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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Suivre l'étoile... avec les mages

Suivre l'étoile... avec les mages

Le temps est venu pour l'homme de se fixer sa fin. De sa plus haute espérance le temps est venu pour l'homme de semer le grain.

Riche assez est encore pour cela son terreau. Mais pauvre un jour et domestiqué sera ce terreau et lors n'en pourra naître arbre de haute stature.

Malheur ! Arrive le temps où l'homme au-dessus de l'homme plus ne lancera la flèche et où de vibrer désapprendra la corde de son arc !

 

Je vous le dis, pour pouvoir engendrer une étoile qui danse il faut en soi-même encore avoir quelque chaos. Je vous le dis, en vous-mêmes il est encore quelque chaos.

Malheur ! Arrive le temps où de l'homme ne naîtra plus aucune étoile. Malheur ! Arrive le temps du plus méprisable des hommes, qui lui-même plus ne se peut mépriser.

Voyez ! Je vous montre le dernier homme.

« Qu’est-ce qu’amour ? Qu'est-ce que création ? Qu'est-ce que nostalgie ? Qu'est-ce qu'étoile ? » – Ainsi demande le dernier homme, et il cligne de l'œil.

 

La terre alors est devenue petite, et sur elle clopine le dernier homme, qui rapetisse tout. Inépuisable est son engeance, comme le puceron. Le dernier homme vit le plus vieux.

« Du bonheur nous avons fait la découverte », – disent les derniers hommes, et ils clignent de l'œil.

Ils ont abandonné les régions où dur était de vivre, car de chaleur on a besoin. On aime encore le voisin et l'on se frotte à lui, car de chaleur on a besoin.

Maladie et méfiance sont à leurs yeux péché ; on les aborde précautionneusement. Bien fou celui que font encore broncher pierres ou hommes !

Ça et là de poison une petite dose, ce qui fait agréablement rêver. Et, à la fin, force poison, pour agréablement mourir.

Encore l'on travaille, car le travail distrait. Mais on prend soin que distraction ne soit fatigue.

On ne devient plus pauvre et riche ; les deux sont trop pénibles. Qui encore veut commander ? Qui encore obéir ? Les deux sont trop pénibles.

Pas de pasteur, un seul troupeau ! Chacun veut même chose, tous sont égaux ! Qui sent d'autre manière, à l'asile des fous il entre de plein gré !

« Jadis tout le monde était fou » – disent les plus fins, et ils clignent de l'œil.

On est prudent, et l’on sait tout ce qui est advenu ; sans fin l'on peut ainsi railler. Encore on se chamaille, mais vite on se réconcilie – sinon l'on gâte l’estomac.

Pour le jour on a son petit plaisir, et pour la nuit son petit plaisir, mais on vénère la santé.

« Du bonheur nous avons fait la découverte » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l'œil.

 

F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, 5

Giotto, Adoration des mages

Giotto, Adoration des mages

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