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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Mystère d'agonie: l'Agneau de Dieu

Dans le mystère de l’agonie du Christ au Jardin des oliviers (cf. Lc 22,39-46), « Jésus frémit dans toutes les fibres de son être humain devant cette mort imminente dont il sait les circonstances infamantes. Son honneur humain, dans son enracinement naturel, ne peut souffrir ces dérisions, ces injures, cette dégradation ; son cœur humain, dans son amour naturel pour les hommes, ne peut tolérer cette trahison, la trahison d’un ami. Plus profondément encore, son cœur humain, dans son amour spontané pour les hommes, ne peut pas davantage accepter que sa mort soit cause de souffrances terribles pour sa mère, soit cause des souffrances de Jean, du disciple bien-aimé, des saintes femmes, de tous ses disciples. Du point de vue de la nature pure, il y a là quelque chose de révoltant pour cet homme – qui est homme plus que tout autre, qui est nouvel Adam, nouveau chef de l’humanité – d’être celui qui va entraîner par sa mort tous ses disciples dans un mystère de mort crucifiant. La générosité naturelle de sa volonté accepterait encore la mort violente avec toutes ses infamies, si du moins ses frères, ceux qui sont de la race humaine, ceux pour qui il est venu, étaient tous sauvés et délivrés immédiatement de la souffrance. Le messianisme de son peuple, dans ce qu’il a de plus profond, de plus radicalement naturel, il l’a vécu dans l’agonie. Il faut aller encore plus loin : son cœur infiniment pur, immaculé, ne peut souffrir l’horreur du péché, du mal en tant que mal, en tant qu’offense et outrage à l’honneur de son Dieu ; son cœur humain, dans ce qu’il a de plus pur, de plus profond et de plus aimant – son amour naturel à l’égard de Dieu – ne peut accepter cette masse d’iniquités depuis le premier péché jusqu’au dernier qui va s’abattre sur son cœur et va l’en revêtir. En réalité, c’est ce poids terrible des péchés de l’humanité qui provoque cette sueur de sang, cette tristesse infinie, insondable, qui est un poids insupportable faisant gémir son âme jusqu’à trois fois.

Mantegna, Le Christ au Jardin des Oliviers

Mantegna, Le Christ au Jardin des Oliviers

Si Dieu, en sa sagesse, a permis que Jésus, malgré la vision béatifique, expérimente toutes ces exigences naturellement bonnes et intimes de son cœur d’homme, c’est pour qu’en pleine conscience Jésus les immole et les offre au Père ; pour qu’avant l’holocauste sanglant et visible, il y ait cet autre holocauste non sanglant et invisible, mais d’autant plus profond, qu’il s’empare de toute l’âme humaine du Christ dans ce qu’elle a de plus humain, de plus radicalement naturel. Jésus accepte de porter sur lui la masse entière des iniquités du monde. Il accepte de paraître en face de la justice de son Père comme le responsable de toutes ces fautes, comme le bouc émissaire qui se charge de tous ces maux. La prière de Jésus que l’Écriture nous communique nous révèle ces abîmes de lutte, de séparation, d’holocauste qui sont acceptés par amour pour le Père : « Non ma volonté, mais la tienne ». Marie vit ce même mystère dans sa foi, son espérance et son amour. C’est dans les ténèbres de la foi qu’elle accepte cette lutte mystérieuse, cette tristesse, ce déchirement de son Fils. Et sa foi connaît alors une obscurité toute nouvelle, celle qui caractérise les mystères douloureux. Cette obscurité vient du fait de la quasi-contradiction qu’il y a dans l’agonie, dans cette tristesse infinie qui s’abat sur le Fils de Dieu et le réduit à rien. Lui, le Dieu fort, le Dieu pacifique, le Fils bien-aimé du Père, lutte en face de son Père, il lutte dans une faiblesse apparente extrême, et dans une sorte de duel où toute sa vie est engagée et où il ne peut y avoir de compromis possible. Cette lutte qui tend à séparer et à opposer, dans le cœur de Jésus, dans la racine même de sa volonté, les exigences les plus foncières de sa nature humaine et celles de sa vie divine est, pour l’intelligence et le cœur de l’homme, comme un scandale et une folie. N’est-il pas contradictoire que le Fils bien-aimé puisse lutter contre son Père ? Que le Dieu fort apparaisse comme épuisé et terrassé ? Que le Dieu pacifique soit engagé dans un duel terrible ? Pour la foi de Marie, qui adhère pleinement au mystère de son Fils et au but de sa mission rédemptrice, cette agonie est une terrible épreuve. Cette quasi-contradiction ne la fait pourtant pas douter un seul instant. Marie demeure ferme, stable en sa foi ; la certitude de sa foi ne fait qu’augmenter en son cœur, malgré l’opacité des ténèbres de la nuit. »

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Mystère de Marie

© Librairie Arthème Fayard

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