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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

ATTENTE (II)

MDPIl faut bien regarder l’ordre voulu par la sagesse de Dieu et ce dernier moment où Jésus est remis à la terre. Les Pères de l’Église ont toujours fait le parallèle entre Jésus remis à la terre dans le mystère du Sépulcre et le point de départ de la vie du Christ, le mystère de l’Avent, où Jésus est caché en Marie, en sa mère. Il est dans une terre vivante, quand il est en Marie, il est dans la bonne terre. Ici, c’est le cadavre qui est dans la terre anonyme, non-vivante. Mais on est en présence des deux Avents : l’Avent joyeux et l’Avent de l’attente de la Résurrection, cet Avent au milieu des luttes, vécu très différemment par les grands prêtres, par Judas, par Marie, par Joseph d’Arimathie et Nicodème, par Jean et les disciples. Et si je voulais faire la théologie du Sépulcre, il ne faudrait pas oublier Marie de Magdala, la sainte femme qui a vécu, elle, le mystère du Sépulcre d’une manière assez étonnante. Marie de Magdala faisait partie des saintes femmes qui étaient présentes à la Croix, et elle n’a pas su accepter pleinement et totalement ce dernier sabbat, ce temps d’attente. Ici, on retrouve la patience des saints. Le sabbat réclame cela, et ce dernier sabbat, qui est pour le repos du cadavre de notre Dieu, réclame cela. Il exige que Marie, les saintes femmes et Jean quittent le Sépulcre. Il sera gardé par des soldats étrangers : eux n’ont pas besoin de respecter le sabbat, donc ils seront là pour garder le cadavre du Christ. On a tellement peur que les disciples viennent le chercher !

Il faut essayer d’entrer profondément dans ce mystère du sabbat, le dernier sabbat, le grand mystère du Sépulcre. C’est un mystère qui est comme réservé à Marie et à sa descendance, et qui nous est donc donné. Tous ceux qui sont de la descendance de Marie doivent entrer dans ce mystère, mais en vivre de l’intérieur, pas de l’extérieur. De l’extérieur, tous l’ont vécu, et ils l’ont mal vécu. Marie de Magdala n’a pas su le vivre ; cela, c’est net. Marie de Magdala est passée à côté de ce grand mystère. Elle s’est agitée, beaucoup agitée, parce qu’elle n’a pas toléré dans son cœur que Pierre soit absent. Elle a jugé très durement Pierre, j’en suis sûr. Ce n’est pas dit dans l’Écriture mais il suffit de la connaître un peu pour comprendre qu’elle ne pouvait pas accepter que Pierre soit absent. Il n’y avait là que Jean, le petit dernier. C’est Pierre qui aurait dû être là. Dans son cœur, Marie de Magdala était en colère contre Pierre. Et elle n’a pas accepté cette exigence du sabbat qui passe devant le cadavre de son Jésus. Il y a une telle disproportion pour elle entre le sabbat et la présence auprès du cadavre de Jésus. Puis Marie de Magdala a trouvé que Joseph d’Arimathie et Nicodème avaient agi un peu rapidement dans la liturgie du Sépulcre. Les femmes trouvent toujours que les hommes vont trop vite du point de vue liturgique… Marie de Magdala a eu une peine énorme à accepter la Croix. Impossible ! Et donc, pendant le temps du Sépulcre, elle ne pense qu’à une seule chose : venir le plus vite possible auprès de Jésus. Il y a un projet artistique, très pieux, mais artistique tout de même, dans le cœur de Marie de Magdala. Elle désire être le plus vite possible auprès du cadavre de Jésus pour vraiment lui montrer qu’elle l’aime. Et elle veut être la première, et elle veut être seule. Avec son tempérament impétueux d’artiste, doublé d’un amour passionné pour Jésus, elle n’a pas pu vivre de ce que représentait ce temps de patience divine où Dieu réclamait que tout soit remis, abandonné, mais abandonné divinement, dans une sainte passivité divine – ce que Marie a vécu.

(A suivre)

 

M.-D. Philippe, OP, Suivre l'Agneau, t. 4.

© Editions Médiaspaul

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