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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La charité du Christ en croix (II)

En même temps la Croix manifeste l’amour divin qu’il a pour LUI-MÊME, amour de Fils unique qui s’aime comme Fils unique pour la gloire de son Père. Il sait que seul il peut rendre au Père cette gloire infinie. Voilà pourquoi l’amour qu’il a pour lui-même, loin d’entraver son désir d’immolation, le soutient au contraire et l’y pousse. Car la gloire qu’il désire rendre au Père, il ne pourra la lui rendre pleinement qu’en étant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la Croix. L’amour de charité qu’il a pour lui-même le crucifie, l’immole, le fait descendre dans les abîmes de l’agonie pour que la volonté du Père soit tout.

Et il nous aime de la façon même dont il s’aime. Il nous aime pour que nous-mêmes nous devenions gloire du Père, pour que le Père soit glorifié en nous. L’amour de charité qu’il a pour nous nous crucifie, nous immole, nous fait descendre dans les abîmes mêmes de son agonie pour qu’en nous aussi la volonté et l’amour du Père soient tout.

Son amour pour nous est tellement semblable à l’amour qu’il a pour lui et pour le Père qu’il se manifeste dans les mêmes gestes, dans les mêmes actions, dans la même agonie et la même Croix. Tout le sang répandu à la Croix témoigne en même temps de son amour pour le Père, pour lui-même et pour nous. Car dans son cœur ces trois amours sont inséparablement unis ; ils jaillissent d’un même foyer d’amour et sont unis par le même Esprit.

Comme son agonie et sa mort sanglante montrent qu’il préfère la gloire de son Père à sa propre gloire, à son propre honneur, à sa propre vie humaine et terrestre, de même son agonie et sa mort sanglante montrent avec le même éclat qu’il préfère le salut de nos âmes, en particulier, à sa propre gloire humaine, à son propre honneur humain, à sa propre vie humaine. Tout ce qui en lui peut être immolé et offert est vraiment immolé et offert pour la gloire du Père et pour notre salut.

Mais son amour pour toutes les âmes, pour tous les pécheurs qu’il sauve, implique un ordre divin. Le cœur de Notre-Seigneur a ses préférences, et ces préférences il nous les dévoile à la Croix.

La charité du Christ en croix (II)

Celle qui est la plus proche de lui, d’une proximité selon la chair et le sang et en même temps d’une proximité divine, c’est SA MERE. Marie est plus proche qu’aucune autre créature de son cœur de chair et de son Cœur divin. C’est pourquoi il l’aime infiniment plus que les autres. Il a pour elle un amour de charité qui a des ambitions dont les limites ne peuvent se prendre que de l’amour même qu’il a pour lui-même. Il aime sa Mère, l’épouse de son Cœur divin, comme il s’aime lui-même. Voilà pourquoi il l’immole si profondément, si intimement. Un glaive transperce l’âme de Marie. Tout son amour pour son Père, il veut le voir revivre dans l’âme de sa Mère, et c’est pourquoi il veut qu’elle soit avec lui, en lui, totalement « hostie » pour la gloire du Père. Il lui demande même de compléter, d’achever dans sa foi et son espérance ce que lui ne peut vivre que dans son amour : l’épouse est l’aide de l’époux. II lui demande d’être immolée dans ce qu’il y a de plus secret, de plus intime : en son intelligence et en son esprit ; d’être dans sa foi et son espérance l’épouse fidèle de son agonie et de sa Croix. Par là, le cœur de Marie pénètre bien plus profondément dans tous les abîmes de l’amour du cœur de son Fils, pour n’être comme lui que victime d’amour pour son Père et pour nous.

Mais sa Mère étant ainsi celle qui lui est le plus proche selon la chair, il a pour elle une tendresse et une sollicitude toutes filiales. Il la confie à saint Jean : « Femme, voilà ton fils ». Son amour de charité pour sa Mère à la Croix se manifeste donc bien avec ce double caractère, exigence divine qui la veut de plus en plus unie à son sacrifice (c’est pour cela qu’il la veut présente), sollicitude filiale qui ne veut pas la laisser seule.

Mais notons bien que l’amour du fils selon la chair et le sang, dans le cœur de Jésus, est tout entier sous l’emprise de sa charité, à tel point que cet amour filial est lui-même totalement immolé, qu’il fait partie intégrante du sacrifice et qu’il est même, on peut le dire, la partie la plus pure du sacrifice. Ce qui a fait le plus souffrir le cœur de Jésus à la Croix a été de faire souffrir le cœur de sa Mère. Le plus douloureux pour ce cœur si aimant et si tendre a été d’immoler sa Mère, d’être lui-même son unique "bourreau" : c’est l’âme de sa Mère qui est transpercée par le glaive. Il y a alors un surcroît de douleur qui exploite, pourrait-on dire, ce qu’il y a de plus sensible, de plus personnel dans le cœur du Christ ; faire souffrir celle qu’il aime tant et à tant de titres.

Voilà comment la charité du cœur du Christ se sert de toutes ces proximités, de tous ces liens qui l’unissent au cœur de sa Mère, pour qu’elle puisse être plus parfaitement elle-même et réalise toutes ses inclinations, tous ses désirs divins.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP, in : La vie spirituelle, 1946

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