur les enjeux du pouvoir politique et la complexité du pouvoir ecclésiastique, et surtout l’efflorescence d’un mouvement artistique et culturel de grande ampleur qui inaugure la Renaissance. C’est ce qui fascine les historiens mais aussi les auteurs qui se penchent sur cette période : le mélange entre le meilleur des interrogations existentielles qui vont devenir celle de la modernité et les peurs et représentations archaïques qui continuent de hanter l’inconscient et la vie collective.

 

Mais pourquoi cet acharnement récurrent à véhiculer une vision caricaturale et obscurantiste dans laquelle on enferme finalement l’Église, de Constantin à Pie XII?

Sans doute parce que le doute et le soupçon contemporains sur le pouvoir politique et institutionnel, d’une part, et la méfiance et le désespoir à l’égard d’une Vérité religieuse ou spirituelle, d’autre part, fusionnent et se cristallisent à propos de l’Église. Mais plus profondément parce qu’en reprochant à l’Église, et pour une part à juste titre, de n’avoir pas été respectueuse de l’homme s’exprime la déception qu’elle n’ait pas été fidèle à l’Évangile et au Christ. Ne faut-il donc pas, par honnêteté, rappeler en quoi elle l’a pourtant et souvent été et contribuer avec exigence et bienveillance à ce qu’elle le devienne plus et plus intégralement… au bénéfice de tous?

 

Frère Samuel, csj, Article paru dans Le Figaro du 9 juillet 2012

© Le Figaro

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