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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

A propos du Contra Averroistas de saint Thomas d'Aquin (I)

Jacques Vauthier, mathématicien, Professeur honoraire de la Sorbonne, nous propose un article sur un célèbre opuscule de saint Thomas d'Aquin. L'enjeu en était, à travers l'interprétation de la philosophie d'Aristote, le statut de la connaissance humaine et de son acquisition. L'occasion, non seulement, de prendre conscience de la richesse et de l'intensité des discussions entre les traditions judaïques, musulmanes et chrétiennes au XIIIe siècle, mais d'en saisir l'enjeu dans le monde contemporain. Jacques Vauthier est co-auteur, avec le p. Marie-Dominique Philippe, du livre Le manteau du mathématicien.

 

Le premier problème à soulever est celui de la fameuse question des « religions du Livre ». Remi Brague, dans son livre Du Dieu des Chrétiens et d’un ou deux autres, met les points sur les i et montre que cette formule ne correspond à rien. Bien sûr, il y a des points de convergence mais le fond est totalement différent. Dans une de ses formules incisives dont il a le secret, il fait observer que « la religion d’Israël est une histoire qui aboutit à un livre, le christianisme est une histoire qui est racontée dans un livre et l’islam est un livre qui aboutit à une histoire ». La Torah complétée par le Talmud  est un livre « qui produit la Nation. Selon l’expression de Heirich Heine, la Bible est la "patrie portative" de tout juif. Etre Juif, c’est appliquer les règles de la Torah qui constituent l’identité la plus profonde d’un peuple et demandent donc à être précisées de plus en plus rigoureusement. On y ajouta donc des discussions sur la manière d’interpréter très exactement les commandements et les interdictions édictées par Dieu qui formeront le Talmud »[1]. La position centrale de l’étude et de la discussion sur ces textes est fondamentale pour qui veut comprendre le judaïsme[2].

Les "religions du Livre"

Pour ce qui concerne l’Islam, le Coran est un événement qui jouit « comme mode de vie produisant une civilisation d’une place particulière ». Rémi Brague comme spécialiste de l’Islam fait observer que « dans l’islam, l’objet révélé est le livre : la personne de Mahomet, du moins dans l’islam primitif n’a que peu d’importance. C’est pourquoi on peut considérer que la seule religion du livre, au sens strict, c’est l’islam : pour lui le Coran a pour auteur non pas Mahomet mais Dieu qui le lui a dicté. » Alors que dans le judaïsme et le christianisme, la Bible est un livre inspiré qui peut contenir des erreurs scientifiques concernant par exemple une description de la création, « le Coran ne peut pas contenir d’erreur, de contradiction ou de disposition provisoire […]. Il faut que tout dans le Coran soit vrai et même définitif. C’est pourquoi une littérature abondante et toujours renouvelée s’efforce de montrer à chaque nouvelle découverte scientifique qu’elle était déjà contenue dans le Coran »[3].

On voit que l'on est, de fait, en face de trois livres. Le christianisme a la Bible, qui a deux Testaments: le marcionisme, qui voulait éliminer l'Ancien Testament, a été condamné. Ce texte contient celui de la Torah. Au contraire, le Coran est tout autre, Torah et Evangiles sont considérés comme hérétiques et l'Islam parfois en interdit la lecture.

Pour commencer un dialogue, il faut au minimum respecter l'autre et reprendre la discussion sur d'autres bases: c'est le but de ce petit article.

 

(A suivre)

Jacques Vauthier

© www.les-trois-sagesses.org



[1] R. Brague, op. cit., p.39.
[2] Voir mon livre avec Haïm Brezis Un mathématicien juif collection scientifiques et croyants Beauchesne Editeur.
[3] R.Brague, op. cit., p.43.
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