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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Chercher la vérité: un itinéraire

L’ordre de découverte d’une philosophie réaliste

La philosophie est une recherche de vérité : elle cherche à connaître l’homme existant, tel qu’il est, dans toutes ses dimensions, sans en exclure aucune ; c’est ce qui fait d’elle, au sens fort, une discipline de l’intelligence, ce qui oblige le philosophe à se purifier de tous les a priori, quels qu’ils soient. La philosophie est donc au service de l’homme, ce que Socrate proclamait déjà avec force, faisant du philosophe un véritable envoyé auprès des hommes ses frères[1]. La philosophie, en ce sens, se différencie radicalement des idéologies qui, au contraire, enferment l’homme dans un système et l’asservissent, y compris par toutes les logiques de pouvoir et les tyrannies, qu’elles soient politiques ou « religieuses ».

Pour connaître l’homme (ce qu’il est lui-même avec ses frères), et découvrir une véritable sagesse, le philosophe cheminera à partir de l’expérience humaine, celle de tout homme – aussi bien en extension qu’en profondeur : nul n’a toutes les expériences, et tous n’ont pas la même profondeur dans la qualité de leurs expériences. C’est à partir de là que pourra s’expliciter et s’organiser de l’intérieur, selon un ordre analogique, c’est-à-dire en respectant toute la diversité et la richesse propre de chacune des dimensions de l’homme, une véritable philosophie qui parvienne à la sagesse.

C’est pour respecter pleinement la démarche propre de cette recherche de la vérité, qu’il est indispensable qu’elle se développe selon un ordre génétique, un ordre de découverte : personne ne naît philosophe, on le devient progressivement, pour ainsi dire « à l’école » de la réalité existante. Aristote ne dit-il pas que l’intelligence au point de départ est comme une tablette sur laquelle il n’y a rien d’inscrit en acte[2] ?

Une philosophie des activités humaines

C’est pourquoi, si la philosophie est ce développement le plus naturel de l’intelligence humaine dans la recherche de la vérité, il est capital de comprendre qu’elle doit partir des expériences les plus simples et les plus humaines qui soient, et chercher à les analyser sans aucun a priori politique, idéologique, scientifique, ou même religieux.

De fait, les activités dont l’homme est la source sont ce que nous expérimentons en premier : elles sont ce qui est le plus proche de nous. Nous pouvons donc d’abord réfléchir sur nos propres activités et chercher à comprendre ce qu’elles sont, découvrir leurs causes propres, et ce qui leur donne toute leur signification et leur caractère vraiment humain. La philosophie réaliste commence donc avec une philosophie pratique, ou humaine, et non pas avec la métaphysique, ni avec la philosophie de la nature… C’est la grande erreur d’une certaine scolastique d’avoir complètement perdu de vue cet ordre dans l’itinéraire de recherche de la philosophie. Et, bien que cet oubli ait conduit à tant d’idéologies, cela continue et se répète, y compris en se drapant des atours de l’autorité. Comme si l’autorité changeait la vérité ! L’unique autorité en philosophie est celle de la réalité et de la recherche de la vérité. N’est-ce pas ce qui fait peur à beaucoup ? Par manque de courage et par conformisme, ils préfèrent se ranger avec le troupeau bêlant dans l’à-peu-près des normes communes. Mais la vérité n’est jamais commune, générique, univoque : elle se découvre toujours comme un sommet, selon un ordre analogique qui ne peut ni se répéter, ni se définir, ni se codifier.

 

Le philosophe cherche donc d’abord à comprendre ce qu’est l’homme dans ses diverses activités ; et cet effort d’intelligence est en vue de pouvoir agir avec plus d’intelligence, d’une manière plus humaine. La vérité est ici ordonnée à l’action : nous nous demandons ce qu’est un vrai travail humain en vue de mieux travailler, d’une façon plus vraie, plus intelligente ; nous cherchons à comprendre ce qu’est le véritable amour humain en vue de mieux aimer, d’agir d’une façon plus humaine.

Même en philosophie pratique, grâce à l’interrogation qui nous permet de saisir nos activités de l’intérieur, en les ordonnant, nous découvrons des principes et des causes propres : par exemple, quelle est la cause propre de l’activité du travail, celle dans laquelle nous réalisons une œuvre ? Les sciences, elles, ne saisissent que des lois (c’est-à-dire des liens constants d’antériorité et de postériorité entre des phénomènes mesurables), vérifiées par l’expérimentation. La philosophie pratique qui, nous y reviendrons, se développera dans trois grandes directions (philosophie du travail et de l’art, philosophie éthique, philosophie politique), a un caractère scientifique au sens philosophique du terme, parce qu’elle cherche ce qui est premier et découvre les principes et les causes propres des grandes activités humaines : le travail, l’amour et le choix, la coopération.

Ces trois grands axes de recherche de la vérité sur le plan pratique sont en quelque sorte la base de toute philosophie réaliste : ne plus le voir nous condamne à ne plus rien comprendre et à ne plus voir comment naîtra, à partir de là, une véritable philosophie théorétique, cherchant alors la vérité pour elle-même.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1] Cf. Platon, Apologie de Socrate, 31 b : « Attentif à chacun en particulier, comme un père ou un frère aîné » ; « A la disposition du pauvre comme du riche, sans distinction, pour qu’ils l’interrogent, ou s’ils le préfèrent, pour qu’il les questionne et qu’ils écoutent ce qu’il a à dire » (ibid., 33 b).

[2] Cf. De l’âme, III, 4, 429 b 31 - 430 a 2.

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