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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

ENTRER EN MISÉRICORDE

L’Église est un peuple de pécheurs pardonnés, justifiés, sauvés par le Christ et rassemblés par le Saint-Esprit pour témoigner de la miséricorde du Père qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour le sauver (cf. Jn 3,16-17).

Les chrétiens sont d’abord des bénéficiaires de l’amour divin qui appelle, accueille, pardonne, espère. Pour faire partie de l’Église, il n’y a que deux conditions : croire que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu, le Sauveur ressuscité et être baptisé au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit. La race, le sexe, l’âge, le milieu social, le degré d’intelligence, de culture ou de connaissance religieuse, rien de tout cela n’entre en ligne de compte pour appartenir à l’Église du Christ.

Celui qui reconnaît Jésus de Nazareth comme son Sauveur et le Sauveur du monde a reçu le don de la foi et entretient une relation d’amour avec Celui qui s’est fait connaître à lui et le sauve. Ceci a pu se faire progressivement au long d’une éducation chrétienne reçue en famille. C’est à l’âge adulte que d’autres découvrent le Christ et le message d’amour qu’il révèle. D’autres, baptisés ou non, se sont laissé emprisonner par le péché aux multiples faces. Ils veulent être délivrés du mal qui est en eux et aspirent à la libération. L’amour qu’ils découvrent les conduit au repentir, à l’espérance, à la conversion. Enfin un dernier groupe est composé de ceux et celles qui portent les souffrances plus ou moins cachées d’un passé proche ou lointain ou d’un présent douloureux : échec conjugal ou familial ou professionnel, structure affective ou sexuelle particulière, traumatisme psychologique, etc.

Tous ceux dont je viens de parler doivent pouvoir sans condition entrer en miséricorde c’est-à-dire entrer dans l’Église, devenir membres du Corps du Christ. Le plus grand pécheur a sa place car les plus grands pécheurs, les plus grandes pécheresses ont en eux ce qui fait les plus grands saints(Bx Jean-Joseph Lataste). L’Église est la communauté de miséricorde. Encore faut-il qu’elle le manifeste clairement et que toutes les cellules d’Église (paroisses, communautés religieuses, mouvements d’action catholique ou d’éducation ou de spiritualité, monastères) soient des communautés où le chercheur de Dieu, le pécheur appelé à la conversion et celui qui porte une lourde souffrance puissent vivre sans condition l’accueil, le pardon et l’espérance. Hélas, les plus pauvres ou les plus pécheurs se tiennent souvent à distance. Ils savent que s’ils vont à la réunion de tel groupe de chrétiens, on les accueillera en leur demandant qui ils sont, où ils habitent, quelle est leur profession, leur situation familiale actuelle, etc. Beaucoup ne veulent ou ne peuvent rien dire. Il faut donc que se multiplient des groupes, des petites communautés chrétiennes dans lesquelles se pratiquent le plus grand respect et la plus grande discrétion.

Il ne saurait y avoir cependant d’un côté les très pauvres et les grands pécheurs à accueillir et d’un autre ceux qui les accueillent. Il ne s’agit pas de faire entrer le publicain dans le Temple, de le laisser au fond pour mieux marquer la différence et de jouer le mauvais pharisien devant l’autel (cf. Lc 18,9-14). Il n’y a communauté d’Église que si tous se reconnaissent bénéficiaires ensemble de la miséricorde. Les derniers arrivés ou ceux qui viennent de plus loin sont bénéficiaires autant que les autres d’après la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (cf. Mt 20,1-15). Il ne peut y avoir ni étonnement, ni jalousie, ni rancœur puisque tous également sont aimés de Dieu.

Au moment où Jésus cloué à la croix s’offre à l’amour du Père et pardonne à ses bourreaux, de qui est-il entouré ? De Marie la Vierge immaculée, de Jean le disciple bien-aimé, de Marie-Madeleine dont il avait chassé sept démons, de deux brigands dont l’un appelle au secours et l’autre reste fermé. En face, il y a le peuple qui regarde et s’en retourne en se frappant la poitrine, des passants, des chefs et des soldats qui se moquent, avec parmi eux un centurion qui s’écrie : Vraiment, cet homme était le fils de Dieu ! (Mc 15,39). Et c’est à Marie-Madeleine, la pécheresse pardonnée, sauvée, que Jésus apparaîtra au matin de Pâques. Elle sera totalement réhabilitée. La liturgie orientale la déclare égale aux Apôtres parce que comme à ses pauvres Apôtres, Jésus lui fait confiance et l’envoie en mission : Va trouver mes frères… (cf. Jn 20,11-18). Dans la diversité de ses groupes, de ses mouvements, communautés et services, l’Église, pour être bénéficiaire et témoin de la miséricorde, a rendez-vous chaque jour sur la montagne du Golgotha et dans le jardin de Pâques auprès du tombeau vide.

 

 

Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, Accueillir - Pardonner - Espérer

© Collection Paroles de vie

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