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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Tu es prêtre à jamais

Torcello, l'Agneau de Dieu

Torcello, l'Agneau de Dieu

C'est au cours de la dernière Cène que le Christ, en se donnant lui-même dans l'Eucharistie, a institué le sacerdoce ministériel...

 

Le réalisme du sacerdoce ministériel nous vient du réalisme divin de l’Eucharistie. Posons-nous donc cette question : pourquoi, dans l’Eucharistie, Jésus est-il présent avec ce réalisme que le verbe être exprime : « Ceci est mon corps », et non pas exprime, symbolise, représente – ce qui ferait du sacerdoce une simple fonction liturgique, une présidence de la prière, un entraîneur d’hommes. Or, ce n’est pas cela qui fait le prêtre. On peut n’avoir aucun don pour entraîner les gens, on peut ne pas être du tout un chef quant à son tempérament, et être un saint prêtre, parce qu’on est peut-être premier dans l’amour, ce qui ne se voit pas forcément. Les gens voient les gros défauts de leurs prêtres et les critiquent souvent avec dureté… Mais ils ne savent peut-être pas ce qu’ils vivent quotidiennement, dans le labeur humble et pauvre de l’offrande d’eux-mêmes dans l’amour.

 

Le premier aspect du réalisme de l’Eucharistie, c’est que le sacrifice du Christ à la Croix est le sacrifice réel par excellence. Les sacrifices de l’Ancien Testament en étaient une annonce symbolique. L’unique sacrifice rédempteur est le sacrifice du Christ. Et c’est pourquoi l’Eucharistie est pour nous la présence réelle, sous une forme sacramentelle, du Christ s’offrant dans l’amour au Père. La première dimension du sacerdoce ministériel, de la vocation du prêtre, est donc le réalisme de l’offrande de sa vie. C’est pourquoi il faut bien se garder de juger un prêtre de l’extérieur. Quand on connaît tel homme dont on sait qu’il a été prêtre, qu’il a quitté le sacerdoce et mène une vie « comme un laïc », il demeure cependant prêtre. Il ne célèbre plus l’Eucharistie, peut-être y a-t-il dans sa vie des drames qui ont fait qu’il n’a pas persévéré, peut-être a-t-il été très seul et a-t-il connu des souffrances dont nous n’avons pas idée… Nous ne pouvons pas le juger. Mais peut-être y a-t-il chez lui, même dans cette épreuve, une offrande de sa vie que Dieu seul connaît et dont lui seul sait la fécondité.

Si le sacrifice du Christ est un sacrifice réel, l’Eucharistie n’est pas une belle promenade liturgique. Elle nous donne le cœur du Christ livrant sa vie dans l’amour. C’est le premier appel du Christ sur le cœur du prêtre. Et c’est à cela, à cet amour substantiel dans l’Eucharistie, que tous les sacrements sont ordonnés. Pourquoi le baptême ? Pourquoi le sacrement du mariage ? Pourquoi l’onction des malades ? Pourquoi le sacrement de pénitence ? Pour vivre le mystère de l’Eucharistie qui est la fin, la perfection, la plénitude de tous les sacrements. Et c’est à cela que le sacerdoce ministériel est ordonné. C’est pourquoi aussi le prêtre est l’homme des sacrements : il est le ministre du baptême, il est le ministre du sacrement des malades, dans l’évêque il est le ministre de la confirmation et de l’ordination, parce que c’est pour l’Eucharistie que sont tous les sacrements. Nous avons ici la dimension ministérielle du sacerdoce : le prêtre donne sa vie au service de ses frères. En célébrant l’Eucharistie, il est invité à être celui qui, à leur tête comme leur Bon pasteur, donne sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10,11). Ce qui sanctifie le prêtre, c’est donc d’abord l’accomplissement de son ministère. Un prêtre se sanctifie quand il exerce son ministère, parce qu’il le vit au service de ses frères de telle sorte qu’ils rencontrent le Christ davantage, et principalement dans l’Eucharistie.

 

La deuxième grande dimension est que l’Eucharistie est un sacrement d’amour. Elle est en ce sens, d’une certaine façon, un accomplissement de l’Incarnation. Pourtant l’Eucharistie reste un sacrement, alors que dans l’Incarnation le Fils de Dieu lui-même s’est fait homme. L’Eucharistie est donc relative au Christ. Certes ! Pourtant, il y a quelque chose du mystère du Christ, de Dieu qui s’est incarné au milieu de nous, qui ne s’accomplit que dans le mystère eucharistique. L’Eucharistie accomplit quelque chose du réalisme de l’amour, cet amour qui commande le mystère de l’Incarnation. L’Eucharistie nous est donnée comme le sacrement de l’amour réaliste du Christ pour nous. Pas seulement le sacrifice : l’amour personnel, l’amitié du Christ pour nous, car la charité est une amitié divine. Le prêtre n’est donc pas seulement l’homme qui offre sa vie, il est aussi l’ami du Christ. On ne peut pas célébrer le sacrement de l’amour et de l’amitié du Christ pour nous, qui se rend présent pour nous en attendant de nous donner la béatitude, sans être l’ami du Christ. C’est pourquoi, le prêtre doit être un homme de prière : il ne devient, et de plus en plus, l’ami du Christ qu’en le fréquentant longuement dans la prière.

Nous devons donc regarder nos prêtres, au-delà de leurs défauts humains et quelquefois, malgré leurs qualités humaines (qui masquent parfois le grand secret de leur vie), comme ceux qui sont pour nous les amis du Christ, et qui nous rappellent que notre vie chrétienne est une amitié avec le Christ. C’est donc aussi avec cette exigence fraternelle que nous devons les aimer, en leur rappelant par notre charité et la profondeur de notre affection, ce que nous attendons qu’ils soient pour nous, parce qu’ils sont choisis par le Christ comme ses amis.

 

Enfin, l’Eucharistie est le sacrement de la foi, qui nous fait passer du visible à l’invisible (cf. He 11,7.27). Le prêtre est celui dont Jésus se sert pour se rendre présent d’une façon réelle mais invisible. Il est donc par excellence l’homme de la foi. Il n’est pas un gestionnaire, ni un PDG qui gère des quêtes abondantes, ni un constructeur… Tout cela, c’est très bien, s’il le faut. Il faut bien administrer les choses ! Mais il est d’abord l’homme de la foi, c’est-à-dire celui qui nous apprend, parce qu’il est l’homme de l’Eucharistie, à discerner dans la foi, sous les apparences visibles, le mystère invisible du Christ présent pour nous. C’est le prêtre qui nous donne la communion, c’est-à-dire qui, en nous présentant les espèces eucharistiques, qui sont visibles, nous invite à un acte de foi dans la présence réelle du Christ qui se donne à nous. Il est le père qui donne le pain. C’est le Père qui donne le pain, le véritable (cf. Jn 6,32). Le prêtre est pour nous un père, le représentant du Père qui nous conduit dans la foi. Et c’est pourquoi il doit prêcher la parole de Dieu, être un homme de doctrine, pour rappeler à ses frères la vérité de la foi.

Il est donc celui qui, dans les choses visibles, nous apprend à regarder l’invisible. C’est pour cela qu’il doit tendre à être un sage, un homme qui éduque notre intelligence à ne pas regarder les choses extérieurement, de façon périphérique, mais avec le regard de Dieu. C’est en ce sens qu’il convient qu’un prêtre soit père spirituel, c’est-à-dire celui qui nous aide à vivre dans la foi, qui est là comme un ami de Dieu, qui marche sur le chemin avec nous et nous aide à rencontrer et à aimer Jésus et le Père.

 

Marie-Dominique Goutierre, Voici l’Agneau de Dieu, p. 148-151.

© Editions Lethielleux, 2012

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