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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

De l'apparence à la vérité

Connaître, c’est découvrir la cause propre des réalités…

Nous disions que le philosophe s’interroge sur le « pourquoi » des choses (Pourquoi la philosophie?). S’interroger, c’est avant tout se demander : « Pourquoi telle chose est-elle ainsi ? Pourquoi telle chose s’est-elle produite ? ». Nous cherchons alors la cause propre de ce que nous constatons dans l’expérience de ce qui est. Et nous le faisons parce que ce que nous constatons, ce que nous expérimentons, suscite notre étonnement et notre désir de le connaître davantage : nous nous intéressons à ce qui est et, en nous interrogeant, nous explicitons le désir que nous avons de chercher la vérité, ce bien propre de notre intelligence.

Cela est vrai d’abord face à nos expériences quotidiennes des grandes activités humaines qui sont les nôtres : le travail, nos choix et nos responsabilités morales, notre engagement et notre coopération avec d’autres dans une communauté humaine (famille, entreprise, école, cité, etc.). Pourquoi l’artisan réalise-t-il cette œuvre ? Pourquoi agissons-nous de telle manière, ou pourquoi telle personne que nous aimons pose-t-elle tel choix dans l’orientation qu’elle donne à sa vie ? Pourquoi telle communauté humaine se détermine-t-elle de telle manière dans ses choix politiques ?

Connaître n’est jamais se contenter de l’accumulation des faits extérieurs ; c’est la grande erreur d’un certain positivisme de s’arrêter aux « faits » et à leur accumulation. Par eux-mêmes, les faits n’enseignent pas ou très peu. Connaître, c’est connaître la vraie cause des choses : c’est passer du fait à sa cause propre qui, seule, le situe à sa juste place. Dire : « cet artisan réalise telle chaise », c’est se contenter de décrire. Mais pourquoi la fait-il ? Pour quel usage, avec quelle matière, pour qui, etc ? Alors les choses s’ordonnent autrement ; elles se situent les unes par rapport aux autres, d’une autre façon que ce que nous constations de prime abord et de l’extérieur.

Vérité et opinion

Nous ne connaissons pas vraiment les choses tant que nous ne connaissons pas leurs causes propres. Et cela est essentiel pour chercher la vérité et ne pas nous contenter des opinions : les opinions, qui se propagent et se répètent « de l’extérieur », ne sont jamais au niveau des causes propres… Elles restent à l’extérieur et il est très difficile de démêler les multiples éléments qui les constituent et les amplifient : des faits plus ou moins avérés, plus ou moins directement expérimentés ou rapportés par d’autres, leur interprétation plus ou moins bienveillante, la subjectivité de ceux qui les rapportent, le contexte dans lequel elles se développent, les déformations que le temps leur fait subir, etc. C’est pourquoi les opinions sont si vite caricaturales, déformées, voire mensongères. Et elles se diffusent !

Distinguer ce qui est et l’opinion, puis découvrir, dans la recherche de la vérité, les causes profondes des choses, est toujours à refaire : il s’agit de remonter à la source… Cela ne se fait jamais « en commun », mais toujours d’une façon personnelle. Et c’est le propre d’un maître, du point de vue philosophique, d’enseigner cette démarche de recherche de la vérité qui, de l’expérience, remonte aux causes. Rares sont ces maîtres… et fréquents sont les répétiteurs qui se contentent de l’opinion, des faits ou des conclusions, mais sans jamais expliciter les causes propres : ils ne forment personne et fatiguent les gens par la répétition peu lumineuse de connaissances secondaires et approximatives.

 

Il est essentiel de comprendre que la connaissance de tous les faits accidentels contingents, la volonté de savoir d’une façon positiviste l’exactitude de tous les faits, n’est pas une perfection de l’intelligence ; en effet, leur vérité dépend de leur cause. Nous pouvons connaître en détail tous les ingrédients d’une recette de cuisine et certaines techniques de réalisation… mais cela ne fera pas de nous pour autant un cuisinier hors pair. En effet, nous ne savons pas le pourquoi des choses ; nous n’avons donc pas l’art, et notre travail donnera de piètres résultats ! Dommage pour ceux qui auront à manger ce que nous avons préparé…

Cette recherche, cet itinéraire de découverte, à partir de l’expérience, jusqu’à la découverte des principes et des causes propres de ce qui est, est ce que nous appelons en philosophie la démarche inductive. C’est cette démarche qui est essentielle à l’itinéraire de découverte d’une philosophie réaliste qui cherche vraiment à connaître l’homme existant en profondeur, à partir de toutes les grandes expériences que nous en avons. Nous y reviendrons.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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