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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

A propos du Contra Averroistas de saint Thomas d'Aquin (II)

Les grands philosophes du Moyen-Âge

Si Averroès (1126-1198) a eu une influence considérable sur Saint Thomas (même si c’est pour mieux le contester), il en est de même de Maïmonide (1135-1204), appelé « Rabbi Moïse » par l’Aquinate. En fait, une sorte de disputatio indirecte s’est mise en place au XIIIème siècle entre trois grands philosophes théologiens, issus des trois grandes religions abrahamiques, avec les nuances apportées ci-dessus, à savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam. Trois grands savants pour mieux disserter des problématiques de la foi et de la raison, de leurs rapports de concurrence ou de subordination, de la réalité de l’esprit humain et de son émancipation et finalement débattre des prémisses des « Temps modernes », dans la mesure où se dessinait déjà l’ambition d’une raison universelle et d’un homme intellectuellement libre. Tel est le sens de la formule thomiste bien connue : philosophia ancilla theologiae – la philosophie (du théologien) est au service de sa théologie –, ce qui ne signifie pas que la théologie asservisse la philosophie, mais seulement qu’elle s’en sert, c’est-à-dire qu’elle y puise ce qui lui est nécessaire pour la tâche qui est la sienne, c’est-à-dire l’intelligence de la foi. Aussi bien saint Thomas récusait-il l’idée que les dogmes de la foi puissent être des principes de connaissance philosophique. Mais il récusait tout autant l’idée que la philosophie n’aurait rien à connaître de ce qu’enseigne la foi, à commencer par l’objet même de celle-ci : Dieu. C’est ainsi que saint Thomas a non seulement tiré profit de la redécouverte par l’Occident de l’œuvre d’Aristote, transmise et prolongée par les philosophes musulmans, mais il a poussé l’héritage de la philosophie grecque – platonicienne et néoplatonicienne autant qu’aristotélicienne – au-delà du point où ses inventeurs l’avaient conduite : dépassant l’ontologie de la substance en lui faisant produire ses ultimes conséquences, il inaugurait, d’une manière longtemps inaperçue, une métaphysique de l’existence qui rompait sans l’annuler avec l’essentialisme caractéristique de la tradition issue du platonisme. Pour lui, au contraire d’Avicenne et plus tard de Duns Scot, l’existence est première et ne découle pas de l’essence des êtres et pour cause : « Le premier et plus universel de tous les effets étant l’exister même (esse), il ne peut être produit que par la première et la plus universelle des causes qui est Dieu »[1].

 

(A Suivre)

Jacques Vauthier

© www.les-trois-sagesses.org

(1) E.Gilson, L’être et l’essence, Paris, Vrin , 3ème éd., 2000, p.135.

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