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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Ferveur et liberté dans l'Amour

Ferveur et liberté dans l'Amour

C'est sous la motion de l'Esprit Saint, grâce au don de sagesse, que nous découvrons là où le Père nous attend pour le plus grand Amour. Quand nous nous trouvons devant un choix à faire, saint Thomas d’Aquin répond qu’il faut choisir là où est le plus grand Amour! Nous ne le savons pas, parce que l’Amour divin nous échappe, mais nous supplions l'Esprit Saint de nous y incliner et, si nous choisissions quelque chose que le Père ne voudrait pas pour nous, de nous le montrer, si ce n'est pas là le plus grand Amour pour nous.

Pour mémoire, rappelons ce que dit Suarez (qui n’est pas un saint !) sur la même question, cela fait tout comprendre... et c’est toute la différence entre l’esprit contemplatif de saint Thomas et le subjectivisme moderne. Suarez répond à cette question (nous tombons d'un cran, et même de plusieurs) : nous devons choisir ce qui est le plus difficile ! Il s’agit donc de lutte et d’effort et l’on en reste à la prudence et à ce qui est à taille humaine… Le critère n’est plus théologal, divin, mais humain, prudentiel. Dans cette perspective, dont nous avons bien plus conscience, psychologiquement parlant (car l'Amour divin, Lui, n'est pas de l'ordre de la conscience psychologique), on en vient même à dresser des obstacles devant soi-même ou devant les autres, à justifier des situations malheureuses dont l’Amour est absent, pour prétendument « mériter » par la souffrance et la confrontation avec les difficultés. On invente des « mises à l’épreuve », pour avoir conscience de dépasser l'obstacle ou pour « exercer » les autres et leur patience. C’est le cheval que l’on dresse à sauter. C’est même parfois de l’ordre de la torture et du sadisme.

Si l’on voit la Croix comme cela, c'est abominable et c’est à fuir à toutes jambes !

Non ! le secret de la Croix, c'est la ferveur de l’Amour divin.

On voit cela dans la vie des saints. Par exemple, on pense immédiatement à saint Ignace d'Antioche, martyr, « froment moulu sous la dent des bêtes » pour devenir Pain du Père : « Il n'y a plus en moi qu'un doux murmure qui dit : Viens vers le Père ». C’est le murmure entendu par le prophète Elie ! Dieu n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans la clameur… Il est dans le murmure silencieux, dans la ferveur de l’Amour. La ferveur, ce n'est pas nécessairement grandiloquent ; ce n'est pas nécessairement éclatant ! C'est l’Amour, dans son exigence propre d’Amour, c’est l’Amour comme Amour, qui s'impose de l'intérieur et du plus profond de l'action de l'Esprit Saint dans notre âme. C'est l’attraction même de celui qui est Bon qui réclame l’Amour ; c’est la cause finale dans sa pureté, dans sa simple attraction.

« Il n'y a plus en moi qu'un doux murmure qui dit : Viens vers le Père ». C'est ce que Jésus dit au moment de quitter le Cénacle : « Levez-vous, allons, il faut que le monde sache que j'aime le Père. » Cela, c'est déjà du côté du témoignage, c'est déjà la proclamation. Mais le secret que Jésus nous dévoile en disant cela, c'est : « Je vais vers le Père », Vado ad Patrem. Cela, c'est la ferveur ! C'est le primat de l'Amour pour le Père qui fait que Jésus va vers Lui dans l’offrande totale de Lui-même. La ferveur, en effet, celle de l’Amour dans ce qu’il a de premier, s'adresse au premier Aimable, à Celui qui est « le Bon » : le Père. Dont nous vivons à travers ce qu'il nous donne directement, qui vient de Lui et retourne à Lui.

Le mystère de Jésus crucifié dans notre vie est toujours un mystère de ferveur dans l'Amour. C'est peut-être là où nous avons une petite clé pour mieux comprendre où le Christ nous attend: là où il nous demande de le suivre, là où, au sens strict, ce n'est pas nécessaire du point de vue de la justice, comme il l’enseigne au jeune homme riche, après lui avoir dévoilé la Bonté du Père.

 

Cette lumière est importante pour certains choix très concrets devant lesquels le Christ nous laisse apparemment seuls ! Il nous fait confiance. Non pas pour que nous prenions les choses en mains. Mais la ferveur de l’Amour, vécue sous le souffle de l’Esprit Saint, dans la pauvreté et la petitesse divines, est ce qui peut nous éclairer : que choisir pour que le Père puisse être effectivement Celui qui nous attire ? Pour qu’il ne nous reproche pas d’avoir mis l’Amour au second plan. Or, le Père ne retire rien, sauf ce qui s’oppose directement à sa Bonté (ce que saint Jean appelle le monde), mais il met tout en ordre. Il attire tout à Lui.

A la Croix, en Jésus crucifié, nous donnons notre vie ! Mais ce que nous recevons est à l'infini de ce don que nous faisons, puisque nous le faisons en recevant de Jésus crucifié l’Amour même du Père et du Fils : le mystère de l'Esprit Saint, du Paraclet. Le Paraclet, qui agit de l'intérieur, n'enlève rien de ce qui est vrai. Tout ce qui est vrai, l'Esprit Saint, qui est l’Esprit de Vérité, le sanctifie, le divinise, l'ordonne vers le Père. Mais il enlève tout ce qui est mensonge, tout ce qui ne peut être transformé par l’Amour, tout ce que nous avons construit en dehors de l’Amour et qu’Il ne peut transformer. Sur le moment, certaines séparations peuvent nous être douloureuses ou nous sembler fausses. Mais nous voyons ensuite combien elles étaient salutaires pour nous permettre de nous élever dans la ferveur de l'Amour, libres des idoles que nous nous étions façonnées, libres de nos peurs et de nos préjugés, libres du péché dans lequel nous avions vécu loin du Père.

Cette ferveur dans l'Amour, cet Absolu de l'Amour comme Amour, l'Immaculée, telle « un lys entre les chardons » en est l'aurore et l'accomplissement.

Vado ad Patrem ! Je vais vers le Père.

 

Marie-Dominique Goutierre, 8 décembre 2016

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