Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Aucun ne s'est perdu...

Père saint, garde-les en ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. Lorsque j’étais avec eux, moi, je les ai gardés en ton Nom que tu m’as donné ; et j’ai veillé, et aucun d’eux ne s’est perdu hormis le fils de perdition, pour que l’Écriture s’accomplît.

80887229On voit là la grande tristesse du cœur de Jésus. Dans sa prière il demande au Père de garder ses disciples en son Nom de Père, dans sa paternité, pour qu’ils soient un. Et Jésus reconnaît qu’ils sont bien dans l’unité, mais il est obligé de reconnaître aussi que la liberté des hommes demeure. Jésus a gardé les Apôtres avec une jalousie divine parfaite, il était le Bon Pasteur… et malgré cela le loup a pénétré dans la bergerie. C’est invraisemblable ! Jésus les gardait dans sa prière, il les portait dans sa prière. Pendant les trois années de vie apostolique, il a gardé ses Apôtres ; dans ses nuits de prière il a gardé tous ses disciples ; il a prié pour chacun d’eux, il a veillé sur eux avec une sollicitude et une miséricorde uniques, et aucun d’eux ne s’est perdu, parce qu’il les portait dans son amour, hormis le fils de perdition. Le Père a permis cela. C’est quelque chose d’incompréhensible : l’Église de la terre implique cet « hormis le fils de perdition ». Jésus veut que l’unité qui existe entre ses disciples, donc entre nous, soit une unité semblable à celle qui existe entre son cœur et le cœur du Père ; mais il sait que la grande différence, c’est que la liberté humaine demeure et entraîne qu’il puisse y avoir « le fils de perdition ». Et ce « fils de perdition » est un fils : il a été aimé comme un fils et il s’est détourné…

Pour que l’Écriture s’accomplît. Jésus ne donne pas d’explication, il se cache derrière l’Écriture. Il pourrait expliquer l’Écriture, puisque, étant bien plus que l’Écriture, il n’a pas besoin de s’appuyer sur elle : il a l’autorité du Fils bien-aimé. Mais quand il veut « voiler » un grand mystère d’iniquité, il se sert de l’Écriture : pour que l’Écriture s’accomplît. Jésus n’aime pas que nous voulions tout expliquer dans les failles, les brisures que nous constatons autour de nous. Il n’a même pas voulu expliquer la brisure qu’il y a eu parmi les Douze et qui a blessé si profondément son cœur, puisque le désir intense de son cœur sacerdotal était que les Douze soient un entre eux comme lui-même est un avec le Père. C’est très important pour nous, du point de vue pratique. Nous devons tendre vers cette unité, la désirer et tout faire pour que cette unité dans la charité fraternelle se réalise, sans oublier le hormis le fils de perdition. Il faut avoir ce réalisme chrétien que Jésus nous enseigne. Sur la terre il y aura toujours un fils de perdition, et cela risquerait quelquefois de nous plonger dans le désespoir : « C’est impossible, l’unité ne peut pas exister ! » Jésus est très lucide, et il nous montre bien cette lucidité : il sait qu’il y a le fils de perdition, et malgré cela il nous demande d’avoir ce désir d’être un entre nous comme lui-même est un avec le Père.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Extrait de Suivre l'Agneau, 4, à paraître en 2012.

© Congrégation Saint-Jean

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article