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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le Christ, roi de l'univers

Aux yeux du monde, vue de l’extérieur, la Croix du Christ n’est pas un succès ; elle est même un terrible échec. Jésus est crucifié dans le lieu maudit, le gibet des esclaves, et tous les biens humains lui sont enlevés : il subit toutes les pauvretés de fait, celles que les hommes lui imposent. Il a enduré tous les anéantissements.

Mais voilà qu’il y a un autre regard, un regard qui est celui de la foi : il nous fait toucher l’invisible. A travers les anéantissements et les échecs apparents de la Croix, il nous fait toucher cette royauté de Jésus dans l’amour. Non pas dans la toute-puissance, mais dans l’amour. Bien des philosophes contemporains qui regardent de l’extérieur la croix du Christ, comme les chefs qui se moquent de lui et le défient, comme les soldats qui croient l’avoir dominé, comme le malfaiteur qui l’injurie, affirment qu’à la croix, la toute-puissance de Dieu a disparu. Non ! Elle s’est effacée devant l’amour : un amour invisible, qui s’empare de tout le Cœur de Jésus à travers tous les rejets et tous les refus des hommes qui en restent à leur point de vue, enfermés dans leur orgueil et leurs opinions superficielles et mondaines.

Le Christ, roi de l'univers

C’est d’abord en lui-même qu’est ce royaume : le Christ est lui-même le royaume de Dieu, il est lui-même, dans son cœur d’homme, le Paradis de Dieu, c’est-à-dire là où l’amour éternel du Père, du Fils et de l’Esprit Saint s’est emparé d’un cœur d’homme d’une façon telle que rien d’autre que cet amour n’est présent. Aux yeux des hommes, il a été élevé sur la croix ; aux yeux de la foi, il est monté dans son cœur humain au plus haut des cieux, c’est-à-dire à l’amour éternel du Fils et du Père, de telle sorte qu’il est tout entier « gloire » d’amour pour le Père. Saint Jean nous dit avec force que la croix du Christ est, du point de vue de l’amour, déjà la gloire : « Père, glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie » (Jn 17,1). La gloire n’est pas seulement la résurrection : celle-ci manifestera, fera éclater dans la splendeur du Père, cette gloire qu’est la victoire de l’amour qui s’empare de toutes les fibres du cœur humain et du corps de Jésus. Il est monté sur la croix par amour pour le Père, pour glorifier le Père.

Par là, il nous montre en lui-même et il est source pour nous, de cet amour glorieux, qui est le paradis de Dieu : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12,32), de telle sorte que par Jésus et en lui, notre cœur devient aussi ce royaume du Père : là où Dieu est présent d’une façon telle que rien d’autre que lui n’est là. Le Christ est bien le roi d’amour des cœurs humains.

Le Verbe s’est fait chair : il est venu au milieu des hommes et, par le mystère de l’Incarnation, il a donné à notre monde une signification nouvelle. Du point de vue de la foi, tout l’univers, tout le monde physique, et la création de l’homme et de la femme comme chef-d’œuvre de Dieu créateur, sont pour le mystère de Jésus. Dieu, assumant notre âme et notre corps humain, a fait de notre humanité un mystère qui est en Dieu pour l’éternité. Si "dans le mystère du Christ, Dieu s’est pour ainsi dire uni à tout homme"(1), en assumant notre humanité il a donné à l’homme, et donc au monde physique, à l’univers créé par Dieu, une signification nouvelle. Notre univers existe dans le regard de Dieu pour être comme le milieu, l’écrin, qui a reçu cette perle qu’est l’humanité sainte de Jésus, qui donne un sens ultime à la grandeur de l’homme. Dieu ne s’est pas uni à un ange dans le mystère de l’Incarnation, et il n’a pas assumé un corps animal. Il a assumé, dans l’unité de la personne du Fils qui éternellement procède du Père, notre humanité : notre âme humaine, notre intelligence humaine, notre sensibilité humaine, notre chair humaine. Et il en a fait, sans les absorber, sans les détruire, l’âme, l’intelligence, la sensibilité, le corps d’un Dieu. Dieu a travaillé la matière, en Jésus. Dieu a enseigné les hommes en Jésus, en prenant notre langue, notre parole. Dieu a aimé avec un cœur d’homme en Jésus.

Tout ce mystère de l’Incarnation, chef-d’œuvre de la sagesse de Dieu, est tout entier ordonné à cet acte ultime d’amour par lequel Jésus, offre librement sa vie dans l’amour du Père. Sa royauté est telle dans l’amour que même notre mort devient en Jésus un lieu où l’amour peut être victorieux. Alors que l’amour humain butte devant certains échecs et devant la mort, l’amour de Dieu, en Jésus, est victorieux de toute mort, ce que sa résurrection manifeste dans la splendeur.

Devant le corps humain du Christ, chef-d’œuvre de Dieu réduit à rien par la violence des hommes ; devant l’intelligence du Christ, qui n'est que lumière, bafouée par les hommes comme menteuse et erronée ; devant le cœur humain du Christ, ardent et fervent dans un amour d’une pureté parfaite, traité comme un séducteur, voilà que, par la foi, dans l’amour, au-delà de tout ce qui est visible, nous touchons la royauté glorieuse de Jésus. Dans l’amour, Jésus monte au plus haut des cieux : il fait de son cœur d’homme attiré vers le Père et de toute son humanité, un mystère d’amour glorieux. Par la foi, nous entrons dans ce royaume de l’amour glorieux, qui envahit et saisit toute l’humanité du Christ : la porte en est le Christ lui-même : « Moi, je suis la porte » (Jn 10,9). Et il unit toutes les voies d’accès à l’amour et à la gloire du Père. Toutes les béatitudes sont un chemin qui conduit à cette porte, pour entrer dans ce royaume qu’est le mystère du cœur du Christ, tout entier saisi dans la gloire de l’amour du Père.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

 


(1) Cf. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 22 : « Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché ».

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Grégoire 25/11/2014 18:11

Merci de ce magnifique texte!
Mais, si "la toute-puissance de Dieu s’efface devant l’amour -un amour invisible, qui s’empare de tout le Cœur de Jésus à travers tous les rejets et tous les refus des hommes- " comment Jésus nous gouverne-t-il comme Roi? Comment coopère-t-on à son attraction? Quelle lumière Jésus est-il pour nous, lui "qui dans son cœur d’homme, est le Paradis de Dieu"?
Parce que ça peut paraitre lointain, ou "pas pour nous", ou loin des hommes, de leur conscience, de leur ressenti quotidien...? Comment vivre aujourd'hui de ce "paradis de Dieu"...?
Merci. fr Grégoire.

Les trois sagesses 29/11/2014 22:47

Il nous gouverne en nous attirant à Lui pour nous conduire au Père. Et on y coopère par la recherche de la vérité et en nous laissant attirer par Lui dans l'amour, dans la charité. "Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi".