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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Fin et Sagesse

La recherche de la fin, et par là de ce qui est le plus humain dans le cœur de l’homme, est ce qui fait du philosophe « l’ami de la sagesse ». Aristote l’affirmait en soulignant que

la plus dominante des sciences et celle qui commande le plus à ce qui est subordonné est celle qui connaît en vue de quoi chaque chose est accomplie ; cela, c’est le bien de chacun, et d’une manière générale, c’est [ce qui est] le meilleur dans la nature tout entière (…). [La sagesse] doit donc être une connaissance théorétique des premiers principes et des premières causes ; et en effet, le bien, le “ce en vue de quoi” est l’une des causes (Aristote, Métaphysique, A, 2, 982 b 4-10).

C’est par là que le philosophe est « ami de l’homme » dans ce qu’il a de plus grand, cherchant à découvrir et, s’il le peut, cherchant par son enseignement à aider les hommes à comprendre le sens de leur véritable noblesse et de leur grandeur.

Cela n’est-il pas particulièrement nécessaire et urgent aujourd’hui, quand on constate l’influence de toutes les idéologies qui empêchent les hommes de découvrir pleinement le sens de leur vie, leur vraie finalité(1) ? On n’est ami de l’homme que si on cherche à développer en lui ce qui est le plus grand et le plus noble, ce qui est le plus vrai. On n’est pas l’ami de celui qu’on encourage dans ce qui le dégrade, dans ce qui l’abîme et le diminue, dans ce qui n’est pas vraiment humain en lui : alors on est « complice », mais pas « ami ».

Pour être vraiment une sagesse, la philosophie ne peut donc être qu’une recherche de la vérité, qui cherche à connaître en profondeur ce qu’est l’homme et se conforme à la réalité existante la plus parfaite que nous pouvons expérimenter, la personne humaine. La philosophie discerne alors entre ce qui est vrai dans le cœur de l’homme et ce qui n’est pas proprement humain, voire ce qui est erroné, ce qui est une confusion imaginative ou une erreur.

 

En découvrant le cœur de l’homme, son âme spirituelle, son intelligence et sa capacité d’aimer, le philosophe peut donc affirmer que le bonheur ultime de l’homme ne peut résider que dans l’épanouissement le plus profond, le plus spirituel de son cœur et de son intelligence. C’est pourquoi l’homme ne peut découvrir son bonheur que quand il découvre son bien ultime, sa fin ; elle seule peut lui permettre de s’épanouir pleinement comme homme. C’est bien ce que doit réaliser la sagesse : le sage n’est-il pas l’homme qui épanouit pleinement ce qui est en lui le plus humain, le plus parfaitement spirituel et qui en vit, sans avoir besoin d’autre chose ? La sagesse est une vie, et non pas une connaissance abstraite, un système coupé de la réalité. Le sage découvre, non pas d’une manière abstraite, mais pour ainsi dire en la vivant, en « subissant » son attraction, la fin ultime de l’homme : la fin est la cause ultime, le « pourquoi » ultime et le plus profond de toutes les dimensions de la personne humaine, de son être et de son esprit.

Le bonheur le plus profond de la personne humaine ne pourra donc être que la contemplation, la connaissance jaillissant de la sagesse, fruit le plus parfait de la découverte par l’homme de la fin ultime, du bien le meilleur, de la Cause ultime de toutes les réalités existantes : la Personne première, Celui que les traditions religieuses appellent Dieu, et qui seul peut épanouir pleinement toutes les aspirations les plus naturelles de son cœur capable d’aimer et de son intelligence capable de connaître la vérité.

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

(1). « L’homme normal, en face d’un danger menaçant, cherche à se fortifier pour lutter, pour se sauver et sauver ceux qui sont proches de lui. Nous n’avons pas le droit de nous laisser enliser sans lutter de toutes nos forces pour sauver notre esprit, notre capacité d’atteindre la vérité et d’aimer, et pour sauver l’esprit, l’intelligence et le cœur de ceux qui nous suivent, qui sont nos “cadets” dans l’humanité » (M.-D. Philippe, Lettre à un ami, Paris, Editions universitaires, 1990, p. 10). 

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