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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Finalité, sagesse et pauvreté

Pour saisir ce que nous avons dit, il est nécessaire de nous appuyer sur la découverte philosophique de la cause finale pour elle-même. Car si celle-ci n’est regardée qu’à partir de la cause formelle (ce que l’on a fait à partir de Duns Scot), il n’est plus possible de comprendre le dépassement de la prudence par la sagesse ; de plus, l’art de gouverner prend très vite le pas sur la prudence elle-même, par souci d’efficacité visible.

De ce fait, dans le devenir humain que la prudence et l’art politique considèrent, les déterminations qui viennent de la forme jouent un rôle essentiel : un homme qui gouverne par la prudence et l’art politique donne des déterminations très nettes. En revanche, si la finalité s’exerce avec toute sa force, et si la prudence accepte d’être dépassée par la sagesse (ce que nous avons vu comme étant nécessaire pour que la prudence s’ouvre à la dimension surnaturelle de la vie théologale), un regard beaucoup plus profond sur les personnes apparaît. La forme semble alors avoir moins de cohérence et les résultats immédiats sont moins efficaces à première vue.

C’est un fait, la fin est moins éclatante que la forme : c’est la forme qui est belle ! Et celui qui choisit en fonction de la fin ultime a des décisions prudentielles moins marquées par la sécurité de la prudence humaine… La fin que touche la sagesse laisse pauvre : aucun moyen ne lui est vraiment adéquat. Elle réclame donc une grande pauvreté pour tout attirer et tout transformer de l’intérieur par la recherche de la vérité et l’amour. Cela nous semble capital dans une vie religieuse contemplative et apostolique qui cherche à coopérer à l’œuvre de la sagesse de Dieu. Et on voit facilement quelles en sont les conséquences du point de vue de l’exercice de l’autorité et de l’obéissance !

 

Il nous semble essentiel de comprendre ici que la distinction entre la prudence humaine et la sagesse implique et réclame l’esprit de pauvreté. En effet, la prudence humaine est un avoir ; elle est même l’avoir humain le plus grand, parce qu’elle implique tout le rayonnement politique, communautaire, de la personne. La prudence, surtout dans son développement politique, reste à taille humaine : c’est une vertu humaine pratique, qui qualifie l’agir dont l’homme est capable en fonction de son « horizon » humain. La sagesse, au contraire, est source de pauvreté, parce qu’elle qualifie l’homme dans le dépassement de lui-même, dans la quête ultime de la vérité et l’attraction de Celui pour qui il existe mais qu’il ne peut saisir ni posséder. C’est pourquoi le sage reste en quelque sorte sans défense, sans possibilité de justifier ses choix selon les critères habituels que les hommes peuvent juger. Il apparaît comme naïf, comme peu « sérieux ». On le constate, par exemple, lorsqu’on comprend que la sagesse n’est pas une apologétique ; le sage est libre et ne rassure pas les gens bien pensants à qui il faut donner des arguments efficaces et selon qui il faut asséner des vérités « définitives » pour que les choses soient en ordre. En réalité, Dieu n’a pas besoin d’être défendu ; et même si cela ne paraît pas efficace, la sagesse, le désir de contempler et d’aimer Celui qui est la fin ultime de l’homme, est un bien plus grand que l’honneur, la gloire et la réussite humaines.

 

Si la prudence politique pense pouvoir gérer les situations et les hommes, les régler d’une manière efficace, la sagesse apprend à ne plus les gérer mais à se laisser attirer par la fin et à tout regarder dans cette lumière. Les moyens ne sont donc plus les mêmes. Le combat de David et de Goliath le montre d’une façon remarquable (cf. 1 Sm 17, 31-51) ! La prudence réclamait que David prenne les mêmes armes que Goliath. La sagesse lui donne, dans une très grande pauvreté, des moyens divins pour être victorieux.

En définitive, c’est la vertu théologale d’espérance qui est source de l’esprit de pauvreté et permet d’agir au-delà de la prudence humaine et des méthodes humaines. L’espérance, pour être vraiment divine, réclame la pauvreté dans les moyens. Elle permet de voir toujours les intentions de Dieu sur nous et de nous purifier pour aimer plus, d’un amour plus divin, et pour aller plus loin dans la sainteté, ce qui est notre vocation chrétienne, notre finalité d’enfants de Dieu. Et pour que la prudence puisse servir l’espérance théologale d’une façon divinement efficace et ne pas la contrarier, la freiner, il lui faut être purifiée par la sagesse qui nous apprend à tout juger dans le regard de Dieu.

 

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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