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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La pauvreté du martyre chrétien

« En vos mains, Seigneur, je remets mon esprit. »

Il se peut, aujourd'hui, qu'on s'empare d'un chrétien, d'un prêtre, d’un évêque, d’un de ceux qui sont appelés princes de l’Église, qu'on use savamment de la torture pour désagréger son psychisme, qu'on le réduise à l'état d'automate, où il signera ce qu'on lui présentera, répétera devant un micro la leçon qu'on lui aura fait apprendre, désavouera publiquement ce qui avait été jusque-là ses seules, ses divines raisons de vivre. La technique des persécuteurs est sortie d'apprentissage. Elle est aujourd'hui au point. Elle arrache au martyr son unique joie, celle du témoignage. Non seulement elle lui refuse le droit de mourir publiquement pour le Christ, elle le contraint en outre à dire publiquement qu'il meurt pour de l'argent, pour la politique, pour avoir trahi sa patrie.

 

Jésus avait dit : « Ne craignez pas ce qui tue le corps, mais qui ne peuvent pas tuer l'âme » (Mt 10,28). Mais ne semble-t-il pas aujourd'hui qu'ils soient plus avides de tuer l'âme que de tuer le corps ? Et ne semble-t-il pas qu'ils y aient réussi au-delà de leurs espérances ?

Eh bien, non ! Ils peuvent, par leurs tortures, anéantir un corps d'homme, détruire un psychisme d'homme ; ils ne peuvent pas toucher à une âme immortelle. (…)

Le dernier de mes actes libres, voilà mon âme, voilà ce qui vaut pour Dieu et pour l’Église, voilà ce qui s'inscrit dans le Livre de vie. Que mon psychisme se détraque à l'instant même de ma mort corporelle, ou qu'il se détraque quelques années avant, et qu'on me donne ensuite en spectacle sur la scène du monde, qu'importe ! Le don que j'ai fait en homme libre devant Dieu ne peut être révoqué par les mots qu'on me fera dire en somnambule devant les tribunaux du diable. Dans les misérables aveux arrachés à Budapest au cardinal Mindzenty, il y a eu tout d'un coup un mot de splendeur, sorti des profondeurs de son âme, divulgué par les journaux comme  par miracle : « L’Église, mon amour. »

Il se peut que l'ère dans laquelle nous entrons connaisse une nouvelle forme de martyre, moins fréquente aux âges antérieurs, très pauvre, très dépouillée, sans rien de spectaculaire pour la foi des communautés chrétiennes – tout le spectaculaire, au contraire, aura passé dans les camps de la Bête (Ap 13,3-5) – et où il sera demandé aux martyrs, avant de mourir corporellement pour Jésus, d'accepter, pour l'amour encore de Jésus, d'être avilis, et de renoncer à la joie de pouvoir, à la face du monde, confesser Jésus.

La pauvreté du martyre chrétien

La Croix est plus un mystère de lumière qu'un mystère de souffrance. La souffrance n'est pas foncière, elle passera. La lumière est cachée dessous : par moments, elle traverse le voile de la douleur et irradie au dehors.

La lumière est foncière, elle durera toujours. Mais, en passant par la souffrance, elle se sera revêtue d'une étrange beauté, assumant en sa splendeur ce qu'il y a de dignité et de noblesse dans l'aventure de notre terre et nos destinées humaines. « Le fardeau léger de notre affliction du moment présent produit en nous, d'une manière et pour une fin qui dépassent toute mesure, un poids éternel de gloire » (2 Co 4,17-18).

 

Charles Journet, Les sept paroles du Christ en Croix (1952)

© Editions du Seuil

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