Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Contemplation et économie

«Et le Verbe est devenu chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle que tient de son Père un Fils unique, plein de grâce et de vérité» (Jn 1,14).


L'économie divine, c’est-à-dire le gouvernement de Dieu Père sur les hommes, culmine avec le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption, avec le mystère de Jésus venu pour nous sauver.

Jésus est le Verbe incarné, le Verbe fait chair : «Et le Verbe est devenu chair». Le second grand sommet du Prologue de saint Jean est ce jugement de sagesse sur le mystère de l’Incarnation. Comme le dit saint Augustin, il ne peut pas exister une unité plus profonde et plus grande de l’homme avec Dieu que celle qui est réalisée dans le Christ : il s’agit en effet d’une unité personnelle, dans la personne même du Verbe. La nature humaine du Christ, vrai homme et vrai Dieu, subsiste dans la Personne du Verbe éternel.

C'est là que les alliances de Dieu avec les hommes sont reprises et portées à leur achèvement:

1/ D’abord l’alliance naturelle du Verbe avec l’intelligence de tout homme; celle-ci nous est révélée au verset 9 : «le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde». Ce jugement de sagesse à partir de la foi chrétienne sur l'intelligence humaine est capital. Avant le don de la foi, l’intelligence humaine capable de la vérité vient de Dieu; il est la Source de notre être, de notre vie, de notre esprit. C’est pourquoi la recherche de la vérité est si importante pour la personne humaine. Elle est sacrée, c'est-à-dire qu'elle engage un lien direct avec Dieu. Quand il cherche la vérité, l’homme s’oriente radicalement vers Dieu, la Vérité première, la Source ultime de toute lumière. Dans un jugement de foi, nous allons même plus loin: tout homme qui cherche la vérité est éclairé par le Verbe, la lumière véritable. C’est en ce sens que la foi chrétienne respecte et aime les traditions religieuses, la sagesse philosophique et toute recherche de vérité: l'art, les sciences dans toute leur richesse et leur diversité. Cette recheche de la vérité, en effet, témoigne de l’appel radical de l’intelligence humaine, faite pour Dieu parce qu'elle vient de Dieu.

2/ La seconde alliance que mentionne saint Jean est celle réalisée avec Abraham dans la foi. Dieu s’est choisi Abraham pour qu'il reçoive en premier la Révélation et la promesse d’un Sauveur dans l’espérance. Ici, il ne s’agit plus seulement de l’alliance naturelle de notre intelligence avec Dieu, mais d’une alliance surnaturelle, tout à fait gratuite. Elle se réalise dans la foi liée à l’obéissance, et dans un choix d’amour qui vient de Dieu.

Jean souligne que le peuple d’Israël, c’est-à-dire ceux qui vivent dans la foi d’Abraham, est bien le peuple consacré, le peuple qui appartient à Dieu: «Il est venu chez lui» (Jn 1,11). Mais «les siens ne l’ont pas reçu». C'est une des grandes questions qui traversent tout son évangile: pourquoi le peuple d’Israël n’a-t-il pas reconnu Jésus comme le Messie?

Aussi Jean montre quel est le sens divin, véritable, de la foi, de cette alliance de prédilection commencée avec Abraham: «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu» (Jn 1,13-14). La foi fait de nous des enfants de Dieu, au-delà de tout conditionnement humain: elle est une alliance personnelle et immédiate avec Dieu qui se révèle à nous, au-delà de l’atavisme (le sang), au-delà de l’instinct (la chair), au-delà même de notre volonté humaine dans sa capacité naturelle (le vouloir d’homme). La foi fait de nous des enfants de Dieu par pure gratuité; à ce don qui relève de l'amour, Dieu demande que nous coopérions par une réponse libre, avec le secours de sa grâce. Par la foi, nous ne sommes plus seulement de petites créatures qui se tournent vers Dieu dans l’adoration et le cherchent dans la sagesse, le désir de contemplation, mais nous vivons la vie même de Dieu, nous entrons dans l'intimité de son propre mystère. C’est à cela que Dieu nous appelle, nous prédestine: «Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté» (1 Jn 3,2).


Ces deux alliances avec Dieu sont portées à leur achèvement dans le mystère du Christ:

1/ Par le mystère de l’Incarnation du Verbe, l’appétit naturel de vérité de l’intelligence de l’homme est orienté d’une manière beaucoup plus immédiate vers Dieu. En Jésus, Dieu est venu jusqu’à nous pour nous orienter radicalement vers la béatitude éternelle qu’il nous promet, la vision même de Dieu. Ce don gratuit de Dieu comble et dépasse toutes les attentes et les désirs de vérité de l'intelligence humaine. Non seulement la foi chrétienne ne s’oppose en rien à l’intelligence, mais elle la respecte pleinement et lui permet d’aller jusqu’au bout de ses exigences. Seuls l’erreur et les a priori venant d’idéologies sont en contradiction avec la foi; pas l’intelligence de l’homme qui cherche la vérité.

2/ Le mystère de la prédestination dans lequel la foi nous introduit, déjà substantiellement présent dans l’ancienne Alliance, se réalise pleinement grâce au mystère de l’Incarnation et de la Rédemption. Toute l’ancienne Alliance est une annonce et une attente du Christ, le Sauveur. «Le Verbe est devenu chair et a établi sa demeure parmi nous» (Jn 1,14).

Le Fils éternel du Père, Celui qui reçoit tout de lui, s’est révélé à nous en se faisant le Fils de Marie. C’est bien ce que le récit de l’Annonciation nous dévoile (Lc 1,26-38). Marie est celle qui est entrée pleinement, et de plus en plus, dans le mystère de la mission du Fils. Elle est celle qui a pleinement vécu ce que saint Jean dit ensuite: «Et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son Père un Fils unique, plein de grâce et de vérité» (Jn 1,14). Marie est entraînée à la suite de Jésus vers le Père; comme le Fils est vers le Père, en lui, elle est vers le Père. Jésus, le Fils bien-aimé, nous est donné par le Père pour nous attirer à lui. Il est «Jésus», le Sauveur.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article