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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Noël, mystère de pauvreté: contemplation et service

La manière dont Marie accepte le service divin de sa maternité auprès de son Fils, doit nous éclairer sur l’attitude que Dieu réclame de nous dans tel ou tel service qu’il nous ordonne. Notre fiat de serviteur doit être obéissant, fidèle, généreux, il doit s’exercer aussi selon un esprit de pauvreté. Autrement nous ne serons plus de vrais serviteurs, nous accaparerons les trésors de Dieu et nous empêcherons Dieu de nous les communiquer.

C’est grâce à la pauvreté si foncière du cœur de Marie qu’il n’y aura pas d’opposition entre les exigences de sa vie contemplative, solitaire et silencieuse, et celles de sa maternité active et accaparante, la mettant nécessairement dans une vie commune.

Du point de vue naturel, selon leurs structures propres, la vie contemplative et la maternité s’opposent et réclament une organisation de vie tout opposée : la contemplation demande de ne regarder que l’unique nécessaire, la maternité divise nécessairement et enracine dans la terre. Marie, seule, dans le mystère de sa maternité, échappe à cette loi, puisque son Fils est son Dieu. Mais cette maternité exige qu’elle accepte de n’avoir aucun droit sur son Fils et d’être possédée par lui.

Grâce à sa pauvreté, cette maternité n’accapare rien, elle ne garde rien. Marie peut s’y adonner totalement, elle demeure libre, son cœur et son intelligence n’adhérant qu’à l’unique volonté de Dieu sur elle, par et dans l’œuvre que Dieu lui demande de réaliser. La pauvreté spirituelle apparaît comme le moyen divin qui peut seul allier et unir ces fonctions si diverses du point de vue de notre psychologie, si opposées pour nous : celle du repos contemplatif, celle de l’activité maternelle.

Sano di Pietro: Nativité

Sano di Pietro: Nativité

Dans la mesure où nous devenons des serviteurs pauvres, c’est-à-dire inutiles, dans cette même mesure une seule chose s’empare de notre intelligence et de notre volonté : le désir d’accomplir le plus parfaitement possible la volonté aimante de Dieu sur nous. Or, le désir de l’accomplissement de sa volonté, même quand Dieu exige de nous une vie apparemment très active, nous maintient en son amour, en son unité, et par le fait même, ne peut plus faire obstacle à la vie contemplative. Dans ces conditions, en effet, la vie active n’est plus finalisée par une œuvre temporelle à réaliser, son terme propre n’est plus quelque chose d’humain et de terrestre, mais bien quelque chose d’éternel : la volonté de Dieu que l’on cherche avant tout à réaliser. C’est la volonté divine qui seule finalise tout et qui détermine réellement notre activité. Qu’on ne prétende pas pour autant que tous ceux qui accomplissent la volonté de Dieu comme des serviteurs fidèles et pauvres sont nécessairement établis dans la vie contemplative ! La vie contemplative réclame quelque chose de plus – qui lui est propre – et qui donne à son activité un caractère spécial, spécifique. Mais nous voulons souligner que la vie active peut être menée de deux façons, selon le mode qui lui est connaturel – elle s’oppose alors fatalement à la vie contemplative –, et selon un mode divin de pauvreté. Alors, loin de s’opposer à la vie contemplative, elle peut être à son service, en devenant comme une disposition divine à son égard ou comme son rayonnement visible et sa manifestation, qui la cache aux yeux des hommes et la réserve plus totalement à Dieu. C’est pratiquement ce qui se passe à l’égard du mystère de la maternité divine. Cette maternité miraculeuse cache la virginité de Marie ; la vie de la mère, toute dévouée aux soins temporels de son enfant, cache la vie contemplative silencieuse, toute consacrée à son Dieu. Apparemment, Marie mène la même vie que toutes les autres mères ; profondément, aux yeux de Dieu, sa vie a une qualité unique d’amour. De plus, sa maternité donne à sa vie contemplative une présence merveilleusement incarnée de son Dieu, qui permet une contemplation beaucoup plus simple, plus familière, plus intime, et cette même maternité est en même temps comme le fruit propre de sa vie de foi, d’espérance et d’amour, de toute sa vie contemplative. Voilà les liens très intimes que Dieu, en sa sagesse, a voulu réaliser entre des activités qui, humainement, sont si opposées.

Il est très instructif pour nous de voir que la vie contemplative, dès son entrée dans l’Eglise, s’est accompagnée d’un service temporel et divin. Il y a là un mode typiquement chrétien de la contemplation sur la terre, qui nous manifeste à la fois sa surabondance divine – elle doit s’emparer de toutes nos activités – et son caractère caché, réservé à Dieu – elle doit échapper aux regards des hommes, ne pas être de ce monde.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Mystère de Marie, croissance de la vie chrétienne

© Librairie Arthème Fayard

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