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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Sept visages de l'amour... plus un

Il est difficile de parler de l’amour ; encore plus du mystère de l’Amour divin, l’agapè, dont saint Thomas d’Aquin nous dit qu’il est une participation à la personne de l’Esprit Saint. L’amour se dit mal, il ne s’analyse pas mais se vit et se donne. Et pourtant… le Christ se risque, pour ainsi dire, à donner aux hommes le secret du roi : les béatitudes évangéliques (Mt 5,1-12), sept visages de l’Amour. Elles font briller les facettes de ce joyau qu’est le cœur humain transformé par l’Amour, en acte d’Amour. Le cœur humain, pour ainsi dire irradié de la lumière de l’Amour, vibre, avec toutes les harmoniques, au rythme de ces sept dimensions de l’Amour. Et parce que l’Amour divin est lumineux, d’une lumière propre à lui, quelque chose permet de le dire, de le présenter, de l’exprimer.

Sept visages de l'amour... plus un

Ainsi, l’Amour est pauvre. Platon lui-même l’avait saisi et exprimé dans le Banquet. N’ayant aucun droit, il ne se tourne pas en possession de l’ami et se traduit dans le désir. Un désir insondable, toujours renouvelé, ne s’arrêtant jamais à ce qui est déjà donné. Ne possédant rien, il se donne gratuitement, sans mesure, « en pure perte » pour ainsi dire, sans retour et sans aucun droit.

L’Amour pleure et fait pleurer celui qui aime. Inclinant le cœur de celui qu’il possède vers la personne aimée et le désarmant dans le désir de se donner, il saisit avec acuité tous les refus, tous les obstacles, tout ce qui fait que l’Amour ne peut encore se communiquer, tout ce qu’il n’a pas encore conquis, transformé en lui-même.

L’Amour est doux. S’offrant lui-même, se donnant, celui qui aime jusqu’au bout de l’Amour n’a plus de limites, de mesure : « L’amour n’a pas d’autre mesure que l’amour et la mesure de l’amour est d’aimer sans mesure » (Saint Bernard). L’Amour réalise l’extase, au-delà de toutes les limites, et l’accueil : il rend capable d’accueillir la personne de l’autre en soi sans réserve, avec douceur et tendresse. Il réalise entre ceux qui s’aiment une mutuelle immanence, dans un réel dépassement des limites de chacun.

L’Amour est affamé et assoiffé de justice. Ardent, il conquiert et ordonne tout selon ses propres exigences, ses propres priorités. La ferveur de son attente le rend exigeant et « implacable », s’imposant au cœur de celui qui aime sans répit et sans relâche. Il ne se repose pas avant d’avoir tout ordonné selon sa propre nécessité.

L’Amour est miséricordieux. Celui qui aime considère tout mal, toute souffrance qui affecte la personne aimée comme siens. Il lui permet de s’en approcher sans dureté, et donc sans blesser davantage, de les porter. Il mobilise celui qui aime et lui fait tout mettre en œuvre pour, si possible, soulager, supprimer ce qui blesse et détruit, et rétablir celui qui souffre dans sa plénitude, le relever.

L’Amour est pur. Celui qui aime se donne sans calcul, sans retour sur soi, sans attendre de retour. L’Amour dans son absolu est sans mélange : il écarte tout ce qui se mêle à lui et l’empêcherait d’être pleinement lui-même, à sa source, dans le cœur de celui qui aime. Il a alors cette finesse dans la tendresse, qui n’a pas peur de la joie ni ne se laisse assombrir par la tristesse, mais rejaillit toujours plus limpide et illuminant de l’intérieur le regard de celui qui aime.

L’Amour est faiseur de paix. Il établit dans la paix car il ordonne le cœur de celui qui aime dans ce qui seul est vrai : l’amour dans ce qu’il a de premier. Il provient de Celui qui est bon et retourne à Lui, source première, ultime de tout Amour : le Père, dont l’ami est le don par excellence.

 

Par l’Amour, le cœur humain n’est plus de ce monde : il ne possède pas, il est sans compromis, sans dureté et sans esprit de compétition, il est sans injustice, sans rancune, sans mélange, il ne fait pas la guerre… Aussi devient-il insupportable au monde, aux habitants de la terre, selon le langage de l’Apocalypse. Ils persécutent celui qui accepte de se livrer à l’Amour : il leur est comme étranger, d’une étrangeté qu’ils ne peuvent que rejeter en le caricaturant, en le salissant, en le calomniant. Celui qui aime vraiment prend tous les risques en raison de l’Amour. Et l’Amour projette celui qui aime sans défenses dans un monde qui le refuse, comme un agneau au milieu des loups… « Celui qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour ne recueillerait que mépris » (Cant 8,7). Pourtant, « les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger » (ibid.). L’Amour est glorieux et ne se laisse pas détruire par le mépris ni la haine du monde. Fort comme la mort, il est la seule chose vraie : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’Amour » (S. Jean de la Croix). Alors… on verra qui était prophète : « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement toute sorte d’infamie contre vous à cause de moi. Soyez dans la joie et dans l’allégresse… c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes » (Mt 5,11-12).

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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