Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Foi et prudence

Pour mieux comprendre ce problème, il est utile de nous arrêter un moment sur les rapports très délicats de la foi et de la prudence. Le mystère de l’Annonciation nous le montre d’une façon particulièrement éloquente. À la parole du Père communiquée par l’ange, Marie répond d’abord par une adhésion de foi toute divine, dans le silence. Puis, à l’intérieur de cette adhésion de foi, elle interroge l’ange sur le comment : « Comment cela sera-t-il ? » (Lc 1, 34). C’est la prudence de l’enfant de Dieu qui cherche à coopérer à l’accomplissement plénier de la volonté d’amour du Père sur elle. En ce sens, la question de Marie est toute différente de celle de Zacharie (Lc 1, 18) qui, elle, procède d’un doute, d’un manque de foi. Marie interroge « à l’intérieur » d’une plénitude de foi, saisissant que le don de Dieu réclame toute la coopération de son intelligence et toute la mise en œuvre de sa générosité et de ses forces.

Ce mystère de l’Annonciation est une très grande lumière pour tout chrétien et, d’une façon éminente et spéciale dans la vie religieuse. Dans la foi, nous recevons Dieu qui se révèle à nous, qui se donne d’une façon voilée, obscure, jusqu’au moment où nous serons capables, par la lumière de sa grâce, de le voir face à face. La foi porte sur le mystère de Dieu en tant qu’il se révèle à nous. Et à l’intérieur de cette adhésion dans l’amour, il y a le quomodo : « Comment cela va-t-il s’accomplir ? » Comment coopérer à l’accomplissement de la volonté du Père sur nous ? Cette question relève de la prudence.

Parce qu’il nous traite comme des personnes, comme des amis, Dieu réclame de nous non seulement une plénitude de foi grâce à l’amour, mais aussi toute notre coopération à l’intérieur de cette petitesse de la foi. Une telle coopération réclame de nous une grande vigilance, d’autant plus quand nous sommes engagés dans de grands combats. Le mystère de l’Incarnation, de fait, s’est réalisé dans de grandes luttes, ce que montre particulièrement l’évangile selon saint Matthieu (cf. Mt 2). De même, la vie apostolique du Christ et le mystère de la Croix : et la Femme, Marie, est au cœur de ces luttes, de ces combats, comme nous le révèle le chapitre 12 de l’Apocalypse de saint Jean.

 

Cette relation entre la foi et la prudence prend une note spéciale dans une vocation et une vie religieuses. De fait, une vocation religieuse contemplative et apostolique est toujours un secret qui relève de la foi et de la charité : elle est un lien secret d’une personne humaine avec la personne du Christ. Cela est vrai aussi de l’esprit d’une famille religieuse, esprit qui est sa vocation propre dans l’Église et qui est un secret vécu de l’intérieur par ceux qui reçoivent cette vocation – la caricature de ce secret étant l’attitude sectaire, deux attitudes radicalement opposées mais que le monde, et malheureusement certains chrétiens aussi, confondent allègrement.

Chaque personne qui reçoit une telle vocation, un tel appel de l’Esprit Saint, doit donc avoir le souci d’y répondre et d’y coopérer, mais aussi de permettre à sa communauté d’accomplir pleinement sa mission dans l’Église. Cela demande une grande vigilance et concerne spécialement ceux qui y sont engagés par la profession et, à un titre particulier, ceux qui ont le service de l’autorité et la gouvernent : il ne suffit pas de coopérer avec l’ordre établi, de « trouver sa place », mais bien de répondre, dans l’Église, à un appel de l’Esprit Saint qui vient toujours d’en-haut et renouvelle toutes choses à partir du mystère de Dieu.

On comprend alors qu’une prudence rectifiée par la sagesse et éclairée par la foi soit nécessaire. Si toute vocation est un secret reçu dans la foi et gardé comme tel dans l’amour, dans son incarnation, elle réclame une coopération nouvelle avec l’Esprit Saint, grâce à une prudence transformée par la foi et le don de conseil.

Dans le mystère de l’Incarnation, la prudence de Marie est divinement audacieuse. Sans aller trouver les grands prêtres, sans pouvoir demander conseil à Joseph, dans une grande solitude, elle a la prudence de celle qui attend tout de l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1, 35). De même, dans la foi et dans notre coopération prudentielle à la volonté du Père, nous devons d’abord compter sur l’Esprit Saint dans une totale confiance. Il nous apprend alors à chercher à être prudents pour vraiment faire la volonté de Dieu, ce qui est la finalité divine. Cela est d’autant plus important dans les luttes, où le danger est toujours, notamment par peur de l’opinion des hommes, de diminuer la foi, l’espérance et la charité ; alors nous n’avons plus la confiance et la hardiesse que Dieu demande, cet esprit de conquête pour Dieu. Nous devons avoir une totale confiance en l’Esprit Saint : il nous éclaire et nous secourt toujours au moment opportun pour nous permettre de choisir et de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la croissance de la vie divine, en nous et en nos frères.

 

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article