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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

De l'art à la nature

Dans un ordre de recherche, c’est à partir de la philosophie humaine, pratique, et au-delà d’elle, comme un dépassement, que naît une recherche plus profonde et plus vitale encore pour l’intelligence humaine : ce développement d’une véritable philosophie dite « spéculative », ou « théorétique », c’est-à-dire qui cherche à connaître la vérité pour elle-même. Si en philosophie pratique nous cherchons la vérité en vue de mieux agir, ici, nous cherchons la vérité pour elle-même, gratuitement ! La vérité est, en effet, le bien propre de notre intelligence; elle est donc ce qui suscite son appétit le plus profond et le plus impératif.

Mais pourquoi ce nouveau développement de la philosophie est-il nécessaire ? Le premier moment est ce "passage" de la philosophie de l'activité artistique à la philosophie de la matière, que l'on appelée souvent, à la suite d'Aristote, la philosophie de la nature.

Il est facile de constater que, dans l’expérience du travail, de réalisation d’une œuvre, nous coopérons avec une matière : pour le menuisier, le bois, pour le forgeron, le fer, pour le poète, les mots, etc.

Pour l’artiste, la matière est « ce qui est capable d’être transformé ». Et c’est dans la lumière de son idée, fruit de l’inspiration, que l’artiste travaille, transforme la matière à l’aide des instruments qu’il utilise, en vue de l’œuvre à réaliser. Il y a bien là une connaissance pratique de la matière !

Mais pour que le travail de l’homme d’art se réalise vraiment, il lui faut précisément comprendre qu’il doit coopérer avec la matière : celle-ci a en elle-même des déterminations ; elle a son propre devenir, son mouvement ; elle a aussi une indétermination fondamentale qui échappe à l’activité propre de l’homme-travailleur. S’il coopère avec elle dans son travail, et dépend d’elle pour réaliser son œuvre, c’est donc que la matière est « avant » l’artiste : il ne la fait pas!

Voilà ce qui intéresse ici le philosophe : il y a une expérience nouvelle qui peut et doit l’amener à s’interroger sur ce qu’est en elle-même cette matière ; qu’est-ce que ce qui est mû d’un mouvement antérieur au devenir artistique, au changement que l’homme imprime à la réalité physique par son art ? Et dans cette lumière, il a à s’interroger sur toute matière, et sur tout l’univers physique dont il fait partie par son corps, pour en découvrir, autant qu’il le peut, les déterminations, l’indétermination et l’ordre immanent. Cette recherche est celle de ce qu’on a appelé la philosophie de la nature, ou de la matière, qui s’achève dans un regard ultime sur le corps humain : celui-ci est bien au sommet de l’univers physique, mais il en est aussi la partie la plus fragile, parce que la plus complexe, et donc soumise à toutes les influences de l’univers qui l’enveloppe, en lequel il est né. Ne découvrons-nous pas là combien l’homme, par son corps, est lié à tout le devenir physique de la matière et du ciel ? Certes, l’univers n’est pas ce qui le détermine, mais ce qui le conditionne radicalement dans sa vie biologique et, d’une manière tout autre, jusque dans son développement spirituel.

Ce n’est donc pas du tout à partir du développement moderne des sciences physiques que le philosophe entre en philosophie de la nature, mais à partir et au-delà de l’expérience humaine de l’activité artistique, ce qui est un point capital pour dépasser l’idéologie marxiste. Quant à la discussion entre la philosophie de la nature et la physique moderne, elle se situe sur le plan critique, épistémologique : quelle est leur différence d’approche du monde physique ? Quel est leur niveau différent d’abstraction ? Que peut apporter au philosophe le développement actuel des sciences ? Quel « complément » indispensable le philosophe peut-il apporter, parce qu’il s’intéresse autrement à la matière et au corps humain, à la connaissance scientifique moderne de la matière et du monde physique ?

C'est là aussi que nous découvrons que le pratique n'est pas une application du théorétique... Mais que la connaissance théorétique est découverte au-delà de la connaissance pratique. C'est bien ce qu'Aristote a dit avec tant de force au début de la Métaphysique, soulignant qu'il faut que les nécessités pratiques soient, en un sens, résolues - ce qui relève de l'art au moins en partie - pour que nous puissions nous tourner vers une connaissance théorétique, cherchant la vérité pour elle-même, gratuitement.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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