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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Les quatre vivants, III

L'Agneau, Basilique de Torcello (Venise)

L'Agneau, Basilique de Torcello (Venise)

C’est par le mystère de la Croix que la mission du Christ s’est accomplie : elle est la vie plénière de ces quatre Vivants, leur fin. C’est ce que l’Apocalypse exprime par le mystère de l’Agneau, sagesse tenue cachée et mystérieuse : « “Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en rompre les sceaux ?” Et personne au ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder[1] ». Voilà bien la fine pointe de la sagesse chrétienne et donc de la sagesse théologique, portée par la question douloureuse du salut des hommes et de la connaissance du dessein de Dieu.

Le Christ est la source de la théologie parce qu’il est l’Unique – il n’en est pas d’autre – qui, comme Agneau, non seulement connaît mais accomplit les desseins du Père :

Et je vis, au milieu du trône et des quatre Vivants, et au milieu des Vieillards, un Agneau debout, comme égorgé. Il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés dans toute la terre. Et il vint et il reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône[2].

Nous découvrons là que les quatre Vivants sont inséparables de l’Agneau. Ils sont ordonnés à l’Agneau et à son activité propre. Il est donc celui qui les finalise : les quatre Vivants sont donc aussi « un » quant à leur finalité profonde, l’Agneau. Cela signifie donc que chacun des quatre Vivants est en vue de l’Agneau et que l’Agneau, dans sa réalisation parfaite achève et donne sa signification plénière à l’œuvre des quatre Vivants : « Et les quatre Vivants disaient : “Amen !” ; et les Vieillards tombèrent et se prosternèrent[3] ».

La théologie chrétienne est sagesse à partir de l’accomplissement du mystère du Christ : l’Agneau. Un avec le Père, il agit comme le Père et dans le Père, sous la motion parfaite de l’Esprit Saint. C’est par lui et en lui que le Père est pleinement révélé. Il nous semble important de le souligner : n’est-ce pas précisément le mystère de l’Agneau, donc la sagesse de la Croix, le Christ crucifié, qui suscite proprement la sagesse théologique ? Devant ce mystère, folie et scandale, l’intelligence humaine est dépassée. Et sans lui, chacun des quatre Vivants reste « tronqué », incomplet. Les paroles du Christ et toute la richesse de son mystère ne s’éclairent pleinement qu’en fonction du mystère de la Croix : ce pour quoi il est venu ! Il n’est pleinement le Fils de David, le lion, le vainqueur, que dans la Royauté de la Croix ; il n’est pleinement le Prêtre qu’en étant la victime parfaite : « Tout Fils qu’il était, par ce qu’il souffrit il apprit l’obéissance ; et rendu parfait, il devint pour tous ceux qui lui obéirent cause de salut éternel, proclamé par Dieu grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech[4] » ; il n’a pleinement le visage d’homme qu’en étant le Serviteur souffrant labouré par la douleur : « A son sujet beaucoup ont été stupéfaits, tant son aspect défiguré n’avait plus rien de l’homme, tant sa forme n’avait plus rien des fils d’homme[5] », identifié aux hommes pécheurs et les relevant dans la miséricorde ; il est l’aigle en plein vol en tant qu’il est Celui qui glorifie le Père et qui est pleinement glorifié par le Père.

 

C’est à partir du mystère du Christ, que la distinction des quatre Vivants et leur unité dans le mystère de l’Agneau pourrait nous éclairer théologiquement sur la diversité et l’unité des quatre Évangiles, chacun nous donnant une perspective propre, une « facette » du mystère du Christ. Il y aurait à approfondir ce regard pour enraciner la réflexion théologique dans les Évangiles selon ces quatre orientations : Matthieu, le Lion, l’enracinement du Christ dans le peuple d’Israël, accomplissement de toutes les promesses faites par Dieu à son peuple ; Marc, le jeune taureau, la spontanéité du Christ offert en sacrifice comme Victime parfaite ; Luc, le visage d’homme, l’humanité du Christ Fils de Marie, le témoin de la miséricorde ; Jean, l’aigle en plein vol, le théologien contemplatif qui découvre le Λόγος dans le mystère de l’Agneau et nous dévoile son lien avec le Père. Ces quatre regards ne peuvent être « synthétisés » : ils sont divers, voulus par la sagesse de Dieu. Et ils ne peuvent être ni « complétés », ni simplifiés : il y a là un donné et un ordre voulu par Dieu dans l’économie de la Révélation de son mystère.

Ce qui fait leur unité est la finalité même du mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire l’offrande que le Christ a faite de lui-même dans le sacrifice d’amour de la Croix, pour glorifier le Père et sauver les hommes. La Passion du Christ est ainsi la vérité et l’accomplissement de la Pâque ancienne et des sacrifices de l’Ancienne Loi ; elle est le sacrifice d’adoration du Christ ; elle est la source de toute miséricorde et de toute vie ; elle est l’offrande d’amour du Fils qui va vers le Père et est un avec lui dans la spiration de l’Esprit Saint.

 

M.-D. Goutierre, Le Christ, source de la théologie, p. 608-609

© Editions universitaires européennes

 

 

[1]. Ap 5,2-3.

[2]. Ap 5,6-7.

[3]. Ap 5,14.

[4]. He 5,8-10.

[5]. Is 52,14.

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