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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Art et goupillon

Quelques réflexions bien lucides, tirées de la chronique de Nicole Esterolle, que nous publions avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

La chronique n° 31 de Sœur Nicole

(Texte que vous pouvez aussi trouver, ainsi que les précédentes chroniques,  sur www.schtroumpf-emergent.com)

Quand l’union art contemporain et évasion fiscale est bénie par l’archevêque

 

Michel Blazy est, comme Daniel Buren, «un artiste français à renommée internationale». Sa spécialité à lui, ce sont  des sculptures faites à partir des petites choses de la maison, qui n’inspirent d’ordinaire que le mépris ou l’indifférence dévolue aux objets du quotidien : purée de carotte, graines de lentilles, colorants alimentaires, cacahuètes, boudin, danette,  farine, ketchup, lentilles, mousse à raser, peau d’oranges, pomme de terre, croquettes pour chien et chat, etc. Ces menues choses constituent donc, pour cet athlète de l’art de haut niveau, le support de puissantes  investigations plastiques et philosophiques. Les œuvres deviennent alors «des métaphores de la fragilité, du temps qui passe et de la brièveté de la vie». Elles sont propulseuses d’une intense réflexion d’ordre métaphysique...

 

D’où l’invitation qui lui a été faite

d’exposer en ce haut-lieu de quête spirituelle qu’est le Collège des Bernardins, à Paris. Il y montre donc  actuellement, non pas son fameux mur en purée de carotte, (ni son rhomboèdre  de pommes de terre  pourries qu’il avait proposé à côté du célèbre tas de charbon de Bernar Venet et du non moins célèbre pot de compote de mouches de Damien Hirst, à la Biennale de Sao Paulo), mais une installation intitulée « Bouquet Final » qui est réalisée à partir de mousse de produit vaisselle débordant de bacs dans lesquels des tuyaux soufflent de l’air. Cette oeuvre puissamment  allégorique, «évoque le futur possible de la planète si nous ne prenons garde à notre environnement ; décroissance et surconsommation sont au cœur des  préoccupations de l’artiste», dit le com de presse.

chro n° 31 blazy

«C'est la pièce la plus importante que j'ai faite en mousse de savon. Ça fait une dizaine d'années que j'utilise ce matériau, mais c'est la première fois que je dépasse véritablement l'échelle humaine. Je suis parti de la sensation que l'on peut avoir dans les lieux de culte, où le corps est complètement dépassé par l'architecture, et  où l’ on est dans une attitude de respect (…) J'espère que le côté mystique du lieu charge la pièce, grâce à cette matière mystérieuse qu’est la mousse», a déclaré l’artiste au cours de l’un des séminaires mensuels «Paroles d’art» (voir la vidéo linkorganisés au Collège, où l’on a pu déjà entendre les conférences de Claude Rutault sur le vertige métaphysique provoqué par ses «tableaux peints de la couleur des murs où ils sont accrochés», et de Buren sur verticalité transcendantale de ses bandes... Et autres déclinaisons du concept «crème fouettée sur fond de néant» inventé il y a quelques décennies déjà par le prophète Marcel Duchamp, et qui a provoqué chez les bigots de l’art contemporain d’innombrables cas d’epectase avérée.

 

Car selon le Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, l’enjeu du Collège des Bernardins est «d'offrir un lieu du dialogue intellectuel et spirituel sans lequel les grands tournants de l'histoire ne peuvent se prendre dans la sérénité». D’où cette ouverture à l’art contemporain à travers un «département de recherche qui vise à interroger les rapports profonds entre l’expression artistique et l’expression de la foi».

«Parce que l’art présente cette caractéristique unique d’être un langage sensible. 
La foi, de même, ne consiste pas dans des idées mais dans du témoignage vécu qui touche l’intégralité de la personne. 
Regarder l’art, écouter les artistes ouvre une perspective inédite de compréhension de l’homme et du monde et, par là, de la foi», nous dit Bernard Marcadé, directeur de ce Département, philosophe free lance (accessoirement critique d’art) et qui a succédé pour cette fonction à Jean de Loisy, nommé à la direction du Palais de Tokyo, autre lieu de bouillonnante symbiose entre art contemporain et spiritualité... (et accessoirement avec la spéculation artistico-financière internationale).

 

Mais ce qui me semble le plus intéressant dans cette nouvelle forme de Sainte Alliance de l’Art et du Goupillon, c’est la possibilité qu’ont les personnes extrêmement riches assujetties à l’ISF de bénéficier d’une réduction de leur impôt sur la fortune en effectuant un don à la Fondation des Bernardins, pour la promotion de l’art contemporain.

Cette  réduction, nous précise-t-on, s’élève à 75% de la somme donnée à la fondation, dans la limite de 50 000 €. Et l’on nous précise aussi que, «pour bénéficier de la réduction d’impôt, il faut faire son  don avant le 31 mai si votre patrimoine est compris entre 1,3 et 3 millions d'€, et  avant le 15 juin si le patrimoine est supérieur à 3 millions d'€».

 

Enfin, dernière indication, mais non des moindres, qui nous est donnée :«En faisant un don à la Fondation des Bernardins, vous contribuez à faire émerger une réflexion de fond sur la question cruciale du devenir de l’homme, dans la société contemporaine»…, d’où cette fontaine de mousse dont l’évanescence est là pour nous questionner sur la légèreté de l’être et les vanités du monde.

 

Ainsi les milliardaires collectionneurs d’art contemporain de ce monde, sont-ils, en participant à cette grande cause artistico-humanitaire, non seulement absous de toutes les vilénies qui leur ont permis de gagner autant d’argent sur le dos des masses laborieuses, mais également défiscalisés avec la bénédiction des plus hautes autorités religieuses de France.

 

J’ai beau être convaincue du caractère sacré de l’art, je dois vous avouer, chers lecteurs de mes chroniques, que le taux de crétinerie de ces embrouilles clérico-fiscalo-culturelles me donne envie de devenir bonne-sœur ouvrière, ou de faire le djihad…

Difficile en effet d’admettre ces privilèges fiscaux accordés aux grosses fortunes et aux entreprises, quand, dans le même temps il s’avère impossible de faire étudier par le gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, ce que produirait une modeste défiscalisation pour les particuliers acheteurs d’œuvres d’artistes vivants.

Cette vertueuse niche fiscale boosterait le marché de l’art de proximité, améliorerait immédiatement la vie des artistes et des galeries prospectives, réparerait les dégâts de 30 ans d’incurie ministérielle et, au bout du compte, serait fiscalement bénéfique pour le Trésor Public. D’autant que par ailleurs, l’on pourrait faire l’économie de toutes ces petites galeries associatives bidon, subventionnées pour la  promotion de l’art officiel et/ou spéculatif, qui coûtent très cher aux municipalités et collectivités locales, alors qu’elles n’ont, de fait, aucun sens ni aucun public.

NB

Comment l’art « contemporain » a pollué les édifices religieux en France

Il faut lire absolument le nouveau livre de Aude de Kerros (Editions Jean-Cyrille Godefroy) : Sacré Art Contemporain - Evêques, Inspecteurs et Commissaires.

On y apprend comment l’artiste conceptuel Claude Rutault a repeint les tableaux religieux d’une église de campagne de la même couleur que les murs, à recouvert toutes les sculptures d’un drap blanc, a supprimé les vitraux pour qu’on puisse mieux voir le paysage, a insulté les paroissiens pleurant de rage impuissante devant les dégâts.

 On y apprend comment (...) Monseigneur Di Falco, sous l’injonction de son ami collectionneur François Pinault, a exposé en sa cathédrale une œuvre immonde d’un copain de Damien Hirst en mal de reconnaissance, comment le scandale que cela a déclenché a propulsé la dite œuvre sur le marché du financial art international et lui a conféré une cote faramineuse... et comment au bout du compte François Pinault a empoché la plus-value obtenue par cette opération exemplaire de « mise en visibilité».

Ce livre est une analyse de fond et parfaitement implacable du fonctionnement d’un système. Il s’appuie sur la description de faits irréfutables. Il est un paquet de dynamite fixé sur l’appareil en place, et la question est maintenant de savoir si et comment celui-ci va pouvoir le circonvenir le neutraliser et l’enkyster.

Il va circuler « souterrainement » bien sûr, et il est probable qu’il sera l’objet d’une omerta absolue de la part des critiques, chroniqueurs et commentateurs d’art. 

 

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 Vous pouvez retrouver ces chroniques et  suivre les tribulations   du schtroumpf émergent sur la scène artistique internationale en allant sur le site : www.schtroumpf-emergent.com

(Cette chronique est envoyée régulièrement à 13 000 journalistes, diffuseurs d’art, artistes et décideurs institutionnels  en France.)

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