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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Suivre l'Agneau

Quand nous demandons: «Pourquoi la Croix du Christ ? Et pourquoi la Croix dans notre vie?», il y a une seule réponse: parce que c’est la sagesse que Jésus a choisie librement, comme Fils bien-aimé, pour glorifier le Père et nous sauver, en nous associant à ce mystère comme ses amis. C’est par là que s’accomplit l’unité entre Dieu et l’homme. L’épître aux Hébreux l’affirme d’une façon très forte: «Tout Fils qu’il était, il apprit l’obéissance par les souffrances de sa Passion. Et ainsi conduit à sa perfection, il est devenu cause de salut pour tous ceux qui lui obéissent» (Hb 5,8-9). Ceux qui lui obéissent, c’est-à-dire tous ceux qui le suivent: ceux qui, selon l’expression de l’Apocalypse, «suivent l’Agneau partout où il va» (Ap 14,4), entrent avec lui dans ce mystère, la première étant Marie: la Vierge qui suit l’Agneau, qui est une avec l’Agneau. Être sauvé ne consiste pas d’abord à être sauvé du péché, à recevoir un coup d’éponge parce que l’on était sale. Être sauvé, c’est être introduit de nouveau et d’une façon nouvelle dans la vie même de Dieu, d’une façon encore plus profonde qu’avant le péché. C’est là la miséricorde. Elle ne consiste pas à dire: «Tu as péché, je passe l’éponge, ne recommence pas!» La miséricorde du Père introduit l'homme pécheur par l’Agneau dans une intimité avec Dieu plus profonde, plus parfaite, plus plénière que celle qu’il avait dans la justice originelle. C’est là le grand mystère de la grâce chrétienne. Le fruit du sacerdoce du Christ, sa fécondité, est de nous donner part à la vie divine comme lui-même y a part en Fils bien-aimé du Père. Il est le grand prêtre des biens éternels (cf. Hb 9,11), et il nous les donne d’une façon nouvelle, la sienne propre: «Voyez quel amour nous a donné le Père, que nous soyons appelés enfants de Dieu! Et nous le sommes» (1 Jn 3,1). Nous le sommes réellement, nous sommes prédestinés en Jésus à être fils de Dieu dans l’unique Fils. Par la Croix, l’acte parfait de son sacerdoce, Jésus nous donne de vivre sa propre vie de Fils. Saint Thomas d’Aquin, parlant de la prédestination du Christ, souligne que ce que l’union hypostatique réalise pour le Christ dans l’ordre de l’être, la grâce chrétienne le réalise pour nous dans l’ordre de la vie. Tout en restant des créatures, nous vivons par la grâce et dans la charité, la vie même du Fils.

Il est important d’avoir cette lumière pour entrer dans l’Évangile. Comment Jésus s’approche-t-il des personnes, à quoi les conduit-il? Il est le grand prêtre des biens éternels: il nous conduit à la vie éternelle et nous la donne. La vie même de la Très Sainte Trinité: «La vie éternelle, c’est de te connaître toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ» (Jn 17,3). C’est bien là ce qui commande l’économie divine : elle n’est pas une économie à la petite semaine, critique, moralisante, idéale… Quand nous rêvons de retourner au paradis terrestre, c’est dommage car c’est beaucoup moins bien que ce que Jésus nous donne. Certes, le jardin d’Éden est remplacé par le Golgotha, la porte du Paradis est le Cœur blessé du Christ...

Ravenne, Le Bon Pasteur

Ravenne, Le Bon Pasteur

Gouverner, c’est conduire à ce qui est la fin, le bien-fin de celui que l’on gouverne. Déjà pour le philosophe, la fin ultime de la personne humaine est Dieu. Mais qu’est-ce que la foi chrétienne révèle de nouveau, que l’homme ne peut pas dire par lui-même, même avec la sagesse philosophique la plus profonde? C’est que nous ne sommes pas seulement appelés à vivre de Dieu comme nous en sommes capables par notre cœur et notre intelligence livrés à leurs seules capacités. Dieu nous gouverne en Père, et sa paternité va si loin dans l’amour qu’il ne veut pas seulement se donner comme le Créateur que nous adorons, ni comme le Père que l’on cherche à contempler grâce aux ressources de la philosophie. Non, il veut donner aux hommes sa propre vie, sa propre béatitude en partage, son héritage. Il faut penser ici à tous les textes de l’Écriture qui parlent de l’héritage de Dieu. Dans l’Ancien Testament, la Terre promise; dans l’Évangile, toutes les paraboles de Jésus sur l’héritage, en particulier celle du père et de ses deux fils (Lc 15,11-32). Qu’est-ce que l’héritage? Il ne s’agit certes pas seulement d’un bien matériel ! L’héritage, dans ce qu’il a de plus profond, c’est ce que le père vit en propre comme père et qu’il communique à son fils. Humainement, cela est toujours limité car nos pères ne sont pas toujours des sages ou des saints. Quand il s’agit de paternité spirituelle, par exemple un fondateur pour des religieux, son héritage est ce qu’il a vécu et mis en lumière du mystère du Christ et de l’Évangile. Mais avec Jésus, c’est la sainteté du Père qui est notre bien. Le Fils, le Fils unique, est devenu pour nous un Père à la croix: il nous donne part à sa propre vie de Fils bien-aimé du Père. Il y a là une fin nouvelle et un chemin nouveau: «Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ! personne ne vient vers le Père que par moi» (Jn 14,6). Jésus est pour nous la fin et le moyen.

 

Quand donc nous nous posons la question, pour nous-mêmes ou pour autrui, de la manière dont Dieu conduit les choses, elle se ramène toujours à ceci: «De quelle manière, pour cette personne, la fin à laquelle Jésus la conduit est-elle plus présente, attire-t-elle davantage? Et où se trouve le chemin pour elle: où Jésus se fait-il pour elle le chemin?» Le reste est secondaire; cela seul s’impose et demeure. En n’oubliant jamais que les chemins que Dieu prend sont toujours étonnants… Il y a alors une tout autre prudence: certaines choses, du point de vue humain, peuvent nous sembler tout à fait en dehors du chemin de Dieu. Mais elles sont peut-être le chemin par où Dieu passe, là où le chemin est vraiment Jésus, pour que la fin soit la vie éternelle, la vie même d’amour du Père et du Fils, et non pas autre chose. Nous voyons alors notre vie dans une tout autre lumière… Comme le dit Hans Urs von Balthasar, tels sont visiblement de l’Église qui, en réalité, n’en sont pas, et tels n’en font apparemment pas partie qui sont des saints cachés dans le Cœur du Christ, au cœur du vrai mystère de l’Église…

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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mpsalinas 11/09/2014 19:21

Merci pour cet article magnifique!
Ou,i si nous ne cherchions plus à retrouver le paradis d'Eden, à combler tous nos manques, mais à passer par la blessure de son coeur, la porte étroite........c'est notre trésor!