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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Violence, angoisse et finalité

Violence, angoisse et finalité

Un monde qui devient de plus en plus violent engendre de plus en plus l’angoisse. Nous devons prendre garde, dans un monde violent comme le nôtre, de ne pas ajouter à la violence mais, au contraire, d’engendrer la douceur pour qu’il puisse reprendre un élan nouveau. Quelqu’un qui a été échaudé a peur de l’être encore. Il a un mouvement instinctif de repli sur soi. L’angoisse n’apparaît en philosophie que depuis peu et il est capital de l’étudier chez les philosophes modernes qui la décrivent, pour montrer qu’elle nous inhibe, qu’elle fait de nous des prisonniers, des orphelins, des hommes repliés sur eux-mêmes qui n’arrivent plus à communiquer ni à partager. Si l’on parle tellement aujourd’hui de partage, même du point de vue liturgique, c’est pour lutter contre l’angoisse ! En effet, pour partager il faut être au moins deux. Pour s’angoisser, on est seul. Mais ce n’est pas le partage qui nous guérira de l’angoisse, car ce sont deux contraires. Le partage est encore de l’ordre de l’efficacité. Seule la découverte de la fin peut nous permettre de dépasser l’angoisse et de nous en servir. Ce qui nous fait toucher la fin, c’est l’amour profond d’une personne proche et que nous sommes capable d’aimer parce que nous avons confiance en elle. La finalité nous permet de nous accrocher à quelque chose qui tient et qui nous permet d’avancer. Elle nous fait sortir de nous-même et nous fait nous donner. Seule la finalité permet de dépasser l’angoisse qui provient toujours d’une affectivité négative dominante et d’une imagination qui l’emporte et totalise. En réalité, puisque l’angoisse est un mal, elle n’est jamais totale, car le mal n’est jamais intégral par rapport à la personne humaine. Il n’atteint jamais ce qui est substantiel en nous, il reste toujours accidentel. Et puisque le mal n’est pas substantiel, nous pouvons toujours, même si nous sommes très blessé, redécouvrir ce qui est bon en nous. Certes, cela peut être très long mais c’est réel. Du point de vue philosophique, nous pouvons dire que la finalité est capable de nous redonner une ouverture, un véritable amour, de permettre un véritable don de nous-même. C’est cela seul qui permet de dépasser l’angoisse.

Le mal de l’angoisse relève donc de quelque chose qui vient de l’extérieur et qui nous a blessé, d’un choc violent qui nous a marqué. Mais il est très difficile de dire si tel choc que nous retrouvons est bien ce qui commande notre angoisse actuelle. En effet, la connaissance matérielle d’un fait ne donne ni la finalité ni la détermination. Nous avons la « mémoire » matérielle d’un choc, d’une blessure, nous en portons la trace. Avec le temps, le vivant dépasse ce choc, cette blessure, plus ou moins rapidement : cela dépend de sa vigueur ou de sa faiblesse. Ce temps plus ou moins long montre bien que le choc reste indéterminé et que nous ne pouvons jamais savoir si c’est vraiment telle blessure qui suscite l’angoisse. De fait, dans la cause matérielle nous pouvons remonter à l’infini, parce qu’elle est en puissance. La cause finale, en revanche, est déterminée. Dire que tel choc provoque telle angoisse ou telle difficulté n’apporte qu’un soulagement momentané, car on reste dans l’indétermination de la cause matérielle. Nous devons comprendre que, tant que nous ne découvrons pas une finalité qui est nôtre, nous ne pouvons pas guérir. La voie de la guérison est la finalité, parce qu’elle permet de reprendre vie du point de vue de l’intelligence et de la volonté.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Retour à la source, I, Pour une philosophie sapientiale, p. 441-442

© Arthème Fayard

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