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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

A propos du Contra Averroistas de saint Thomas d'Aquin (IV)

La constitution de la connaissance

Pour Thomas, Averroès corrompt la pensée aristotélicienne en faisant de l’intellect agent un intellect séparé. L’intelligible n’est pas un archétype céleste ; il est dans le sensible ou plutôt le sensible est de l’intelligible en puissance et l’on ne saurait trouver ailleurs (que dans le sensible) de l’intelligibilité. Cela pousse Thomas à définir l’intellect selon deux aspects : l’intellect possible ou passif, et l’intellect agent ou actif. L’intellect possible n’est pas, comme le pose Averroès, un intellect matériel mais un « intellect qui pense en puissance toutes les formes intelligibles : il s’agit de la conscience intellectuelle, qui devient en acte lorsqu’elle prend conscience d’une notion, ou qu’elle se la remémore ». Mais pour que « la conscience intellectuelle prenne forme, il faut que la forme intelligible soit actualisée en elle, et cela ne se peut que par l’intermédiaire de l’intellect actif ou agent » : Aristote comparant ce pouvoir d’intellection au pouvoir de la lumière, Thomas pouvait alors se permettre de définir un principe d’illumination, uniquement perceptible en ce sens-là.

Thomas, à la différence d’Averroès, pose donc qu’il existe une pensée personnelle possible dans la mesure où chacun possède un intellect agent. Pour Averroès, chacun se voit doté d’un pouvoir d’intellection en participant à l’intelligence agente, une et unique, qui n’appartient nullement à l’âme humaine mais est une substance séparée, hypercéleste. Logiquement et moralement cette thèse averroïste est insoutenable pour Thomas, car elle nie tout autant les principes métaphysiques aristotéliciens que les principes moraux chrétiens qui nécessitent la responsabilité de la personne pour penser les théories de la rédemption et du salut. Avant même le critère moral, c’est l’avènement d’une pensée humaine libre et autonome qui importe. L’homme s’émancipe ; désormais, s’il veut prouver son lien divin, il ne peut plus le faire de façon « passive » ou « obligatoire » dans la mesure où, naturellement, il était depuis toujours lié à Dieu puisque dépendant de lui intellectuellement. Désormais, le lien divin manifestera d’autant plus l’humanité de l’homme qu’elle sera le signe de sa volonté et de la détermination de son caractère, et donc de sa capacité à refaire le lien, à s’unir de nouveau.

 

(A suivre)

Jacques Vauthier

© www.les-trois-sagesses.org

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