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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le Cœur blessé du Christ (II)

Le Cœur blessé du Christ (II)

La vulnérabilité de l'amour

 

La blessure du cœur du Christ, dans la gloire, est toujours actuelle, Jésus, éternellement, a le cœur blessé. Qu’est-ce à dire ? La souffrance ne peut pas demeurer dans la gloire. L’Apocalypse nous le dit : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Et il essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; ni deuil, ni cri, ni douleur ne seront plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,3-4). Du reste, le Christ n’est-il pas totalement victorieux du mal ? Si nos péchés, nos manques d’amour, blessent encore son cœur, où est sa victoire ?

A cela, la théologie mystique – qui présuppose la théologie scientifique, mais explicite la parole de Dieu en tant qu’elle conduit à l’Amour (car Dieu n’est pas seulement Vérité, Lumière, il est aussi Amour) – répond : la blessure du cœur demeure dans la gloire. Là encore, l’Apocalypse nous le dit, en nous donnant la grande révélation de l’Agneau immolé. « Au milieu » du Trône de Dieu, « un Agneau se tient debout, comme égorgé » (Ap 5,6 ; cf. 5,9 ; 13,8). La blessure qui demeure dans la gloire signifie que Jésus, actuellement, aime avec l’intensité d’amour qu’il a connue à la Croix. Cette intensité d’amour est toujours actuelle. Parce qu’elle n’est pas dans la foi elle n’a pas, comme ce serait le cas pour nous, des moments inconscients ; elle est toujours actuelle, et c’est pour cela qu’elle nous attire. Et Jésus nous aime actuellement avec l’intensité d’amour avec laquelle il aimait Marie à la Croix, puisqu’il donne Marie à Jean. Nous avons de la peine à comprendre cela, à le découvrir… C’est le don d’intelligence qui nous aide à le comprendre, et le don de sagesse nous en fait vivre. Car la blessure du cœur de Jésus, toujours actuelle dans la gloire, exprime à la fois l’amour du Fils bien-aimé pour son Père et son amour pour Marie, et donc pour nous. C’est la même flamme d’amour, la véritable « vive flamme d’amour » dont parle saint Jean de la Croix (1).

Cette blessure exprime la vulnérabilité du cœur de Jésus. Rien n’est plus vulnérable qu’une blessure, et c’est pour pallier cette vulnérabilité qu’on met un pansement. La blessure du Christ, la blessure qui prend tout son cœur, exprime la vulnérabilité de son cœur, et cette vulnérabilité du cœur de Jésus exprime la vulnérabilité du cœur du Père : Dieu est Amour, donc il est infiniment vulnérable, d’une vulnérabilité dont nous ne pouvons pas saisir l’intensité et la profondeur. Cependant nous pouvons en avoir une certaine expérience dans l’amour, dans l’amour divin, parce que la charité nous unit à Dieu-Amour. Nous pouvons donc, dans l’amour divin, découvrir un peu ce qu’est cette vulnérabilité divine, éternelle. Dès que nous aimons vraiment dans la charité, nous ne pouvons plus supporter une opposition volontaire à l’amour. Là nous saisissons un peu ce qu’est la vulnérabilité du cœur de Jésus. Jésus ne peut pas supporter la faute actuelle volontaire ; mais, dans sa vulnérabilité d’amour, il enveloppe celui qui, par manque d’intelligence ou par manque d’attention, fait des bêtises.

 

La vulnérabilité du cœur de Jésus reste quelque chose de difficile à préciser, car c’est un domaine très intérieur. Mais on doit affirmer que cette vulnérabilité est plus grande que toute autre vulnérabilité. Il vaut mieux employer ce terme-là que de dire que Jésus, dans sa gloire, continue de souffrir, ou de dire que le Père souffre. On entend souvent dire cela maintenant, mais théologiquement ce n’est pas juste, cela reste purement métaphorique. Il vaut mieux employer le terme « vulnérable », qui qualifie directement l’amour. L’amour est accueil et il est don. Il nous arrache à nous-mêmes, il est « ex-statique » (cf. Somme théol., I-II, q. 28, a. 3), mais il est aussi réceptivité à l’autre, à l’aimé. Et dès qu’on est accueillant on est vulnérable, on est blessé par celui qu’on accueille (ibid., a. 5), qui n’a peut-être pas la même délicatesse que celui qui l’accueille – Vulnerasti cor meum, soror mea, sponsa, « Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse » (Cant 4,9), dit l’Epoux du Cantique. La vulnérabilité du cœur du Christ reste pour nous un mystère insondable.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, J'ai soif

© Editions Saint-Paul

 

 

(1) Saint Jean de la Croix a compris, avec une extraordinaire profondeur et simplicité, que le regard du Père sur son Fils bien-aimé, sur Jésus, se prolongeait sur Marie et sur Jean, que c’était le même amour ; et il a essayé, durant toute sa vie, de répondre à cet amour. Il n’a eu qu’un seul désir : vivre cette alliance de l’Epoux et de l’épouse qui nous introduit dans l’unité du Fils avec le Père. C’est ce mystère-là qu’il exprime dans Vive flamme d’amour et déjà dans tout le Cantique spirituel.

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