Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Martyre et vie chrétienne

Martyre et vie chrétienne

La violence symbolique ou physique contre les chrétiens « est une réalité traversant toute l'histoire du christianisme, qui commence avec le Christ lui-même, dès sa naissance, jusqu'au jour de sa crucifixion. Les Apôtres ont été l'objet de grandes violences. Le Fils de Dieu avait annoncé à ses disciples qu'ils ne seraient jamais en paix sur cette terre. L'unique manière de remporter ce grand combat est l'union à Dieu. Les chrétiens ne parviendront pas à surmonter les défis lancés par le monde en faisant appel à des outils politiques, aux droits de l'homme ou au respect de la liberté religieuse. Le seul roc véritable du baptisé, c'est la prière et la rencontre avec Jésus Christ. Les hommes forts dans la prière sont insubmersibles. Jésus a initié son ministère public par quarante jours de prière dans le désert et il a achevé sa vie par un cri qui est une prière ultime : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'il font. »

La violence contre les chrétiens n'est pas simplement physique ; elle est aussi politique, idéologique et culturelle : « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l'âme et le corps » (Mt 10,28). Tant de chrétiens, au Nigéria, au Pakistan, au Moyen-Orient et ailleurs, subissent quotidiennement, avec courage et pour être fidèles au Christ, ce martyre physique, sans jamais abdiquer la liberté de l’âme.

La persécution est plus raffinée, quand elle ne détruit pas physiquement, mais démolit l'enseignement de Jésus et de l'Église, et donc les fondements de la foi, en égarant les cœurs. Par la violence, certains veulent amollir et dépersonnaliser les chrétiens, pour les dissoudre dans une société liquide, sans religion et sans Dieu. Il n'y a pas de plus grand mépris que l'indifférence. Cette guerre sournoise relève d'une haine diabolique contre Jésus Christ, et contre ses vrais témoins. J'entends encore l'écho puissant de la voix de Jean-Paul II à Lyon, nous prévenant du danger d'un environnement qui peut nous emprisonner dans l'amnésie, nous détourner de la foi et nous laisser sans défense face aux vapeurs rampantes de l'idolâtrie : « Certes, aujourd'hui, vous n'êtes pas livrés aux bêtes, on ne cherche pas à vous mettre à mort à cause du Christ. Mais ne faut-il pas reconnaître qu'une autre forme d'épreuve atteint subrepticement les chrétiens ? Des courants de pensée, des styles de vie et parfois même des lois opposées au vrai sens de l'homme et de Dieu minent la foi chrétienne dans la vie des personnes, des familles et de la société. Les chrétiens ne sont pas maltraités, ils jouissent même de toutes les libertés, mais le risque n'est-il pas réel de voir leur foi comme emprisonnée par un environnement qui tend à la reléguer dans le domaine de la seule vie privée de l'individu ? Une indifférence massive chez beaucoup à l'égard de l'Évangile et du comportement moral qu'il exige n'est-elle pas une manière de sacrifier aujourd'hui petit à petit à ces idoles que sont l'égoïsme, le luxe, la jouissance et le plaisir recherchés à tout prix et sans limites ? Cette forme de pression ou de séduction pourrait tuer l’âme sans attaquer le corps. L’esprit du mal qui s’opposait à nos martyrs est toujours à l’œuvre. Avec d’autres moyens, il continue de chercher à détourner de la foi. »

En Occident, cette violence est de plus en plus sournoise, d’autant plus qu’elle se garde de dévoiler son vrai visage. Dans l’Évangile de Jean, les paroles du Christ sont nettes : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis dans le monde, c’est pour cela que le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, il vous persécuteront aussi ; s’ils ont observé ma parole, ils observeront aussi la vôtre. Mais ils vous feront tout cela à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent point Celui qui m’a envoyé. Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant, ils n’ont point d’excuse pour leur péché. Celui qui me hait, hait  aussi mon Père. Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils les ont vues, et ils ont haï et moi et mon Père. Mais c’est afin que la parole qui est écrite dans leur Loi soit accomplie : ils m’ont haï sans cause » (Jn 15,18–25).

Désormais, les raffinements du mal sont sans cesse plus insidieux. L’homme qui s’endort un instant doit prendre garde de ne pas tomber dans un piège si agréable qu’il n’en est que plus redoutable.

Au terme de cette réflexion, comment comprendre l’évolution de la sécularisation moderne ?

Parfois, j’ai le sentiment que la partie occidentale du monde entend définitivement tout enfermer dans le siècle, dans un rejet agressif des relations transcendantales. La séparation devient si radicale entre la Terre et le Ciel que le religieux devient un objet étrange, une île perdue ou vivraient des individus d’une autre époque. Cette attitude oligarchique des promoteurs de l’athéisme non seulement relève de données simplistes mais est dangereuse.

La dimension de l’homme demeure double, céleste et terrestre. Il est constitué pour cette vie, et pour l’au-delà. Ici-bas, il est important d’harmoniser les deux, en apportant des réponses aux besoins corporels et spirituels, sans négliger ni les uns ni les autres. Une société qui oublie Dieu a faim sans le savoir des nourritures spirituelles dont l’homme ne peut se passer. C’est pourquoi le processus de sécularisation qui ramène le religieux à la portion congrue entraîne une division de l’homme, en le privant de l’un de ses poumons. L’homme et sur la Terre comme au Ciel ; mais les seules racines de l’homme sont au Ciel ! Sans ses ramifications, l’humain perd sa force…

 

Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien, p. 281-284.

© Fayard

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article