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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Gog et Magog, l'affrontement de deux corruptions

Gog et Magog, l'affrontement de deux corruptions

Lorsqu'un regard théologique peut nous aider à discerner les enjeux des événements actuels. Gog et Magog, l'ultime combat, l'affrontement de deux perversions...

 

Nous n’avons pas le droit de ne pas voir les signes qui nous aident à saisir la conduite actuelle de l’Esprit Saint sur l’Église et sur l’humanité. Je ne dis pas les raisons, mais les signes. Jésus nous le dit : il y aura des signes qui annonceront son retour. Dire, comme nombre de chrétiens (même des théologiens) que, puisque nous ne savons pas quand le Christ reviendra, nous ne devons pas nous en occuper, c’est faire « la politique de l’autruche ». Comme chrétiens et théologiens qui ont à éclairer les autres, nous n’avons pas le droit de dire cela. Nous devons au contraire être très attentifs aux signes que Dieu nous donne.

De fait, l’Église, au Concile Vatican II, a demandé que nous soyons attentifs à l’économie divine. C’est un ordre que l’Esprit Saint nous donne à travers l’Église. Or justement, seule une théologie de l’économie divine permet de comprendre le sens des signes dans la conduite de Dieu sur nous. Et une théologie de l’économie divine, pour être vraie, présuppose une théologie scientifique qui cherche à contempler le mystère de Dieu, à saisir l’intelligibilité divine de la parole de Dieu : de même qu’on ne peut pas comprendre le devenir si on ne sait pas ce qu’est l’être, puisque l’être finalise le devenir, de même, on ne peut pas découvrir une vraie théologie de l’économie divine si on n’a pas une théologie scientifique saine. Il y a là quelque chose qui me semble très important.

Je suis donc sensible, d’une part, au fait que le Christ nous demande d’être attentifs aux signes, d’autre part, au fait que l’Église nous demande aujourd’hui d’être particulièrement attentifs à une théologie de l’économie divine. La rencontre de ces deux choses me frappe beaucoup.

 

L’attitude du Saint-Père [Jean Paul II] face au Jubilé de l’an 2000 me frappe aussi beaucoup. Il va jusqu’à dire que cela éclaire tout son pontificat et que le Concile Vatican II en inaugure la préparation. Le Saint-Père montre bien qu’il est capital pour nous d’être mobilisés pour ce Jubilé et demande un renouveau de l’Église, « un nouveau printemps de vie chrétienne » (Exhortation apostolique Tertio Millenio adveniente, § 18), une nouvelle évangélisation. Or, nous voyons aujourd’hui un éclatement ; tout semble miné. En effet, la grâce présuppose la nature, elle présuppose un support humain : c’est l’homme qui est évangélisé. Or aujourd’hui, quel est le support humain qui demeure ? Tout semble détruit : on détruit la famille, on détruit la première éducation maternelle (même la langue maternelle, qu’on remplace par la télévision ou l’ordinateur), on détruit l’intelligence dans sa recherche de la vérité, on détruit le cœur de l’homme dans sa capacité d’aimer. Nous construisons l’Europe uniquement sur l’économie, qui est l’œuvre de l’homme. Et la grâce ne repose pas sur l’œuvre de l’homme.

 

D’autre part, il faut encore être attentif à ce que le Saint-Père dit avec beaucoup de force à propos de l’Église : l’Église, qui est conduite par l’Esprit Saint, a un rythme. Et elle continue la mission du Christ sous le souffle du Paraclet. C’est le Christ, le premier Paraclet, qui éclaire le mystère de l’Église qui vit et croît sous le souffle du Paraclet. Or il me semble, dans une théologie de l’économie divine, que l’Évangile de Jean est celui qui nous montre le mieux le rythme de la mission du Christ, le premier Paraclet : il y a d’abord les éclosions de la vie apostolique du Christ (du chapitre 2 au chapitre 5) ; puis la période des grandes luttes (du chapitre 6 au chapitre 11), inaugurée avec la première rupture à l’égard de l’annonce prophétique du mystère de l’Eucharistie (cf. Jn 6,64-71) ; enfin la dernière semaine du Christ, celle de la Passion et de la Résurrection, qui tient une place majeure dans l’Évangile selon saint Jean (du chapitre 12 au chapitre 21). Il me semble que nous pouvons découvrir là le rythme du premier Paraclet.

N’y a-t-il pas quelque chose d’analogue dans le rythme de ce grand vivant qu’est l’Église : les éclosions, les grandes luttes, la dernière semaine ? Je me demande donc si, dans la conduite de l’Esprit Saint sur l’Église, la dernière œuvre du second grand moment, celui des grandes luttes, n’a pas été la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie : il y a là un sommet. C’est pourquoi je me demande si l’Église n’entre pas, à partir du Concile Vatican II, dans quelque chose d’ultime, analogue à la dernière semaine du Christ sur la terre : celle des grands abaissements et celle des grands renouveaux, des dernières initiatives dans l’amour.

 

Il me semble que nous devons être attentifs à ces signes. On ne peut jamais conclure avec certitude quand on s’appuie sur un raisonnement par mode de signes. Il s’agit donc d’une opinion théologique, pas plus. Mais les signes sont faits pour attirer notre attention.

Personnellement, je suis très impressionné par l’insistance du Pape à préparer le Jubilé de l’an 2000. Cela me semble net, et peut-être ne répondons-nous pas assez à son appel ? Cet appel à nous préparer à un nouveau printemps de l’Église. L’Ancien Testament s’est terminé dans un printemps avec Marie. Marie est le bourgeon qui annonce la venue du Christ, qui annonce un renouveau complet : de Moïse à Marie, d’Abraham à Marie, quel renouveau ! Puisque l’Église continue la mission du Christ, je crois que quand Jésus parle du figuier qui bourgeonne (cf. Mt 24,32-35 ; Mc 13,28-31 ; Lc 21,29-33.), il montre qu’il doit y avoir un nouveau printemps dans l’Église pour préparer son retour. C’est un regard divin qu’il faut avoir : un printemps de foi, un printemps d’espérance, un printemps d’amour. Et nous devons constamment garder cette attitude eschatologique, qui est chrétienne, tout simplement.

Gog et Magog, l'affrontement de deux corruptions

Parmi les signes, il ne faut pas oublier que le dernier combat est le rassemblement de Gog et Magog (cf. Ap 20,7-10), selon le langage symbolique de l’Apocalypse, un langage qui est au niveau des signes. Ce symbolisme est très étonnant. Ne nous éclaire-t-il pas sur un phénomène très significatif, caractéristique de l’idéologie hégélienne ? Il y a l’hégélianisme de droite et l’hégélianisme de gauche, Gog et Magog. La dialectique corrompt radicalement la pensée : il n’y a plus de recherche de la vérité. L’idéalisme dialectique, on peut le dire, est la corruption de l’intelligence qui réduit la vérité à la sincérité, au vécu. Peut-on construire encore une théologie avec une philosophie dialectique ? Quand on a une pensée hégélienne, peut-on encore avoir une foi vivante, une foi capable d’engendrer une théologie, une véritable sagesse théologique, une théologie qui contemple le mystère ? Avec Hegel, la théologie devient une construction humaine, rationnelle. Quant à l’ontologie fondamentale, elle n’est plus une vraie métaphysique : une vraie métaphysique doit conduire à une sagesse, à une véritable contemplation de Dieu.

 

Tous ces signes sont suffisamment forts pour que l’on essaie d’y réfléchir. Dans sa première Épître, saint Jean parle des antichrists (1 Jn 2,18-19; 4,1-6) : les idéologies athées, qui sont l’hégélianisme de gauche et la « postérité » hégélienne, ne sont-elles pas les antichrists modernes ? Comme philosophes et théologiens, nous devons être attentifs à ces idéologies athées qui marquent tant la pensée et la culture contemporaines et qui conduisent à évacuer la question de Dieu. Cela s’oppose directement à toute la Tradition de l’Église, qui affirme que l’intelligence humaine est capable par elle-même de découvrir l’existence de Dieu. L’attaque fondamentale est là : l’intelligence humaine pervertie devient capable d’affirmer que Dieu n’existe pas. Nous touchons là quelque chose de radical et d’ultime, qui brise l’alliance naturelle de l’intelligence humaine avec Dieu – l’autre alliance naturelle entre l’homme et Dieu étant celle de la procréation, puisque Dieu crée l’âme spirituelle dans l’embryon. Quand ces alliances sont attaquées et semblent détruites, on est bien dans quelque chose d’ultime, car cela empêche l’enracinement de la vie surnaturelle, théologale, dans l’homme. Et nous devons comprendre comment on est arrivé à cela, car la déviation est ancienne. Certes, affirmer cela secoue les gens d’une façon telle qu’ils s’effraient : alors ils réagissent avec méchanceté, ou en affirmant que pour eux-mêmes le retour du Christ n’a aucune signification, alors que pour un chrétien, cela devrait être la plus grande joie. L’apôtre doit être « prophète ». N’est-ce pas son rôle de réveiller la foi et l’espérance ? Il s’agit pour tout chrétien de vivre la hâte de Marie : là, il ne s’agit pas d’une date, mais de vivre divinement le Vado ad Patrem ! A Cana, Marie a hâté l’heure du Christ, et je crois que Marie hâte toujours l’heure de Jésus.

 

L’Apocalypse doit être présente dans une théologie de l’économie divine. Et elle est révélée pour une théologie de l’économie divine. Le Concile Vatican II en demandant une théologie de l’économie divine, indique l’Apocalypse, où tout est donné sous un mode symbolique. Un mode symbolique ne peut être compris que dans une foi aimante, et par une théologie de la finalité. On comprend alors que quand on fait de la finalité une causalité métaphorique, comme on l’a dit à partir de Duns Scot, c’est la mort de la théologie, et tout se ramène à l’efficience. Le primat de l’efficience, c’est ce que nous voyons aujourd’hui, c’est ce qui fait l’unité entre Gog et Magog.

La découverte de la finalité seule permet une théologie mystique, et permet donc de lire vraiment l’Évangile de Jean, sa Première Épître et l’Apocalypse dans la perspective la plus profonde qui soit. La théologie mystique repose sur la découverte de la causalité finale comme une vraie cause, et même comme la cause des causes. Saint Thomas a saisi cela grâce à la philosophie d’Aristote. Dès que l’on ne comprend plus la cause finale et qu’on la remplace par la cause exemplaire et l’efficience, la théologie devient alors une idéologie…

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Extrait d'un entretien donné en 1998

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