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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Immaculée Mère

L'Église nous enseigne, en proclamant le dogme de l’Immaculée Conception, que Marie est immaculée pour être la digne mère du Fils du Père ; elle est enveloppée de cette miséricorde unique pour pouvoir accueillir le mystère du Christ dans une plénitude de foi et d’amour, sans que rien en elle ne fasse obstacle à ce don qui lui est fait par le Père. Il y a donc un lien entre le mystère de l’Immaculée Conception et cet appel du Père sur Marie à être la Mère de son Fils bien-aimé dans le mystère de l’Incarnation.

Certes, ce mystère est un privilège de Marie. Mais si elle nous est donnée pour Mère, cela nous est donné par elle, nous en vivons en elle. Et cela fait partie de notre manière d’exercer le mystère de la grâce chrétienne, en allant jusqu’au bout de ce qu’il signifie. Si Dieu permet que nous demeurions marqués par les conséquences du péché, n’est-ce pas pour que nous vivions pleinement de sa miséricorde par la médiation maternelle de Marie ? Saint Jean a reçu cela. Et cela signifie que, sans Marie, il n’est tout simplement pas possible d’être chrétien. N’est-ce pas « l’intuition » si forte de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et de saint Maximilien-Marie Kolbe ? Ils ont touché la nécessité de la médiation mariale dans la vie chrétienne. Pour que son disciple bien-aimé soit encore plus pleinement de lui, le Christ lui donne sa Mère.

Angelico-Vierge humulite-1438Dans le mystère de l’Incarnation, si Marie est bienheureuse dans sa foi (cf. Lc 1,45), elle est aussi celle qui s’est laissée totalement transformer à la mesure du Père par le mystère de Jésus. Elle n’a rien diminué du mystère de Jésus qui lui a été donné pour être son Fils. Il y a là quelque chose qui est, en quelque sorte, à l’inverse de la maternité humaine. Certes, la maternité divine de Marie est aussi pleinement humaine ! Une mère est source de vie pour son enfant : elle l’enfante ; certes l’enfant, en grandissant, peut devenir l’ami de sa mère, une sorte d’égalité se réalisant alors entre lui et elle, mais il reste toujours l’enfant de sa mère. Dans le mystère de sa maternité divine, Marie a d’abord conçu dans sa foi, avant de concevoir dans sa chair – c’est la grande vision de saint Augustin. Sa maternité est non seulement miraculeuse, Marie concevant dans la chair sous l’action de l’Esprit Saint, mais divine par la foi : le réalisme de la foi chrétienne est de recevoir, dans tout ce qu’il signifie, le mystère du Fils en tant qu’il nous est donné par le Père. « Bienheureuse celle qui a cru », c’est-à-dire : bienheureuse celle qui l’a reçu pour devenir enfant de Dieu (cf. Jn 1,12), alors qu’elle est en même temps sa Mère. La foi de Marie la fait toute petite et, dès le mystère de l’Avent, elle a été éduquée divinement, dans la foi, par le mystère du Christ qui lui a été donné. Le portant dans sa chair, elle est portée par lui dans la foi ; et c’est un mystère d’amitié divine, de charité. C’est pourquoi sa maternité est toute différente d’une maternité humaine selon la nature. On ne peut pas dire qu’un enfant soit l’ami de sa mère dès le point de départ. Marie, au contraire, reçoit dès le point de départ son Dieu qui se fait son petit enfant : elle le reçoit dans un amour plénier et un acte de foi qui se termine à sa Personne divine : son Fils Jésus est le Fils éternel du Père. Nous découvrons alors cet échange, cet admirabile commercium, comme disent les Pères de l’Église. Ils l’affirment de l’échange entre la nature divine et la nature humaine… mais cela s’est réalisé d’une façon très concrète : celle qui est la Mère de Jésus est en même temps la petite enfant du Père par la foi ; et c’est Jésus qui, en se donnant à elle, l’enfante à cette vie divine, dans une proximité incroyable.

Il est important de préciser cela, puisque c’est aussi pour nous. « Bienheureuse les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés » (Lc 11,27) : c’est une femme qui dit cela à Jésus du milieu de la foule. Jésus lui répond : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28). Cela ne veut pas dire qu’il méprise sa mère, mais que la béatitude de Marie n’est pas d’abord qu’elle l’ait conçu dans sa chair d’une façon miraculeuse sous l’action de l’Esprit Saint ; c’est d’abord qu’elle l’ait reçu dans une plénitude de foi. Et c’est cette plénitude de foi qui engage le réalisme du mystère de l’Incarnation : Marie, recevant dans la foi le don que le Père lui fait de son Fils devient la servante du Seigneur en mettant au service du mystère de l’Incarnation toutes les fibres maternelles de son être, toute sa capacité féminine d’être source de vie. Et c’est sous l’action de l’Esprit Saint que cela s’accomplit.

Nous devons toujours nous rappeler cela : la maternité de Marie est d’abord divine ; elle est pleinement humaine, parce qu’elle assume tout le réalisme de l’enfantement ; elle est miraculeuse, parce que ce mystère s’accomplit sous l’action de l’Esprit Saint. Voilà pourquoi les Pères de l’Eglise ont affirmé avec tant de force : elle est vierge avant l’enfantement, elle est vierge pendant l’enfantement, elle est vierge après l’enfantement. La virginité chrétienne est une consécration de tout notre être à Dieu, à partir de la foi, en raison du réalisme du mystère de Jésus.

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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