Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

"Dieu n'aime que celui qui habite avec la sagesse" (Sag 7,28)

« Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne » (Jn 21,22-23).

La consécration de notre intelligence à Dieu se réalise par la contemplation. Cela est déjà vrai de la sagesse philosophique ; c’est plus profondément vrai grâce à la Parole de Dieu reçue dans la foi et à la sagesse théologique ; c’est éminemment vrai enfin de la contemplation mystique, de ce regard dans l’amour que nous avons sur le Père dans le Fils, dont nous vivons sous le souffle du Paraclet.

Si Thomas d’Aquin a distingué trois sagesses (cf. Somme théologique, I, q. 1, a. 6 ; II-II, q. 45, a. 1 ; Contra Gentiles, I, 1-9), c’est-à-dire trois grandes qualités contemplatives de l’intelligence dans l’amour, et si l’Église le reconnaît comme un héritage caractéristique et très précieux reçu de lui (cf. S. Jean Paul II, Fides et Ratio, n° 43-44), nous en trouvons une source très profonde dans toute la théologie de saint Jean : elle correspond très profondément à l’esprit qui est le sien et est importante pour la foi, pour la vie chrétienne, pour la théologie. Elle n’est ni nébuleuse, ni accidentelle, ni secondaire, mais elle est au cœur de l’esprit du disciple bien-aimé.

Saint Jean, Basilique saint Clément (Rome)

Saint Jean, Basilique saint Clément (Rome)

Sagesse théologique

Par la foi, le Christ demeure en nous, et nous gardons sa parole « dans toute sa richesse ». La parole du Christ est la Parole de Dieu dans sa plénitude, dans sa perfection de vérité ; elle est la parole du Verbe « en personne » communiquée à travers les paroles de Jésus et son humanité. La parole des prophètes, si nous la recevons dans la foi, reste « en devenir », imparfaite, fragmentaire (cf. He 1,1). La parole que nous avons entendue et qui seule peut demeurer en nous parce qu’elle touche la fin, c’est la parole qui est « dès le principe », parce qu’elle jaillit du Verbe en personne, dans lequel subsiste l’humanité sainte du Christ. C’est de cette parole, de ce mystère personnel du Christ que l’Église est dépositaire, avant tout dans la foi de Marie, de l’Annonciation jusqu’à la gloire.

Le réalisme divin de la parole du Christ, inséparable de sa source, est de nous conduire à demeurer dans le Fils et dans le Père. Venant du Père, elle nous est donnée par Jésus, qui nous enseigne ce qu’il a entendu du Père, et elle nous conduit au mystère même de Dieu : elle retourne, en suscitant la foi en celui qui la reçoit, vers le Fils et vers le Père.

Telle est bien la première fécondité de la parole de Dieu reçue dans la foi: par la sagesse théologique, mobiliser toute notre intelligence dans l’amour, avec le secours de l’Esprit Saint, pour remonter à la source même de la sagesse de la parole du Christ et mettre en pleine lumière le mystère du Fils et du Père.

Sagesse mystique

Cette sagesse théologique est elle-même au service de la conduite directe de l’Esprit Paraclet sur nous : « Pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne ; mais parce que son onction vous enseigne tout, et qu’elle est vraie et n’est pas mensonge, selon qu’elle vous a enseignés, demeurez en lui. Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui, pour que, s’il vient à se manifester, nous ayons de l’assurance, et non pas la honte de nous trouver loin de lui lors de sa parousie » (1 Jn 2,27-28). Jésus est le Christ, l’Oint du Père, et il agit totalement sous la motion de l’Esprit Saint ; par lui, de sa médiation sacerdotale de Fils bien-aimé, nous avons reçu l’onction de l’Esprit Saint, l’Esprit du Père et du Fils. C’est cet Esprit Paraclet qui nous permet de recevoir en plénitude l’enseignement du Christ. Et le mystère du Verbe incarné réclame l’action du Paraclet, qui nous conduit à la vérité tout entière en nous faisant entrer dans toute la richesse divine du mystère du Christ, venu du Père et allant vers le Père. C’est pourquoi la mission du Christ, son œuvre sacerdotale, s’achève, après qu’il nous ait enseigné et ait accompli l’œuvre reçue du Père (Jn 17,4), dans l’envoi du Paraclet. La mission du Paraclet présuppose celle du Verbe dans l’Incarnation : son action tout intérieure, qui est au-delà de l’enseignement par la parole, présuppose celle du Christ dont nous avons reçu l’enseignement.

En ce sens, toute mystique chrétienne authentique, cette vie sous l’onction de l’Esprit Saint, se structure grâce à la vérité, à la lumière de l’enseignement du Christ. Il ne peut s’agir d’une mystique négative, du « rien ». Elle est nourrie, tout en la dépassant dans l’amour, par une lumière dont la source est le mystère même de Jésus, le Verbe qui est la lumière véritable. De fait, toute vie d’oraison se nourrit de la parole de Dieu, et l’amour de la vérité du mystère de Dieu, et donc de la théologie, est une garantie de l’authenticité de cette vie (1). C’est bien la lumière, la recherche de la vérité, qui structure la personne humaine et permet d’aimer pleinement. Cette urgence de la vérité nous fait veiller dans l’attente de sa venue. Veiller, c’est certes vivre dans la ferveur de l’amour. Mais cela exige la limpidité de la vérité, tant il est vrai que toute erreur consentie diminue la ferveur de l’amour, nous éloigne de Dieu et nous alourdit, ne nous permettant plus de l’attendre avec la ferveur de l’esprit.

Sagesse philosophique

Enfin, c’est dans cette même lumière que nous pouvons porter un regard sur les hommes qui cherchent la vérité de toute leur intelligence et désirent conformer leur vie à la vérité. La miséricorde de Dieu s’étend, selon un ordre de sagesse, à tout homme qui cherche la vérité et désire agir selon la vérité. Saisir ce qu'est la profondeur du coeur de l’homme en quête de la vérité appartient éminemment à la sagesse philosophique. De fait, l’homme qui cherche la vérité avec rectitude est déjà ouvert au mystère de la grâce. Et le Paraclet nous permet de discerner les semences de vérité, les « semences du Verbe » dans le cœur des hommes.

 

Ces trois sagesses, qui sont distinctes, sont cependant inséparables et indispensables les unes des autres. La Parole de Dieu, l’enseignement du Christ, réclame la sagesse théologique car il s’agit d’un enseignement de vérité adressée à l’homme pour qu’il le reçoive et cherche à en avoir l’intelligence. Il demande de s’achever dans une vie, car c’est la Personne même du Fils qui nous est donnée par le Père pour que nous vivions avec lui en enfants de Dieu. Et puisque ce don est fait aux hommes, c’est la recherche de la vérité, et le désir de vivre dans la vérité du mystère de Dieu qui est, dans le cœur de l’homme, l’attente, l’ouverture la plus profonde à ce don reçu d’en-haut.

 

Marie-Dominique Goutierre

Solennité de saint Jean, 27 décembre 2014

© www.les-trois-sagesses.org

 

(1) « M’est avis que l’âme d’oraison qui consulte des hommes doctes, si elle ne veut pas se tromper elle-même, ne sera pas trompée par les illusions du démon, je crois qu’il craint grandement la science humble et vertueuse, il sait qu’il sera découvert et finira par y perdre » (Ste Thérèse d’Avila, Autobiographie XIII, 18) ; « Garder la parole de Jésus, voilà l’unique condition de notre bonheur, la preuve de notre amour pour lui. Mais qu’est-ce donc que cette parole ?... Il me semble que c’est Jésus lui-même… Lui Jésus, le Verbe, la Parole de Dieu ! » (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, LT 165).

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article