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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Comprendre avant de juger

Comprendre avant de juger

Le maire de Béziers a inauguré samedi une rue Hélie Denoix de Saint Marc. L’électorat pied-noir, nombreux dans cette ville, a certainement été sensible à ce geste qui met à l’honneur une figure des dernières heures de la présence française en Algérie. La gauche, elle, s’est indignée. Manuel Valls a commenté la cérémonie : « C’est rance, c’est triste » et Stéphane Le Foll dénoncé « la nostalgie de l’Algérie française ».

« Rance », « nostalgie », des mots qui conviennent bien mal à la personnalité du commandant de Saint Marc. Né en 1922, il était entré très jeune dans la Résistance (réseau Jade Amicol). Est-il rance ce geste de révolte, cet engagement courageux qui lui valut d’être arrêté par la police allemande et déporté à Buchenwald où il passera dix-huit mois dans un des pires satellites du camp, Langenstein?

« Les justes mouraient comme des chiens, écrira-t-il plus tard dans ses Mémoires. Les crapules avaient leur chance (…). Dans ma chute, j’ai éprouvé la validité de quelques attitudes éthiques élémentaires : refuser la lâcheté, la délation, l’avilissement. »

Après la Libération, il choisira la carrière des armes, servant en Indochine et en Algérie. En désaccord avec la politique du général de Gaulle – notamment le choix du FLN comme unique interlocuteur des négociations pour l’indépendance –, il entraîna le 1er régiment étranger de parachutistes dans la sédition, en rejoignant les généraux du putsch d’Alger. Il paiera cet acte d’une condamnation de dix ans de réclusion. À son procès, de nombreux observateurs comme Jean Daniel, Jacques Duquesne, Gilles Perrault furent frappés par sa personnalité lumineuse et sa hauteur de vues. Sa déclaration devant le tribunal militaire en avait saisi plus d’un : « Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves: la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez et puis, encore, la guerre d’Algérie… » Il n’était ni un idéologue, ni un factieux.

Fut-il nostalgique l’homme qui, tournant le dos à tout militantisme, se lança dans l’écriture de livres (avec le concours de son neveu l’éditeur Laurent Beccaria) qui rencontrèrent un large public ? Leur qualité valut à l’un d’eux, Les Champs de braises, de recevoir le prix Femina. Et l’armée française lui décerna son prix littéraire Erwan-Bergot. À la même époque, Saint Marc prononça des centaines de conférences. À chaque fois, son auditoire était frappé par son souci de faire des événements qu’il avait vécus un récit apaisé. Il parlait posément de sa vie, de ses passions, de ses doutes, de ses contradictions, sans que jamais n’affleure l’esprit de revanche. Son message évoquait souvent la résistance, c’est-à-dire un état d’esprit face à l’oppression ou à des ordres qui heurtent manifestement la conscience de l’homme. L’actualité du monde (terrorisme islamique, menace technologique, dérives médicales) donnait à ses propos une résonance exceptionnelle.

Un moment important de la vie d’Hélie de Saint Marc avait été ce jour de septembre 1982 où il avait été réintégré dans ses droits ; ses décorations lui avaient été restituées. Cette réhabilitation, il la devait à un personnage qui a façonné François Hollande et que tout le PS révère : c’était le président Mitterrand. En novembre 2011, par les mains du président Nicolas Sarkozy, la République française l’avait fait grand-croix de la Légion d’honneur.

À ses obsèques à Lyon, en août 2013, se pressaient tous les corps constitués de l’État, au premier rang desquels le sénateur maire de la ville, Gérard Collomb, qui salua alors « une figure d’une extrême intégrité, un être authentique habité d’un humanisme profond ». Honneurs, décorations, reconnaissances : Hélie de Saint-Marc n’était cependant pas dupe des grandeurs d’établissements : «Je cherche constamment à décaper sur mon visage, écrivait-il, le fard insensible qui vient à ceux qui accède à une petite renommée, ceux qu’on mentionne en note dans les livres d’histoire (…). Je me souviens du Revier de Langenstein, de la cellule de Tulle et d’une chambre d’hôpital la nuit. Là, j’ai rencontré la vérité de mon destin. » Rance ? Nostalgique ?

Manuel Valls et Stéphane Le Foll devraient s’inspirer du conseil qu’Hélie de Saint Marc donnait à ses jeunes lecteurs : « comprendre avant de juger ».

 

Etienne de Montety

© Le Figaro

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Tabin Yves 17/03/2015 08:33

Merci de m’avoir publié cet hommage à ce grand homme. Elie de St Marc, que j’ai rencontré il y a quelques années à Lyon, m’avait beaucoup frappé. J’ai rarement vu une personne si digne, si dense, si intense, si rayonnante, et à la fois si modeste. La grande classe des hommes courageux et honnêtes. La réaction imbécile de ceux qui le méprisent sans le connaître, en le réduisant à leurs minables critères, de me désole profondément. Elle dénote un esprit partisan, étriqué, politicard au mauvais sens. Et que l’on regrette de trouver chez un premier ministre de France.

marie-pierre 17/03/2015 08:29

Je suis fille et petite fille de pieds noirs. J'ai en mémoire ce qu'on me me racontait : les larmes de ces soldats français qui devaient suivre les ordres c'est à dire abandonner des villages entiers de harkis sachant très bien que ces populations allaient être massacrées par les troupes du FLN. Cela tout le monde le savait.
Le commandant de St Marc a rejoint le putsch parce qu'il ne voulait pas que se reproduise pour les harkis les mêmes massacres dont il avait été témoin en Indochine.
Son choix n'était peut être pas le bon, mais qui a le droit de le juger? Il a tenté de poser un acte de résistance face à l'infamie qu'on allait subir à ces populations parce qu'elles avaient cru aux promesses de la France.Je suis triste que la posture très idéologiques de certains laissent à des partis extrêmes auxquels le commandant de St Marc ne se ralliait pas le soin de défendre l’héroïsme.