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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Doute ou interrogation (I)

Doute méthodique et interrogation philosophique sont deux choses bien différentes… Et il est intéressant d’essayer de mettre en lumière à partir de là deux façons bien différentes de concevoir la philosophie.

Socrate, le premier, a montré l’importance de l’interrogation en philosophie ; Descartes, lui, héritier du nominalisme théologique du XIVe siècle, a instauré le doute comme méthode au point de départ de sa philosophie. Il se situait ainsi comme un tournant majeur de la philosophie, qui conduirait, à travers Kant et le primat de la critique, aux maîtres du soupçon des XIXe et XXe siècles.

 

Chevêche Athéna 1L’interrogation naît de l’expérience, c’est-à-dire de ce premier contact intellectuel et sensible que nous avons avec la réalité existante. Et l’interrogation ouvre et commande une recherche qui nous permet de connaître la réalité expérimentée avec plus de profondeur. Mais pour interroger, et pour comprendre ce qu’est l’interrogation, il faut que nous soyons dans un état d’admiration. L’interrogation, la recherche de notre intelligence ne peut naître, ne peut s’éveiller que dans un climat de confiance. L’expérience suscite donc l’interrogation parce qu’elle est enveloppée d’un climat affectif d’étonnement, d’admiration. Pour Aristote, s’étonner, c’est reconnaître qu’on connaît quelque chose de ce qui est et que, cependant, on ne le connaît pas parfaitement. Celui qui s’étonne est donc en attente, en quelque sorte suspendu à la réalité qu’il veut connaître : c’est l’expérience qui suscite étonnement et admiration. Et c’est pour cela que l’interrogation s’éveille : elle est le désir de l’intelligence qui cherche à connaître davantage la réalité expérimentée et admirée.

De fait, il est facile de comprendre que l’intelligence ne s’éveille à sa vie propre que si elle est dans un climat affectif favorable : il y a des liens très profonds entre l’intelligence et l’amour.

 

L’expérience est déjà une vraie connaissance de ce qui est par l’intelligence humaine ; en effet, celle-ci atteint, à travers les qualités sensibles propres, l’être même de la réalité : « Ceci, que je touche, est ». Il y a dans l’expérience humaine un contact intellectuel premier avec la réalité existante. C’est pourquoi, comme le remarque Aristote, l’expérience est proprement humaine : l’animal a des sensations, une imagination, une mémoire, mais pas d’expérience. L’expérience est proprement humaine parce que l’intelligence y est présente et adhère à ce qui est, à travers les qualités sensibles de la réalité existante et grâce à elles.

Chez l’animal, les sensations sont relatives à l’instinct : la vie sensible est au service de la vie végétative. Chez l’homme, la vie sensible est ordonnée à la vie de l’esprit, c’est-à-dire à l’intelligence et à l’amour.

Comprenons donc que c’est parce que l’expérience engage un acte d’intelligence, un jugement d’existence, qu’elle suscite un état d’étonnement et d’admiration qui nous « suspend » à la réalité expérimentée. Nos sensations ne sont pas uniquement utilitaires, parce qu’elles sont habitées par l’intelligence. Et c’est l’étonnement qui permet l’éveil de l’interrogation, par laquelle l’intelligence prend du recul pour venir « mendier son pain », son bien propre, auprès de la réalité existante.

Grâce à l’interrogation, nous pourrons donc être plus réalistes encore que dans l’expérience, parce qu’elle nous permettra de découvrir ce qui est premier dans la réalité existante : ce-qui-est dans ce qu’il a de plus profond.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org
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brandenburg 09/08/2014 05:09

une citation de Saint John Henry Newmann :"mille difficulté ne font pas un doute"!