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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Amour, intelligence et philosophie

La philosophie prend son sens pour l’homme dans la mesure où elle lui permet de découvrir lui-même d’une manière vivante, par sa propre intelligence et à partir de son expérience, ce pour quoi il est, vit, pense et aime. Si la finalité de l’homme n’est plus au cœur de la recherche philosophique, comme ce qui la caractérise, elle perd son sens. Aussi les sciences modernes apparaissent-elles comme beaucoup plus fascinantes par leur précision et leur extension. De même, la psychologie prétend s’ériger en sagesse dans la débâcle actuelle de la morale. Et la philosophie, que l’on ne connaît plus qu’à travers les modernes, devient avant tout un questionnement critique. Alors la philosophie n’est plus sagesse : elle n’est plus une recherche humaine de la vérité aboutissant à une véritable découverte par l’homme du sens profond de sa vie humaine.

 

Devant un tel oubli de la cause finale de ce qui est, il est capital de reprendre cette recherche d’une façon très radicale. Et pour cela, il est nécessaire de comprendre qu’elle ne peut se faire qu’à partir de la découverte la plus profonde et la plus vraie de l’expérience de l’amour. L’esprit humain est intelligence et volonté, connaissance de la vérité (de ce qui est) et amour du bien réel, existant. Sans l’amour, nous ne découvrons pas l’intelligibilité ultime de ce qui est et, pour découvrir l’être-en-acte comme cause finale de ce qui est en tant qu’il est, l’amour est nécessaire. C’est bien ce que souligne saint Thomas quand, comparant l’intelligence et la volonté, il affirme que pour les réalités bonnes plus nobles que nous, la volonté est supérieure à l’intelligence (cf. Somme théologique, I, q. 82, a. 3). Grâce à l’amour, nous allons donc plus loin dans la connaissance de ces réalités.

Il est capital de comprendre cela et de ne pas tomber dans la peur de l’amour, de l’affectivité. Certains, par peur, chassent l’amour et le tuent. Cela a d’immenses conséquences sur l’intelligence et sur toute la philosophie. En effet, la crainte est mauvaise conseillère et est à la source de nombreuses erreurs de notre intelligence. Elle est une affectivité rentrée, elle provient toujours d’un amour qui n’a pas pu se développer. Et elle se termine normalement à la tristesse : parce qu’on a peur, on ne peut pas se donner pleinement à ce qu’on aime et on en est triste. Il est donc nécessaire d’avoir une très grande lucidité sur notre vie affective pour que la crainte ne soit pas un ferment de perversion et de repli sur soi de l’intelligence. C’est pourquoi, après avoir essayé de saisir la première grande ligne du développement de notre intelligence, il nous faut maintenant regarder d’une façon plus directe tout le point de vue de l’affectivité et de l’amour. Cela nous permettra de mieux découvrir aussi comment la personne humaine réclame ce double développement de l’intelligence et de la volonté. La personne humaine ne peut pas se contenter de développer son intelligence. Elle implique aussi un développement affectif. Nous voudrions même parfois que toute connaissance engendre en nous l’amour et que tout amour nous rende plus intelligent – n’est-ce pas le souhait grec du kalonkagathon (le beau et le bien) réalisé parfaitement pour nous ? Certes, il y a une harmonie profonde entre l’amour et la connaissance, ce qui nous permet de poser des quantités d’analogies ou de similitudes entre eux. Mais il y a cependant entre l’intelligence (notre capacité de connaître) et la volonté (notre capacité d’aimer) une diversité, que nous devons bien saisir pour respecter le caractère original de chacune de ces deux puissances et leur développement différent.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Retour à la source, tome I, Pour une philosophie sapientiale, p. 167-168.

© Librairie Arthème Fayard

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