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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Marie et l'Esprit Saint, I

Marie et l'Esprit Saint, I

Le lien entre Marie et l’Esprit Saint est un des mystères que saint Louis-Marie Grignion de Montfort a le plus aimés et scrutés. Plus récemment, le Père Kolbe a vécu ce mystère avec une très grande intensité et a essayé de l’exprimer, en voulant nous faire comprendre que Marie est pour l’Esprit Saint comme un instrument « conjoint » – nous dirions « quasi conjoint ».

Essayons de comprendre ce que cela veut dire. Affirmer que l’Esprit Saint est comme « l’âme de l’Église » – ce qu’on peut dire à la suite de saint Augustin[1],– c’est dire qu’il « informe » l’Église par son amour, qu’il est principe, source de vie pour l’Église et qu’il lui permet de se développer pleinement et totalement. Or Marie est le prototype de l’Église, elle est l’Église dans sa plénitude. Étant première dans l’ordre de la perfection, elle est celle qui nous aide à comprendre le mystère de l’Église. C’est en effet Marie qui nous fait comprendre le mystère de l’Église, et non pas l’inverse. Il faut toujours revenir à Marie pour pénétrer plus avant dans le mystère de l’Église.

Et donc, si nous essayons de saisir ce lien si intense qui a existé entre Marie et l’Esprit Saint, ce lien qui existe toujours, mais déjà existait pendant le pèlerinage terrestre de Marie et spécialement dans la dernière étape de sa vie, on peut dire que l’Esprit Saint est comme l’âme de l’âme de Marie, il la prend tellement en charge dans son amour qu’il lui donne toute sa vie[2]. L’Esprit Saint qui nous vivifie[3] a, en premier lieu, donné à Marie toute sa vie divine, toute sa plénitude de vie ; c’est lui qui la vivifiait et l’orientait vers un amour toujours plus grand.

Pour nous faire comprendre que Marie est pour l’Esprit Saint l’instrument le plus merveilleux, l’instrument qu’il a aimé d’une manière très particulière, saint Louis-Marie Grignion de Montfort nous dit que l’Esprit Saint ne peut pas agir en dehors d’elle, ou du moins qu’il ne le veut pas[4] (car bien sûr il le pourrait), pour que toujours Marie soit l’instrument de prédilection de son action d’amour.

Il ne faut pas voir ici un mystère d’incarnation au niveau ontologique (dans l’ordre de l’être). Ce serait contraire à l’enseignement de l’Église et à la Révélation. Mais il s’agit de comprendre qu’il y a comme un mystère d’incarnation au niveau de la vie, au niveau mystique. Là, nous pouvons saisir ce que cela signifie, en comprenant comment l’Esprit Saint est l’âme de l’âme de Marie, comment il s’empare de tout elle-même afin d’être pour elle source de vie divine, et cela d’une manière unique, et dès le point de départ, à cause du mystère de l’Immaculée Conception. Ce mystère de l’Immaculée Conception met Marie de plus en plus dans l’unité avec l’Esprit Saint. Au cours de sa vie terrestre, Marie vivait de plus en plus de cette naissance immaculée, de cette conception immaculée, comme le Verbe vit éternellement sa conception immaculée dans le sein du Père.

C’est cela que nous devons essayer de bien comprendre. Nous, en effet, nous voyons toujours la progression d’une manière un peu quantitative et, de ce fait, nous risquons de la voir comme une juxtaposition, de sorte que ce qui est vécu au point de départ soit comme abandonné. C’est comme cela que nous concevons la croissance : nous avons abandonné notre berceau, nos jeux d’enfants, ce qui était notre manière de vivre dans nos premières années, pour arriver progressivement à une vie pleinement consciente, pleinement maîtresse d’elle-même. Mais, dans l’ordre divin, rien n’est abandonné, puisqu’il n’y a plus de juxtaposition ni rien de quantitatif. Ce qui est vécu au point de départ est vécu éternellement : Marie vit éternellement sa conception immaculée. Et plus elle progresse dans la grâce, plus le mystère de l’Immaculée Conception est présent dans sa vie ; et plus, par le fait même, l’action de l’Esprit Saint est forte sur elle, plus l’Esprit Saint assume tout, prend tout, est source de vie en elle. Marie est donc actuellement, dans le ciel, l’Immaculée Conception. Sa conception rejoint la conception éternelle du Verbe, la naissance éternelle du Verbe. Et sa conception, qui se réalise sous le souffle de l’Esprit Saint, à partir de l’Esprit Saint, cette conception immaculée nous manifeste sa source qui est l’Esprit Saint et nous aide à comprendre cette conception, cette naissance, cette spiration éternelle de l’Esprit Saint, ce premier moment qui est éternel. « Au commencement était le Verbe[5] », au commencement était l’Esprit Saint ; et le mystère de l’Immaculée Conception est ce commencement de la créature parfaite, de la créature par excellence, de la créature qui rejoint immédiatement le mystère de la Très Sainte Trinité – puisque Marie n’a jamais été uniquement créature : elle a tout de suite été créature retournant à sa source, par le mystère de l’Immaculée Conception. En Marie, la créature a été, dès le premier instant, transformée par la grâce et reliée par et dans l’Esprit Saint à la conception éternelle du Verbe, à la spiration éternelle de l’Esprit Saint, à cette conception de l’Amour.

À travers Marie, la petite créature toute transformée par la grâce, chef-d’œuvre de Dieu dans l’ordre de la création et chef-d’œuvre d’amour de l’Esprit Saint, nous pouvons contempler le mystère de l’Esprit Saint lui-même. Car sa conception immaculée nous manifeste l’œuvre de l’Esprit Saint en elle, l’emprise de l’Esprit Saint en elle, et elle nous manifeste l’Esprit Saint comme source éternelle d’amour pour elle et pour nous. L’Esprit Saint est le fruit divin, le fruit de l’amour, il est l’amour de l’amour ; mais il est en même temps source, comme le Verbe est fruit et source. Le Verbe en effet est source de toute lumière, et l’Esprit Saint est source de tout amour, en étant un avec le Verbe et avec le Père. Et Marie est celle qui, dans le mystère de sa conception immaculée, est reliée à l’Esprit Saint de cette manière unique. Ce n’est pas un mystère d’union hypostatique, c’est évident. Mais c’est un mystère d’union de vie et d’amour qui fait qu’elle est toute relative à l’Esprit Saint ; elle est toute à lui, cachée en lui et pour lui. Toute sa vie est absorbée par le souffle de l’Esprit, par l’amour de l’Esprit, qui la met dans une unité de vie avec l’Esprit Saint. Il y a certes une distinction qui demeure au niveau des personnes, mais il y a une unité de vie. Et actuellement, Marie vit de cette unité. Elle l’a vécue dès le point de départ, mais elle l’a vécue de plus en plus, puisqu’il y a eu une croissance dans sa grâce, une croissance dans la lumière et dans l’amour.

Il faut bien saisir ce point de départ et ce terme, l’alpha et l’oméga, comme dit l’Apocalypse. Et ce qui est au point de départ nous aide à comprendre ce qui est au terme, c’est-à-dire le dernier moment de la vie de la Très Sainte Vierge sur la terre : son entrée dans la gloire. Et cette entrée dans la gloire est actuelle : Marie vit actuellement son mystère de gloire dans le souffle d’amour de l’Esprit Saint.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP, in: L'étoile du matin, Fayard, p. 189 sq.

 


[1] Voir par exemple Homélies sur l’Évangile de saint Jean, XXVI, 13 ; BA 72, p. 517 ; XXVII, 6, p. 545 : « C’est l’Esprit qui vivifie (Jn 6,63), car c’est l’Esprit qui rend les membres vivants, et l’Esprit ne rend vivants que les membres qu’il trouve dans le Corps que lui-même anime… »

[2] C’est à elle, éminemment, que s’applique cette parole de Job : « C’est l’Esprit de Dieu qui m’a fait, le souffle du Tout-Puissant qui m’a donné la vie » (Jb 33,4).

[3] Cf. Ga 5,25 ; 5,18 ; Ro 8,11 et 14… Ce qui est déjà vrai de tout chrétien l’est à bien plus forte raison de Marie. Cf. saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, ch. 6, n° 993 : « De même que le corps vit de la vie corporelle par l’esprit corporel, ainsi l’âme vit de la vie spirituelle par l’Esprit Saint ». Commentaire du Symbole des Apôtres (Opuscula theologica II, éd. Marietti, 1954), n° 961 : « L’âme a la vie si elle est unie à Dieu, puisque Dieu lui-même est la vie de l’âme comme l’âme est la vie du corps. Or c’est l’Esprit Saint qui unit à Dieu par l’amour, parce qu’il est lui-même l’amour de Dieu, et c’est pourquoi il vivifie ; c’est l’Esprit qui vivifie (Jn 6,63) ».

[4] Voir Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, §§ 20-21 ; § 25 : « Il ne se donne aucun don céleste aux hommes qu’il ne passe par ses mains virginales. Car telle est la volonté de Dieu, qui a voulu que nous ayons tout par Marie ». Cf. §§ 27, 35, 36, 39, etc. In : Œuvres complètes, Seuil, 1966.

[5] Jn 1,1.

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