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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Miséricorde glorieuse

L'Agneau mystique, Gand (détail)

L'Agneau mystique, Gand (détail)

La vie liturgique glorieuse [du Christ ressuscité] s’achève dans une vie toute de miséricorde. Comme le Christ demeure éternellement le grand prêtre et l’Agneau offert au Père en victime d’amour, il demeure aussi éternellement le Bon Pasteur qui se donne lui-même à ses brebis, qui est lui-même leur Pain de vie. « Jamais plus ils ne souffriront de la faim et de la soif ... car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira lui-même aux sources des eaux de vie[1] ». Le Christ glorieux se révèle avec éclat aux élus comme leur unique source de vie, et leur bien propre ; il se donne lui-même à chacun en particulier, et à tous, faisant de son cœur, de la blessure de son cœur, le lieu de leur béatitude. La miséricorde fraternelle ne peut être plus totale. Son propre cœur blessé et glorieux est le lieu vivant d’amour et de lumière dans lequel demeurent tous les élus, pour l’éternité.

La blessure du cœur de l’Agneau est toujours brûlante pour le Père, toute consumée pour lui comme victime d’amour, mais toujours aussi, elle brûle d’amour pour nous, prête à nous accueillir, à nous délivrer de nos esclavages humains et à nous faire vivre de son amour pour le Père. Cette miséricorde peut alors être parfaitement efficace et réaliser son désir intime : supprimer toute souffrance. « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé[2] ». C’est une miséricorde victorieuse de tout mal, qui non seulement s’exerce sur l’esprit de chaque élu, mais qui, après la résurrection des corps, rayonnera aussi sur le corps glorifié de chaque bienheureux, sur tout son être, sur toute sa sensibilité. En commentant les versets 7 et 8 du psaume 36 : « Vous sauverez les hommes et les animaux, Seigneur, selon l’abondance de votre infinie miséricorde, ô mon Dieu », saint Augustin déclare : « Votre miséricorde est si grande, si abondante, que vous sauverez jusqu’aux corps des hommes mortels… Telle est l’immensité de votre infinie miséricorde[3] ». Ce que saint Augustin dit d’une façon générale de la miséricorde de Dieu, demeure vrai d’une façon tout à fait particulière de la miséricorde du cœur de Jésus dans le ciel, où la distinction de for interne et de for externe n’existe plus, car tout vient de l’intérieur avec une efficacité qui atteint jusqu’aux moindres fibres de la sensibilité ; tout est illuminé de l’intérieur, avec une telle intensité qu’il n’y a plus rien d’opaque ; tout est envahi par la lumière, il n’y a plus de ténèbres. La miséricorde se réalisant divinement, peut alors transformer de l’intérieur toute la nature humaine et la mettre totalement sous la motion immédiate de l’amour.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, p. 274-275.

© Editions Alsatia

 

 


[1] Ap 7, 16-17. Cf 2l, 6 : « Celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de la vie, gratuitement. » Dans le ciel seulement, le Christ peut exercer sa miséricorde jusqu’en ses exigences ultimes, puisque alors les hommes ne « refusent plus de venir à lui pour avoir la vie ». Il peut donner en surabondance à ses élus ce qu’il leur avait promis : « Vous mangerez et boirez à ma table en mon royaume» (Lc 22, 29). C’est la réalisation plénière de ce que l’Eucharistie annonçait : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai avec vous le vin nouveau dans le royaume de mon Père. » (Mt 26, 29)

[2] Ap 21, 4.

[3] Sermones ad populum, secunda classis, S. 233, tome 18, p. 207.

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