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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Christian Bobin: quelques réflexions sur l'Amour...

Christian Bobin: quelques réflexions sur l'Amour...

Amour et critique

« Je n'ai jamais pu supporter la moindre critique te concernant. Que l'on prononce sur toi la moindre parole blessante, la plus légère réserve, je l'entends, je n'oublie pas, je garde. Je ne m'en sers pas mais c'est là, comme un abîme entre moi et ceux qui, un jour, ne serait-ce qu'une fois, auront émis un doute sur toi. C'est ma façon d'aimer. C'est la seule que je connaisse. Ce n'est pas que tu sois parfaite. Ce n'est pas non plus que tu sois une sainte. Même les saintes, surtout elles, quand on entend ce qu'elles disent, et elles le disent clairement, même les saintes se jugent, et à juste titre, les dernières des dernières, et cela en raison d'une loi spirituelle élémentaire : plus on s'approche de la lumière, plus on se connaît plein d'ombres. Il n'y a pas de saintes, même les saintes le disent. Il y a du noir et il y a parfois une fée qui invente une source dans le noir. Moitié source, moitié fée : de toi, il ne m'est jamais venu que du bien ».

La plus que vive, p. 39

 

Amour et désir

« La vie n'est pas une chose raisonnable. On ne peut, sauf à se mentir, la disposer devant soi sur plusieurs années comme une chose calme, un dessin d'architecte. La vie n'est rien de prévisible ni d'arrangeant. Elle fond sur nous comme le fera plus tard la mort, elle est affaire de désir et le désir nous voue au déchirant et au contradictoire. Ton génie est de t'accommoder une fois pour toutes de tes contradictions, de ne rien gaspiller de tes forces à réduire ce qui ne peut l'être, ton génie est d'avancer dans la déchirure, avec la déchirure, par la déchirure, ton génie c'est de traiter avec l'amour sans intermédiaire, d'égal à égal, et tant pis pour le reste. D'ailleurs : quel reste ?

Avec le temps, bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables. Ils disent : “C'est la vie, c'est comme ça, il y a des choses impossibles, il vaut mieux ne plus en parler, ne même plus y penser puisque c'est comme ça, impossible”. Toi, tu n'as jamais rien cédé. Tu as toujours tenu ton impatience serrée contre ta douceur. Désespérer de l'amour c'était pour toi une manière d'aimer encore. Tes yeux le disaient, ta voix le disait, ta vie entière le disait ; tu n'étais qu'amour, à tel point que je me demande ce que la mort a pu saisir en toi, parce que “ça”, elle ne peut faire main basse dessus ».

La plus que vive, p. 69

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