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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Noël, mystère de tendresse divine

Avant la naissance de Jésus, durant les neuf mois d’attente, Jésus est bien là présent pour Marie : présent pour sa vie contemplative, pour son cœur de mère et de servante de Dieu. Mais cette présence demeure imparfaite. Elle est comme enfouie en Marie. Cette présence ne réclame d’elle que la passivité à l’égard de la vertu du Très-Haut. Elle n’a qu’à obéir à l’ordre de Gabriel qui l’avertit que « l’Esprit Saint viendrait sur elle, que la Vertu du Très-Haut la prendrait sous son ombre ... » (Lc 1,35). Par son fiat elle vit de cette présence cachée du Verbe qui s’incarne en elle.

Avec le mystère de la naissance de son Fils, Marie entre dans une étape toute nouvelle tant pour sa vie contemplative que pour sa vie de servante de Dieu. Dieu se donne alors à elle comme un tout petit enfant est donné à sa mère, attendant tout de celle-ci. Marie ne doit plus seulement demeurer passive en se laissant travailler par l’Esprit Saint ; elle doit commencer à avoir des initiatives toutes maternelles. Il ne faut plus seulement qu’elle se laisse prendre et dévorer par lui, il faut encore qu’elle se donne spontanément et effectivement à son tout-petit, dans de multiples gestes, actions, occupations ; il faut lui créer un milieu maternel, où sa vie d’enfant pourra se conserver et s’épanouir.

Ceci est extrêmement important à bien considérer pour mieux comprendre comment l’Esprit Saint, après de longues périodes de pure réceptivité, où lui-même étant directement à l’œuvre, ne réclamant de nous qu’une docilité parfaite à son action, peut subitement nous demander certaines initiatives toutes nouvelles, sans nous dispenser de cet état de docilité et de dépendance foncière. C’est qu’il veut alors quelque chose de plus. Il attend de nous un don effectif se traduisant par certaines attitudes et certains gestes, par certaines responsabilités et certains engagements quelquefois très audacieux, où il veut que nous ayons certaines initiatives.

De plus, avec la naissance de Jésus, la vie communautaire chrétienne va connaître sa première réalisation parfaite. La présence cachée et invisible de Jésus ne suffisait pas à l’épanouissement de cette vie communautaire familiale ; il fallait sa présence visible. C’est pourquoi, avec le mystère de Noël, nous serons en présence d’un discernement très net de Dieu sur l’humanité : certains refusent de le recevoir. « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. » D’autres sont conduits vers lui avec une gratuité merveilleuse.

Sous cet aspect on comprend comment Noël est vraiment le mystère de la joie divine parfaite. Les anges le proclament nettement aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2,10).

La joie, en effet, implique l’épanouissement de notre vie et la conscience de cet épanouissement. C’est pourquoi, du point de vue humain, il pourra y avoir divers types de joie, puisqu’il y a diverses manières d’épanouir notre vie humaine. Parmi ces joies, celle de l’amitié est à la fois la plus humaine et la plus consciente pour nous. On sait très bien comme notre cœur humain peut être triste, lorsqu’il doit subir la séparation, l’absence de l’ami. Sa présence, au contraire, le fait exulter de joie. C’est cette joie de l’amitié qui peut le mieux nous servir à saisir le caractère propre de notre joie divine, puisque le mystère de la charité est un mystère d’amitié avec Dieu, avec les trois Personnes divines, par et dans le Christ. La joie divine implique l’épanouissement de cette amitié et une certaine expérience de cette amitié, c’est-à-dire le don de Dieu et notre don à Dieu, d’où résultent une présence d’amour et une certaine expérience de cette présence dans la foi vivante, grâce au don de sagesse. Plus la présence est intense et forte, vécue et expérimentée, plus la joie est intense et forte. Or, précisément, le mystère de Noël pour Marie est bien ce mystère de don mutuel : Dieu donné comme « tout-petit » à Marie sa mère. Il ne peut y avoir de présence plus intime que celle du tout-petit auprès de sa mère, car ces deux êtres sont si proches l’un de l’autre et si connaturels. Il ne peut y avoir de présence plus vécue, plus expérimentée qu’au moment même de la naissance, de la première apparition de cette présence. La présence, à ce moment, possède un éclat unique. Noël, c’est Dieu avec Marie, c’est Dieu pour Marie. Et il n’y a rien d’autre que ce fait, dans toute sa nouveauté, dans toute sa pureté. C’est vraiment le mystère de la grande joie. A l’Annonciation, Dieu était bien donné à Marie et Marie était bien donnée à son Dieu, mais ce don demeurait très caché. La présence demeurait imparfaite, car celle-ci réclame que les êtres, qui sont en présence, soient parfaitement distincts, face à face, qu’ils puissent vraiment être deux à mener la même vie. L’unité de connaissance et d’amour, même lorsque cette connaissance et cet amour sont divins, ne suffisent pas pour une présence plénière, surtout lorsqu’il s’agit de nous qui possédons un corps. Nous avons besoin d’une présence physique, d’un regard qui soit comme le reflet, l’expression vivante de cette unité de connaissance et d’amour. Le propre de la naissance est précisément de réaliser cette distinction parfaite du corps de l’enfant avec celui de sa mère, ce qui permet à l’enfant de devenir présent à sa mère. C’est pourquoi ce n’est pas la joie qui domine à l’Annonciation, mais le désir silencieux dans l’attente d’une promesse qui se réalise.

Ajoutons encore que la présence parfaite demande une certaine action mutuelle des êtres entre eux. Marie, dans ce mystère de Noël, se trouvant pour la première fois face à face avec son tout-petit, doit agir à son égard en mère, c’est-à-dire comme quelqu’un qui lui donne tout, qui ne se gêne pas avec son tout-petit, puisqu’il attend tout d’elle et dépend totalement d’elle.

Vierge de Cambrai (Notre-Dame de Grâce)

Vierge de Cambrai (Notre-Dame de Grâce)

Tâchons de comprendre un peu toute la tendresse, tout l’amour, tout le respect que Marie met dans son premier regard sur Jésus, dans sa première caresse, dans son premier baiser, dans ses premiers gestes maternels. « Elle l’enveloppa de langes », nous dit l’Écriture (Lc 2,7). Ces gestes, que les autres mères font instinctivement et qui traduisent leur amour maternel dans ce qu’il a de plus naturel, Marie les fait sous la conduite du Saint-Esprit. Car ces gestes traduisent non seulement son amour maternel, mais aussi son amour virginal, son amour divin à l’égard de son Dieu qui se donne à elle dans la faiblesse, la petitesse du tout-petit, livré totalement à sa mère. Sous la motion des dons de crainte, de piété et de conseil, Marie exécute divinement ces gestes. C’est avec une crainte chaste et aimante, dans un abandon parfait à la volonté du Père, qu’elle serre son enfant sur son cœur, pour réchauffer les membres menus et tendres du Fils unique du Père. C’est le tremblement de la Vierge qui reçoit son Dieu dans la petitesse et l’impuissance, sachant que son Dieu attend d’elle des initiatives toutes maternelles. Comme le Fils est éternellement auprès du Père dans un embrassement éternel d’amour, le tout petit enfant Jésus, dans cette nuit de Noël, est caché auprès de sa Mère, dans un embrassement d’amour. Le cœur de Marie est pour Jésus l’écho vivant du « sein éternel » du Père. Ce tremblement divin, effet du don de crainte, loin de paralyser la tendresse et l’amour de son cœur maternel, leur permet, au contraire, de s’épanouir beaucoup plus profondément. Aucune mère n’a serré sur son cœur son tout-petit avec plus de tendresse que Marie ; aucune mère n’a eu plus de délicatesse et de respect à l’égard de sa fragilité.

Le don de crainte ne nuit en rien aux exigences profondes de l’amour ni à toutes ses audaces ; il ne rend ni scrupuleux, ni humainement craintif, mais il épanouit, car il se réalise dans l’amour ; il attire et épure pour permettre à l’amour d’aller plus loin, de réaliser tous ses élans, toutes ses exigences.

 

Marie-Dominique Philippe, OPMystère de Marie, croissance de la vie chrétienne

© Librairie Arthème Fayard

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