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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Art et sagesse I

Découvrir que la philosophie est une sagesse est particulièrement difficile aujourd’hui, dans le contexte intellectuel qui est le nôtre, marqué par nombre d’idéologies et de systèmes qui oublient ou refusent la sagesse. Une sagesse philosophique est-elle encore possible, après la critique corrosive d’un Kant [1], l’ambition de savoir rationnel absolu de l’idéologie hégélienne ou la destruction radicale de la vérité contemplative que les idéologies contemporaines véhiculent ?

De plus, notre monde est marqué à la fois par l’extension et le développement des sciences et des techniques, et par le règne des sciences dites humaines, en particulier la psychologie et la sociologie. Cela est tellement fort qu’on peut se demander si la connaissance philosophique, la sagesse, a encore sa place aujourd’hui. Celle-ci, qui était bonne pour les Grecs, n’est-elle pas totalement dépassée, « périmée » ? Aujourd’hui, les sciences prétendent expliquer le monde : la philosophie, surtout lorsqu’elle prétend être une sagesse, n’est pour beaucoup qu’un vide sentiment, une approximation « poétique » bonne pour les naïfs et les rêveurs.

Cette attitude caractérise en particulier l’idéologie positiviste qui marque bien des mentalités contemporaines. Dans cette perspective, qui se développe à partir d’Auguste Comte, seule la connaissance des sciences modernes est digne de considération : tout ce qui n’est pas scientifique au sens moderne du terme n’est pas vrai. Seul ce que dit la science est adéquat au monde et à l’homme. Aucune autre connaissance, ni la philosophie, ni a fortiori l’art, n’est suffisamment sérieuse pour avoir droit de cité aujourd’hui. On sait que pour Auguste Comte, l’âge philosophique de l’humanité, celui de la recherche des causes, qui s’interroge sur le pourquoi des choses, est un âge infantile. L’humanité adulte, scientifique, positive, ne se pose plus que la question du comment [2], elle ne cherche plus que des lois. Et il est facile de constater que le positivisme peut s’étendre à tous les domaines, jusque dans la théologie : alors, la conclusion exégétique sérieuse prétend être mesure de la foi !

Marie-Dominique Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org



[1]. « Le problème d’une “philosophie première” (d’une métaphysique) s’achevant en théologie semble aujourd’hui complètement périmé. Ne récoltons-nous pas les fruits de l’agnosticisme d’un Kant, excluant toute recherche spéculative de l’existence d’un Etre nécessaire ? De fait, si l’on identifie philosophie et logique, une théologie relevant d’une métaphysique n’a plus de sens ; car jamais, en restant au niveau logique, on ne posera le problème de l’Absolu (…). Mais ce n’est pas seulement la possibilité d’atteindre l’existence de Dieu, qui est niée. La négation de l’existence même de Dieu prend de nos jours une extension qu’elle n’a encore jamais connue, et le rejet de Dieu va jusqu’à exclure la possibilité de tout logos sur Dieu (considéré comme littéralement non-signifiant) » (M.-D. Philippe, De l’être à Dieu, Introduction, p. 7).

[2]. Voir notamment A. Comte, Catéchisme positiviste, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 65-66.

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