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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

De la faillite des marchands de frigidaires

De la faillite des marchands de frigidaires

L’esprit de pauvreté est lié à l’espérance. Et l’espérance divine est actuelle ; la promesse de Dieu et l’attente de la Parousie, du retour du Christ, sont plus actuelles que le futur immédiat. Nous ne comprenons pas cela psychologiquement, mais c’est pourtant vrai, et c’est ce qui nous donne une grande force divine. Nous sommes dans les luttes, nous vivons la Croix, nous sommes mis au sépulcre… Mais il vient ! Nous le professons chaque dimanche : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Cette promesse est actuelle : il vient.

Si c’est actuel, cela signifie que notre vie, maintenant, EST dans la lumière de cette promesse. Ce que nous vivons dans l’Amour, quoique limité, inadéquat quant à la réalisation, est, je ne dis même pas « dans l’attente », mais en creux la promesse divine qui s'accomplit et nous attire, nous bascule en elle.

Si nous regardions notre vie de cette façon, tout serait grand, rien ne serait mesquin. L’homme d’espérance, l’homme de désir, est un cœur large. En revanche, le gagne-petit, le petit bourgeois, qui s’agite pour savoir quand il va augmenter ses revenus, quand il va s’installer, quand il va posséder ce qu’il convoite, devient très vite avare. L’avenir est toujours plein d’insécurité ; il faut donc faire des réserves. C’est la caisse d’épargne! C’est la « spiritualité » de l’écureuil ou du frigidaire. Celui qui est porté par l’espérance, n’a justement pas de frigidaire, parce que Dieu donne TOUT maintenant.

Il en va en quelque sorte comme des deux côtés du décor : maintenant je fais telle chose, limitée, partielle – le monde s’arrête à cela et mesure tout de l’extérieur avec son oeil comptable et réprobateur, selon ses critères. Mais puisque je suis appelé maintenant par le Seigneur à entrer dans la vision, tout est donné en plénitude et « l’espérance ne déçoit pas ». C’est cette promesse qui est actuelle et qui donne son sens à ce que je vis maintenant en espérance.

 

La sainteté tend à cette plénitude de l’Amour dans un élan et un désir tels qu'il n'y a plus rien d'autre que l'Amour et sa propre nécessité. Nous le vivons comme des pauvres, attendant que Dieu accomplisse enfin la plénitude du don et nous fasse passer de la terre au ciel dans la joie de sa lumière. Saint Jean de la Croix dit que nous nous trouvons comme devant un tissu : nous sommes d’un côté du tissu, la vision est de l’autre, et plus sommes proches de la vision, plus ce tissu devient comme imperceptible… « Ô flamme vive d’amour qui navres avec tendresse de mon âme le centre le plus secret, n’ayant plus nulle rigueur, achève, si tu le veux, brise la toile de ce rencontre heureux » (Vive Flamme d’Amour, str. 1).

 

De la Compassion à l’Assomption, la vie de la Très Sainte Vierge est cela : nourrie de l’eucharistie, elle est passée de la terre au ciel avec son âme et son corps dans la ferveur de l’Amour, comme on passe de l’autre côté de la toile, dans une simplicité où seul l’Amour est nécessaire. Ce n’est pas grandiose, il n’y a aucune mise en scène. Personne ne nous en a rien dit : c’est dans un silence, une simplicité… Et cela nous est donné : le dogme de l’Assomption est proclamé solennellement par l’Église en 1950. Pourquoi si tard ? Mais parce que c’est pour notre temps. Pour les derniers temps, où l'espérance divine se fait la lumière immédiate de notre vie.

 

Marie-Dominique Goutierre

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Helene 16/12/2016 13:37

« Comme c’est Dieu qui opère dans l’âme, elle est réduite à une totale impuissance. Elle ne peut ni prier vocalement, ni appliquer son attention aux choses divines, et moins encore aux choses profanes… »
L’âme, au milieu de ses ténèbres et de ses tourments, se sent vivement et fortement blessée d’un véhément amour, et en même temps elle a un certain sentiment de Dieu, elle entrevoit Dieu en quelque sorte, sans connaissances particulières…
Toutes les opérations et tous les mouvements naturels entravent plus qu’ils ne favorisent la réception des biens spirituels de l’union d’amour, par la raison que toute l’habileté naturelle est incapable d’atteindre aux biens surnaturels que Dieu, par sa seule infusion, dépose dans notre âme passivement, secrètement et silencieusement… " [NO 2, 14, 1] Saint Jean de la Croix