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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La charité du Christ en croix (I)

Notre charité chrétienne possède vraiment un pouvoir universel d’aimer. Rien ne doit lui échapper. Tout doit l’intéresser car tout l’attire, qu’il s’agisse de personnes qu’elle aime, et auxquelles elle se donne et se livre totalement, qu’il s’agisse des autres réalités qu’elle aime en vue de la gloire de Dieu et de l’utilité du prochain. Seul le péché, considéré en lui-même, dans son opposition à l’amour de Dieu, échappe à son empire et résiste à son influence divine.

Mais ne croyons pas que ce pouvoir universel de la charité soit pour autant uniforme. Ne croyons pas que l’idéal vers lequel tend cette universalité soit de regarder tous les hommes et tout l’univers d’une façon semblable et nous entraîne nécessairement à les aimer tous d’une égale affection divine. Ce serait se méprendre gravement sur la nature divine de cet amour. Cet amour porte en sa propre structure un ordre : l’empreinte directe et immédiate de la sagesse divine. Cette sagesse possède ses lois propres, ses exigences intimes, son harmonie, son ordre particulier. Ces lois, ces exigences, cette harmonie, cet ordre, se retrouvent au cœur même de notre charité. Celle-ci, petit à petit, les découvrira au plus intime d’elle-même, et elles lui révéleront la physionomie toute divine de son être et de sa croissance. Plus notre charité sera parfaite, plus cet ordre s’imposera à elle avec netteté et précision, et plus il lui dictera tous ses gestes, puisqu’il lui apparaîtra de plus en plus clairement comme l’ordre même de la sagesse divine.

Notre jugement humain n’improvise pas cet ordre, il ne le construit pas, il ne l’édifie pas selon son bon plaisir, comme il le fait d’une certaine façon pour nos amours humaines. Nous pouvons évaluer de façons très diverses nos amis et la réalité de l’univers. Nous pouvons établir entre toutes ces réalités une certaine hiérarchie de valeurs selon nos préférences et nos goûts. Cette hiérarchie aura certes une certaine valeur objective, mais en dernier lieu c’est bien notre propre choix qui sera la règle et la mesure. Lorsqu’il s’agit de la charité, c’est tout différent. C’est la sagesse divine elle-même qui y introduit cet ordre, et cette harmonie. Cet ordre est divin, d’une objectivité parfaite qui ne néglige pourtant rien des exigences et des circonstances si particulières de notre pauvre vie humaine. C’est en effet un ordre dans l’amour. Il doit donc tenir compte de la manière de vivre de celui qui aime et se modeler à ses multiples contingences. Mais c’est avant tout un ordre dans un amour divin. Il doit donc dépasser infiniment ces multiples contingences, s’emparer d’elles et s’en servir, pour toujours mieux refléter les exigences de la sagesse divine.

La charité du Christ en croix (I)

Le grand modèle, le modèle vivant de cet ordo caritatis pour nous, c’est le cœur de Notre-Seigneur tel qu’il se manifeste à la Croix. C’est là qu’il nous enseigne publiquement comment nous devons aimer notre Père et nos frères. C’est là qu’il nous montre les inclinations les plus intimes de son cœur, les sollicitudes toutes particulières qui l’animent.

Il nous manifeste à la Croix — et nous l’avons déjà souligné — son amour très particulier pour son Père. Il est tout entier au Père. Il remet son corps et son esprit entre ses mains paternelles. Le premier regard, le regard le plus profond de son cœur, est tout entier pour son Père. Sa première parole sur la Croix est pour son Père : « Père, pardonne-leur », et l’ultime parole est encore pour lui : « Père, je remets mon âme entre tes mains ».

Tout le sacrifice de sa vie, de son bien, de son honneur, de sa gloire, l’abdication de sa volonté propre, tout cela proclame la priorité absolue de cet amour pour SON PERE, SON DIEU. Il est venu témoigner de cette grande et unique vérité : il faut aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces. Tout en lui est sous l’emprise directe et complète de cet amour. Rien n’y échappe : son corps labouré de tous côtés, son âme submergée de tristesse, manifestent avec éclat qu’il est victime d’amour pour son Père.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP, in: La vie spirituelle, 1946

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