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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La charité du Christ en croix (IV)

MARIE-MADELEINE et les saintes femmes, ces fidèles servantes du Christ, sont, elles aussi, présentes et elles doivent l’être, elles aussi, pour achever de blesser le cœur du Christ et pour qu’elles-mêmes soient crucifiées pour lui. Elles pénètrent moins intimement dans les douleurs du Christ que Marie et Jean ; elles se tiennent auprès d’eux. Mais elles coopèrent, à leur façon et à leur place, à ce sacrifice commun. Il y a là un ordre de proximité à l’égard de Jésus qui est respecté. Et Jésus réclame une union plus ou moins grande à sa Passion, à sa Crucifixion, suivant le degré de proximité plus ou moins grand que les âmes ont avec lui. Sa Mère, saint Jean, Marie-Madeleine, les saintes femmes : les liens d’amour qui unissaient son cœur à ces diverses personnes lui permettent de les associer diversement et plus ou moins profondément à ses douleurs et à sa tristesse.

J. Bosch, Chemin de Croix

J. Bosch, Chemin de Croix

Mais à côté de ses amis, il y a ses ennemis : ses bourreaux qui le maltraitent, qui l’accablent de coups et d’injures. Eux aussi le crucifient : ils le crucifient doublement, physiquement et spirituellement. Ils sont venus pour cela. Parmi ses ennemis, plus cachés peut-être, plus éloignés de la Croix, non moins cruels, il y a les magistrats, le grand prêtre, les scribes. Ils sont venus eux aussi pour le crucifier à leur façon, par leurs blasphèmes, leurs moqueries, leur haine. Tout les sépare de Jésus, les met dans un état d’inimitié, d’opposition.

Notre-Seigneur témoigne à leur égard d’un amour héroïque et infiniment miséricordieux. Il ne les condamne pas. Il ne les rejette pas. Il les laisse exercer sur lui toutes leurs cruautés et toute la férocité possible. Il répond à la violence et aux injures par la douceur et par la prière : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Ce fut même la première de ses paroles sur la Croix, tellement son cœur désirait leur retour à Dieu.

Présents à la Croix, il y a aussi deux êtres, crucifiés, eux, réellement, avec Jésus, les deux larrons. Ces deux malfaiteurs sont deux étrangers pour Jésus. C’est par hasard qu’ils sont là, ou plus exactement ce sont leurs fautes qui leur permettent d’être si proches, si présents, et même, physiquement, si conformes à Jésus. Ils sont crucifiés avec lui et en même temps que lui.

Auprès de Jésus, surtout quand on est crucifié avec lui, on ne peut rester étranger : il faut prendre parti, il faut se mettre pour ou contre. C’est ce qui arrive : l’un fait chorus avec les ennemis et insulte Jésus. Mais, à la différence des autres ennemis, le mauvais larron est crucifié dans sa chair. Sa douleur ne fait que rendre son ironie plus méprisante : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ». L’autre, le bon larron, regarde Jésus et le supplie : « Jésus ! Souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans ton règne ». Ce pécheur repentant, qui communie avec amour aux douleurs physiques du Christ et qui, à la Croix, a seul ce privilège, devient l’ami du cœur de Jésus : « Je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ».

Cette proximité physique et cette communauté physique de douleur ont permis à la charité du Christ de se manifester d’une façon spéciale, si spontanée et si miséricordieuse. Parmi tous les amis de Jésus présents au Calvaire, le bon larron est le seul qui ait eu ce privilège de converser amicalement avec lui et d’offrir sa vie humaine avec lui et en même temps que lui.

Mais le cœur de Jésus s’inquiétait aussi des absents, des amis infidèles, lâches, peureux. Leur lâcheté, leur désertion au moment même où il leur manifestait tout son amour, blessaient cruellement son cœur.

Le reniement de Pierre atteignait encore plus profondément son cœur. Pierre pour qui il avait prié d’une façon toute spéciale, Pierre qu’il avait averti d’être fort, Pierre si ardent et si prompt dans ses déclarations d’amour, Pierre venait de le renier publiquement trois fois. La charité du cœur de Jésus va même se servir de ce reniement assurément pleuré par le coupable, pour se manifester avec plus d’éclat. A Pierre il confiera le soin de son Eglise ; il lui donnera son autorité sur elle. Voilà comment sa charité utilise les pleurs d’un ami lâche et faible.

A l’égard de tous les autres disciples, plus ou moins infidèles, sa charité non seulement leur pardonne, mais encore les fait ses représentants, ses témoins.

Il n’y a que Judas, qui ayant le dernier regard ami de Jésus, s’écarte définitivement de l’amour de son cœur, comme fils de perdition.

A la Croix, la charité du cœur de Jésus s’exerce donc de multiples façons à l’égard de Dieu et du prochain. Elle s’exerce selon un ordre divin de sagesse chrétienne qui nous est manifesté par les gestes et les paroles du Christ. Nous devons tendre à imiter, dans l’exercice de notre charité, ce même ordre de sagesse chrétienne.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, in: La vie spirituelle (1946)

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