Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Voici ta Mère. Une Annonciation nouvelle

Voici ta Mère. Une Annonciation nouvelle

Cette année, en ce grand Jubilé de la Miséricorde, le Vendredi Saint tombe le 25 Mars, fête de l’Annonciation. Quel signe merveilleux pour nous! Le Christ mort et ressuscité, le Cœur du Christ, blessé et glorieux, est l’Alpha et l’Oméga (Ap 1,8) ; demain soir, en consacrant le cierge pascal, signe du Christ ressuscité, nous le marquerons de l’Alpha et de l’Oméga. Le mystère de son Cœur blessé et glorieux est la clé de toute l’histoire humaine : histoire d’Amour et de salut dans la miséricorde. De l’entrée du Christ dans ce monde jusqu’à son départ de ce monde, tout est un dans la sagesse et la miséricorde du Père.

 

Il est l’Oméga : « Tout est accompli ». Ce sont les dernières paroles de Jésus. Tout est accompli, tout trouve sa plénitude dans le don qu’il fait de tout lui-même au Père dans l’Amour. Et dans ce don, il nous ouvre la vie éternelle. Ce grand-prêtre, comme le dit l’épître aux Hébreux, nous prend avec Lui et nous offre au Père ; devenu l’un de nous par le mystère de l’Incarnation, il nous dépose dans la miséricorde du Père, comme le grand trophée de l’offrande qu’il fait de tout lui-même par le sacrifice de la Croix.

Il est l’Alpha. Comme nous le révèle l’épître aux Hébreux,  « en entrant dans le monde, le Christ dit : “Sacrifice et offrande, tu n’en as pas voulu. Tu m’as fait un corps, ô Dieu, pour accomplir ta volonté” » (cf. Hb 10,5). Telle est l’intention du Fils bien-aimé dans le mystère de l’Incarnation : accomplir la volonté du Père, volonté d’Amour, et devenir ainsi la cause, la source instrumentale de notre salut dans la miséricorde : « C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes » (Hb 10,10).

Cette intention s’accomplit, se réalise en plénitude dans le don qu’il fait de tout lui-même à la Croix : cette offrande, cet holocauste, est l’accomplissement et la révélation plénière de cette intention qui anime toute sa vie, une avec le dessein éternel du Père dans sa Bonté et sa miséricorde. C’est cette bonté du Père et le don de sa miséricorde, qui portent et unissent l’œuvre de sagesse de la Création, le don qu’il nous fait de son Fils dans le mystère de l’Incarnation, et l’œuvre de la Rédemption, cette recréation, cette reprise de tout dans la miséricorde, du cœur de l’homme blessé par le péché et appelé à la sainteté.

 

Où entendons-nous, où recevons-nous l’accomplissement de cette intention de Jésus ? Par le cri qui retentit dans le désert de la Croix : « Pour que fût accomplie l’Écriture, Jésus dit : “J’ai soif” » (Jn 19,28). Jésus le livre, en sachant que « désormais tout était achevé », mené à sa fin, à sa plénitude…

C’est ce cri de soif de Jésus qui est la parole d’Amour par excellence, son initiative ultime : révélation de l’Amour, exprimé dans un désir, au-delà de l’œuvre du salut des hommes accomplie dans l’obéissance. La parole humaine ne peut dire entièrement l’Amour : l’Amour se donne à travers la parole comme un désir, une attente, un appel. Parole divine et humaine qui retentit dans notre âme et la mobilise sous le souffle du Paraclet, pour qu’elle réponde Amour pour Amour, désir pour désir, don pour don. Jésus crucifié nous envoie le Paraclet pour qu’il porte notre âme vers Lui et vers le Père. Cri de soif : désir ardent qui résume et porte toutes les paroles d’Amour de la Révélation…

Tout étant achevé, l’humanité sainte du Christ, portée par le Verbe de Dieu, s’accomplissant dans le silence substantiel de la mort, cette révélation de l’Amour demande de se manifester et de se donner dans un geste d’Amour, dont Marie et Jean, unis par Jésus dans un amour plénier, sont les témoins. Le Verbe devenu chair, livré, l’Agneau comme égorgé, est l’instrument divin de l’envoi du Paraclet ; la blessure du Cœur de Jésus nous ouvre toute vie, tout Amour, toute miséricorde. Le sanctuaire est grand ouvert, nous avons accès auprès du Père dans la miséricorde.

 

Pour que nous puissions vivre dans le Cœur blessé de Jésus, pour que nous puissions comprendre, en le vivant, que la miséricorde du Père est l’Alpha et l’Oméga de toutes choses, pour que nous puissions vivre de la plénitude de l’Amour, du Ciel sur la terre dans la charité fraternelle, Jésus a réalisé une nouvelle Alliance. A la Croix, il y a cette Annonciation nouvelle : Jésus réalise une Alliance nouvelle, intime, comme le dit saint Ambroise. Si l’Eucharistie est le testament public de Jésus, le don de sa Mère est son testament intime. En nous la donnant, il nous donne celle qu’il aime d’une façon unique, celle qui a tout reçu de Lui, l’Enfant de sa miséricorde et la Mère que le Père lui a donnée. Il nous donne celle qui a reçu et vécu en plénitude tous les secrets de son Cœur.

Marie est venue à la Croix comme Mère : « Debout près de la croix se tenait sa Mère », nous dit saint Jean (19,25). Elle est la Mère : tout ce que vit son Fils, elle le vit dans la foi, ayant reçu du Père à l’Annonciation, par la foi, le don qu’il lui a fait de son Fils. Et elle est la Vierge qui suit l’Agneau partout où il va… Venue comme Mère, Jésus la regarde comme « la Femme » : celle qui est une avec Lui dans l’Amour, la nouvelle Eve, celle qui coopère dans l’unité à son œuvre d’Amour. Elle est celle qui dispose et a hâté l’heure de l’Amour, dès les Noces de Cana ; elle est celle en qui s’achève le mystère de l’Amour. A celle qu’il s’unit dans l’Amour, Jésus fait cette Annonciation nouvelle… Il y avait eu l’Annonciation de l’ange Gabriel, envoyé du Père, dans le mystère de l’Incarnation. Il y a l’Annonciation de la Croix, celle du Fils bien-aimé, l’Envoyé du Père par excellence, qui dit à Marie : « Femme, voici ton Fils » ; et à Jean, à nous : « Voici ta Mère ». Parole de lumière : « Telle est l’Annonce que nous avons entendue de Lui : Dieu est lumière » (1 Jn 1,5). Parole d’Amour : « Telle est l’Annonce que nous avons entendue dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn 3,11). C’est dans l’unité personnelle d’Amour voulue par Jésus entre Marie et son disciple bien-aimé, que nous comprenons que Dieu est lumière ; c’est là que l’Amour trouve son sommet et sa plénitude. Telle est l’Annonciation de la Croix.

 

Pour nous, nous avons donc une seule chose à vivre en ce Vendredi saint : recevoir dans la foi, de toute la ferveur de l’Amour, celle que Jésus nous donne, Marie. Recevoir cette Annonciation du Christ Lui-même. La Femme, la Nouvelle Eve, Une avec Lui, il nous la donne pour Mère. Notre amour pour Marie n’est pas une dévotion ; il ne consiste pas à mettre des fleurs et des cierges devant l’image de Marie parce que nous l’aimons bien… C’est d’un mystère de foi qu’il s’agit, qui naît de la parole de Jésus et s’en nourrit. C’est le Verbe de Dieu lui-même, en personne, qui nous annonce : « Voici ta Mère ». Jetons-nous dans le cœur de Marie. Et nous pouvons être sûrs qu’elle nous reçoit : elle a reçu avant nous, dans une plénitude de foi, cette parole de Jésus pour elle : « Femme ! Voici ton fils ». Marie nous a reçus à la Croix, de Jésus lui-même. Nous sommes sûrs qu’elle a tout reçu, parce qu’elle a tout donné à Jésus, comme la Femme. La Femme est celle qui reçoit tout ; et elle est celle qui donne tout dans l’Amour. Alors nous pouvons la recevoir, la prendre chez nous, dans tout ce que nous avons de plus intime, de plus « nous-même », pour vivre de ce mystère de la miséricorde. C’est la seule façon ! pour que nous puissions contempler le Cœur blessé de Jésus, comme la source de toute miséricorde, qui attire tout à Lui. C’est ce Cœur blessé qui est l’Alpha et l’Oméga. C’est là que toute la Révélation, c’est là que tout le mystère chrétien prend son sens plénier. Pour le vivre, recevons cette Annonciation de Jésus lui-même : « Voici ta Mère ».

 

Marie-Dominique Goutierre

Homélie pour le Vendredi Saint 2016

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article