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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La mesure de l'Amour...

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.

Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous » (Lc 6,36-38 ; évangile du lundi 2 mars 2015, seconde semaine du Carême).

 

In medio stat virtus… Nous en restons très facilement à un exercice humain de la vie chrétienne. Alors nous cherchons le juste milieu qui caractérise les vertus morales, et non pas la vie théologale. Et nous confondons le mystère reçu dans la foi avec ce que nous en mesurons par l'exercice des vertus de prudence, de justice, de religion.

Ce que le Christ enseigne ici est d’une tout autre portée : l’Amour divin, la charité, ne peut pas s’exercer « avec mesure », en rester au juste milieu des vertus humaines. « L’amour n’a pas d’autre mesure que l’amour, et la mesure de l’amour est d’aimer sans mesure », rappelle saint Bernard. La vie théologale, parce qu’elle a immédiatement le mystère de Dieu pour objet, dépasse la mesure humaine ; elle ne peut donc être vécue pleinement que sous la motion actuelle de l’Esprit Saint.

Certes, dès que cette vie théologale s’incarne, elle assume la prudence : il nous faut bien manger, dormir, accomplir les activités quotidiennes qui sont les nôtres. De plus, elle est reçue dans une créature qui demeure limitée. Même dans le Christ crucifié, figure parfaite de la Révélation de l’Amour, l’œuvre accomplie reste inadéquate à l’Amour infini du Père et du Fils. C’est pourquoi le Christ crie sa soif, son désir : « J’ai soif » (Jn 19,28).

Source inépuisable...

Source inépuisable...

Cependant, en elle-même, la charité, l’Amour de Dieu et du prochain, ne peut s’exercer pleinement que dans la ferveur, sous la motion actuelle de l’Esprit Saint. Par le fait même, y compris dans son incarnation, elle réclamera un dépassement de la seule mesure humaine pour témoigner, à travers l’héroïsme de l’amour, de l’absolu divin. Cela se réalise en nous grâce au don de sagesse et au don de conseil.

C’est d’abord du côté de Dieu que nous touchons ce dépassement : il nous a aimés sans mesure. Notre réponse, donnée sous la motion de l’Esprit Saint, est elle-même au delà de nos seules capacités, nous répondons avec son propre Amour comme le dit Thérèse de l'Enfant-Jésus dans son acte d'offrande. La béatitude sera le don gratuit « versé » dans le secret même de notre âme, à la mesure de Dieu et non pas de nos mérites.

De même dans le mystère de la charité fraternelle : dans ce qu’elle a de plus profond, elle est un amour d’amitié divine, à la mesure même de l’amour de Dieu qui réalise cette unité. Elle est un don gratuit, qui ne peut se réduire aux limites de temps et de lieu de l’exercice temporel. Ce don gratuit se vit en acte sous la motion du don de sagesse : recevoir notre frère, selon l’ordre de sagesse voulu par Dieu lui-même, et l’aimer « à la mesure » même de l’amour actuel du Christ pour lui, pour contempler en lui le Christ lui-même qui se donne à travers lui.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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